mardi, 29 avril 2008

[Lettre] Monsieur Denisot

Cher Michel Denisot,

Hier soir, sur le plateau de votre émission Le Grand Journal sur Canal +, l'un des thèmes abordés concernait le lancement de GTA IV, le fameux "produit culturel ou sous-culturel" qui, si l'on en croit la récente couverture du quotidien Libération, titrée avec un rien d'emphase : "Le plus grand jeu de tous les temps", semble attirer l'attention de grands médias généralistes.

Le 28 avril 2008, pour parler de ce jeu vidéo événement vous avez décidé d’inviter : un psychiatre/psychanalyste et un comédien/animateur fan de jeu vidéo. Pas un journaliste. C’est votre choix. Un choix qui, d’emblée, donne cependant une couleur étrange à un débat concernant ce qui ne reste finalement qu’un jeu.

Oui, GTA IV est un jeu violent, subversif, souvent amoral. Ainsi lorsque sur votre plateau Salim Sdiri déclare avoir chez lui les précédents épisodes de GTA, y jouer… et qu’il n’est pas pour cette violence pour des jeunes de « 10… à 16 ans », comment ne pas être d’accord avec lui ? Ca tombe bien, GTA IV ne s’adresse pas à eux. Ce jeu est très justement déconseillé (et non interdit) aux joueurs de moins de 18 ans. La mention est clairement apposée sur la boîte, puisque la norme "PEGI" l'impose. Et cela semble justifié vu le caractère adulte explicitement reconnu par son contenu.

Le faisceau des questions posées alors dans votre émission se focalise sur une thématique unique : faut-il en avoir peur ? Faut-il y avoir une quelconque déviance ? Faut-il y voir le défouloir d’une jeunesse marginale ? Appuyer sur une manette de jeu facilite-t-il un passage à l’acte dans « la vraie vie » ?

Le fait qu’un jeu vidéo soit interactif le rend-il pour autant plus dangereux qu’un media où le spectateur est passif ? Les images et faits diffusés aux journaux télévisés, bien réels, eux, sont-ils moins choquants ou moins perturbants pour un jeune enfant ? Aviez-vous invité un psychiatre lors de la venue du sympathique Sylvester Stallone, qui se transforme pourtant en véritable machine à tuer abattant à coups de mitrailleuse des centaines de soldats dans le film John Rambo (film interdit seulement aux moins de 12 ans). Le célèbre jeu bien réel du cow-boy et des indiens est-il à bannir dans les familles ? Le fait, en bas âge, de se poursuivre armé d’un pistolet à pétard est-il un acte passif ? Brise-t-il la barrière du passage à l’acte potentiel chez les jeunes enfants ?

Tout est question d’encadrement. De mise dans son contexte. De prise de conscience des ses actes, et des conséquences qui en découlent. En d’autres termes : d’éducation. A ce titre, le message est clair : GTA IV ne s’adresse tout simplement pas aux jeunes joueurs. A chacun d’en avoir conscience et de prendre ses responsabilités (vendeurs, parents, acheteurs).

En revanche, GTA IV est riche en références cinématographiques, musicales, urbaines. Références qu’un large public peut comprendre ou serait intéressé de connaître. Un public adulte. Car derrière son action tapageuse, GTA IV est aussi un condensé de liberté, d’expérience numérique uniquement accessible via le media jeu vidéo. Un media qui chaque année touche de plus en plus de personnes dans le monde. Probablement pas uniquement des sociopathes en puissance. Et s’il y avait autre chose derrière le mur des apparences ?

J’avoue ainsi avoir été choqué de l’utilisation du mot « drogué » qualifiant Davy Mourier, caution jeu vidéo de votre débat. Le poids des mots est ici d’importance. Les fans de jeux seraient-ils donc des drogués ? Faut-il forcément être totalement « addict » pour être joueur… en tout cas à ce genre de jeu. Je ne le pense pas. En revanche Pete Doherty, que vous invitiez en octobre dernier sur votre plateau, se drogue. Avec de la vraie drogue. Pas de la drogue numérique. Donne-t-il envie aux jeunes qui l’écoutent de passer à l’acte eux aussi ? Si tel est le risque, vous auriez peut-être dû prévenir les parents au préalable.

J’aimerai aussi connaître la pertinence de la diffusion de la célèbre vidéo du jeune joueur allemand en transe devant son ordinateur. Cette vidéo a fait le tour du monde. Elle est aussi pathétique, que marginale. N’est-ce pas là sombrer dans la caricature facile et stigmatiser là où il n'y a finalement pas lieu à comparaison ?

Pour citer le récent article concernant GTA IV publié par le quotidien Libération : « les ligues de vertu de tout poil ne s’y sont pas trompées, qui ont fait depuis longtemps du label GTA le symbole maléfique d’une industrie de toute façon suspecte ». De toute façon suspecte.

Savez-vous qu’aujourd’hui, en 2008, 30 millions de français se disent joueurs de jeu vidéo ? Savez-vous que désormais plus de 40% de ces joueurs sont des femmes et que la moyenne d’âge du joueur français s’élève à près de 30 ans ? Savez-vous qu’en France les jeux vidéo les plus vendus sont des simulations de foot, de courses automobiles, de calcul mental et d’élevage de chiots ? C’est aussi une réalité du marché du jeu vidéo actuel.

