mardi, 08 avril 2008

Parasite Man

Depuis quelques années, une véritable plaie hante les rayons livres des Fnac de France et de Navarre. Non, pas ces clients se ramenant toujours avec des poussettes pleines de rescapés des méthodes contraceptives, ou ceux qui téléphonent en racontant tout fort leur vie minable. Nous parlons des squatters, qui choisissent une pile de livres et vont s'installer dans un coin pour les lire tranquillement et en toute impunité.

Tel un banc de moules accrochées à un poteau, ils sont là, glandant, parasitant, et se montrant d'une totale incorrection. Vous remarquerez que ce sont presque toujours des fans de mangas qui font ça. Plus rarement, on assiste au même spectacle aux rayons sport ou astrologie, sans oublier les amateurs de Harry Potter... Bref !

Alors, que cela ne soit qu'un aspect supplémentaire de la mauvaise éducation des Français dès que quelque chose est gratuit, passe encore. On est habitué. Regardez les comportements de certains dans les buffets à volonté, reprenant pour la huitième fois consécutive des crevettes, bien qu'ils soient totalement repus. Ils se remplissent pour le mois. Mais le pire vient de la Fnac elle-même, qui encourage ce genre d'attitude grossière. À la Fnac de la Rue de la République, on leur a installé des sortes de reposoirs en bois sur les murs pour faciliter leur confort de lecture et préserver leurs petits dos fragiles. On rêve ! L'allée des BD est presque infranchissable à cause de ça. Chercher un titre de manga dans cette assemblée de boulets relève de l'exploit. On les dérange même parfois. A quand les transats, les lampes à bronzer et des loufiats leur apportant de rafraîchissantes tournées de daiquiris gratuites ?

Bien sûr, le client a le droit de feuilleter le bouquin avant l'achat, d'ailleurs un exemplaire de démonstration est presque toujours disponible. Mais de là à s'installer et à lire tout le bouquin et ses suites, non. En plus, eux n'achètent jamais rien évidemment. Les plus mal élevées de ces ventouses humaines n'hésitent pas à s'asseoir dans un coin de l'escalator avec, à côté d'eux, une pile d'au moins 60cm de haut de manga. Leur journée sera bien remplie, pour une fois...

Ne vous étonnez pas ensuite, si vous achetez une BD ou un manga à la Fnac, d'y trouver des chapitres cornés voire abîmés, des traces de doigts ou de maquillage, quelques marque-pages capillaires bien graisseux, sans parler de feuilles collées par des postillons inconsidérés à cause d'un gag qui fit rire notre acarien de service, parce que l'humour, quand c'est drôle, ça le fait marrer... Amusant de voir la Fnac s'équiper à prix d'or de gros gorilles afin de coincer les éventuels chapardeurs à la sortie du magasin, alors qu'il y a du ménage à faire deux étages plus haut.

Mine de rien, ces miteux apprennent bien plus en restant affalés sur la rase moquette de la Fnac, à lire tranquillement le dernier Naruto, plutôt que de se choper de la corne au cul sur les bancs d'une école pourrie à écouter les explications d'un prof tout juste convaincu de ce qu'il enseigne. Ils découvrent les plaisirs de la paresse et de l'oisiveté bienheureuse, pendant que les autres s'usent la santé à travailler afin de faire tourner la machine jusqu'à ce que mort s'en suive, et c'est si reposant. Ils y prennent goût et cela leur donne à un moment ou à un autre l'idée du métier qu'ils voudront exercer plus tard. Un soir, après avoir enfin eu l'illumination, ils rentreront chez eux et diront à leurs parents, avec une forte motivation dans la voix : "Plus tard, je serai fonctionnaire !"

Vous êtes SDF ? Vous rêvez d'un endroit confortable et chauffé ? Oubliez votre grille de métro bruyante et nauséabonde, et courrez à la Fnac la plus proche ! C'est calme, il y a de la lecture gratuite, de la compagnie, et personne ne viendra vous demander vos papiers. Nocturne le jeudi et vendredi inclus...