Ne pensez-vous pas qu’à l’image des autres médias, qu’il s’agisse de cinéma ou de littérature, le média jeu vidéo se doit de fournir du contenu pour tous les âges, pour tous les publics, pour tous les goûts ? Des jeux drôles, des jeux matures. De purs divertissements, des aventures épiques. Et qu'à ce titre, GTA IV a toute sa place, pour un certain public ?

Le jeu vidéo, en tant que divertissement de masse, a aujourd’hui près de 40 ans d’histoire. Le jeu vidéo est en train de passer à l’âge adulte. Il n’a jamais été aussi ouvert, riche et varié. Le critiquer n'a rien de criminel. Libre à chacun d'apprécier les jeux, ou pas. Libre à chacun de vouloir en parler, ou pas. Mais le garder constamment dans l'ombre et se contenter d'en parler pour présenter de lui un visage hermétique, anxiogène et finalement si décalé de sa réalité de tous les jours m’étonne et j’avoue, me déçoit, de la part d’une émission si ouverte, libre et impertinente qu’est le Grand Journal que vous animez.

A votre disposition si vous souhaitez prolonger le débat.

vendredi, 04 avril 2008

[Fiction] Lettre à une amie...

Elle était partie. Elle avait quitté le pays. Elle avait fuit, emportant avec elle ses regrets inavoués et ses peurs intestines. Son rêve était de travailler à l'étranger. Elle ne cessait de répéter qu'elle voulait partir, voir le monde. Elle ne cessait de répéter tout un tas de choses, de leçons de vie, parfois évidentes, parfois sans queue ni tête, souvent convenues.
Elle se plaisait, cela se voyait. Elle décelait en elle ce potentiel qui l'animait, et la faisait chavirer. Elle se contorsionnait pour parvenir à s'aimer. Quitte à se méprendre et se désaimer. Elle avait réussi là où beaucoup abandonnent en cours de route pour se laisser soi même au bord de la route et regarder la route défiler. Elle, elle avait trouvé le moyen d'aller au-delà des simples mensonges que l'on se fait pour égayer sa vie ou minimiser ses démons. Elle était parvenue à faire siens, à se créer une armure caparaçonnée de tous ses méfaits et mauvaises pensées, les avait agencés dans un ordre collant à la perfection à des théories comportementalistes tolérantes et les avait mêlés en symbiose parfaite avec son propos racoleur et polyvalent.

Aujourd'hui j'avais décidé de lui écrire. Une lettre. Une longue lettre monologuée, une lettre où je lui parlerais sans que son sourire ou sa science m'interrompe systématiquement et me fasse perdre le contrôle de mon argumentaire. Je serais seul, et je lui dirais ce que je veux.

Cette lettre, elle aurait commencé simplement. Comme toutes les lettres.


« Chère Sabrina,
Finalement tu t'en es allée. Loin de moi. Loin de nous. Loin de tout le monde, et même loin de toi. Tu as décidé de tout quitter et de partir t'installer ailleurs. Tu y es désormais. Et tu es toute seule. Tu ne peux qu'être face à toi-même, et face à ce visage qui doit te paraître si étranger et si creux.
Tu es dans une grande ville, une ville froide. Elle va t'aider à refroidir encore un peu ton coeur, que tu t'es déjà appliquée à congeler. »


Cette fille, cette amie à moi avait décidé que jamais elle ne regretterait quoi que ce soit. De toute sa vie. Et elle s'y tenait. Quand on lui posait des questions, sur elle, ses désirs, son avenir, elle disait toujours qu'elle ne regrettait pas, que jamais elle n'avait de remords.
Elle avait bien trop souffert avec un connard. Six ans. Six ans ensemble, dont plus de la moitié à tenir sans se voir la semaine et se retrouver le week-end. Un jeune con, jaloux, possessif, maigre et donc mal foutu. Elle racontait cette petite histoire, énonçait ce court résumé comme si rien n'était. Elle avait fait de ce slogan son credo.


« Tu dois être heureuse là où tu es. Mais je me demande quand même parfois comment tu fais, justement, quand tu es face à cette glace qui ne reflète que toi dans ton appartement vide, ou juste rempli du mec de ta nuit. Je me de mande bien comment tu parviens à continuer de te mentir aussi loin. »


Elle était toujours occupée cette fille. Connectée sur internet, à parler à droite à gauche, à sortir aussi, se promener, aller en boite, ailleurs, avec ses nombreux amis.
Elle ne me parlait jamais de ses mecs. Pas tant qu'elle était avec. Cela signifie qu'elle m'en parlait tout de même assez souvent. Elle changeait régulièrement. Untel était un gamin, tel autre était protestant pratiquant, mais il l'avait baisée quand même. Un autre était d'abord très costaud, puis très con. Et au-delà de changer de tampon humain, elle ressentait le besoin de créer une sorte d'ambiance malsaine. Sans regret, elle baisait. Sans regret, elle draguait, jouait de sa langue, et sans regret, elle jetait sa machine à foutre comme une poire trop mure, et pas assez à son goût, ivre de possession.


« Pourtant personne ne te regarde. Alors au moins une fois, entre deux élucubrations sur une vie sans regret, accepte que des larmes coulent de tes yeux et réveillent ta vue endormie par tant de sarcasme. Comprends que la femme n'a pas le pouvoir absolu. Un pouvoir absolu nécessite une intelligence hors du commun. Un sens de l'analyse fin et développé. La femme que tu crois être est une puissante machine de domination, un sceptre sur lequel repose tout un amoncellement d'institutions que tu peux dominer de ton vagin. Et la femme que tu es n'est restée que cette victime de son succès auprès des hommes, et plus particulièrement à ton besoin de te sentir aimée.

Les hommes sont des crevards bouffés par leur besoin de virilité, lui-même causé par un trop plein de rayons cathodiques. Et tu n'es que le moyen d'assouvissement de ce besoin. Tu es la chèvre de monsieur Seguin, le film porno de la semaine, mais version taille réelle. Tu penses mener à la baguette toutes ces braguettes par le simple pouvoir de ton intelligence. Mais tu ne domines que la bestialité enfantine et débile de chacun de ceux que tu as amenés à se déverser en toi. Tu juges que toi seule, du haut de ta poitrine rétrécie, es capable de contrôler ta vie par la domination des autres. Tu renverses toute entière l'échelle pré établie pour le compte de ton ambition. Tu ne te retournes même pas pour voir ce qu'il en a été réellement. »


Elle était du genre jolie, malgré quelques défauts dé féminisants. Elle était menue, mais bien proportionnée. De grands yeux sombres et profonds, dont la mise en abîme était rehaussée par une pointe d'artificialité, qu'elle ne quittait d'ailleurs jamais. Une poitrine en apparence ferme, et une bouche bien rembourrée, pulpeuse, et de petites dents.
Mais elle avait ce ton qui ne lui seyait pas du tout. Ce ton qu'emploient les déshérités qui cherchent par la force à assurer leur égalité. Le ton du paumé agressif. Elle détestait qu'on lui fasse remarquer et elle se braquait quand on disait que ça faisait vulgaire. Même après des heures de discussion, elle ne changeait pas. Sa vie était ainsi faite, on ne la changerait pas, elle était entière, son passé faisait sa force d'aujourd'hui, elle ne regrettait rien. Son avenir se devait d'être radieux, même s'il la faisait flipper devant tous les trous d'inconnu qui s'amoncelaient.
Elle s'escrimait à ne paraître qu'excitée quant à son départ vers l'Orient. Et elle s'est retrouvée très désappointée lorsque tout est tombé à l'eau.
Elle ne savait plus ce qu'elle allait faire. Elle était paniquée. Elle allait chez des gens pour se changer les idées, en boite, au lit.


« Tu disais assumer ne penser qu'à toi et vouloir que tout tourne autour de toi, ton plaisir, et ta volupté. Tu voulais être la reine, être la seule visible, et toujours gagner. Tu étais dans une éternelle compétition avec toi-même et avec la terre entière. Tu voulais être au dessus du lot. Et forcément, toutes les petites tracasseries de la vie te démontaient. Ton plan à l'étranger t'a fait pleurer et te refermer.

Un peu comme lorsque l'on s'est rencontré. Je t'ai pris sous mon aile. Tu as découvert toutes les astuces et ficelles du métier, tu n'étais pas seule, tu étais épaulée, on t'avait accueillie. Comme une princesse. J'étais pour toi le mec libre et bien foutu et plutôt sympa. Mais je n'étais pas libre à cette époque. Tu t'étais attachée avec le temps, d'une manière que tu ne savais pas expliquer, parce que ça t'aurait fait trop de mal.
Moi j'étais fidèle. »


Puis mon histoire s'est terminée. Plus ou moins mal, comme chacun sait autour de nous. Seul, je déambulais dans les méandres de mon cerveau, cherchant par tous les chemins à éviter de tomber sur mes pensées. J'errais, et me satisfaisais de simples choses.


« Tu ne voulais pas spécialement de moi. Tu aurais bien voulu que je te baise, que je lâche ma copine, que je te baise, comme un homme. Mais tu voulais quelqu'un de principes. Et c'est ce que je suis. Du coup, en toute logique, je ne pouvais vouloir de toi. A la rigueur, un soir de pleine lune ou de sècheresse, j'aurais couché avec toi, juste pour voir si tous tes prétendants t'ont donné un peu d'expérience ou si, même dans ce domaine, tu étais restée juchée à la cime de tes prétentions.
Et je ne t'ai plus intéressée. Car j'étais seul. Et qu'il n'y avait plus aucun challenge, plus aucune vie à briser. J'ai pu savoir que tu avais secrètement confessé, à l'aide d'alcool et de joints graisseux, que tu aurais aimé que je me sépare, pour toi.
Une pointe de regret ? Du ressenti ?
Je ne pense pas, tu es restée la même, tu n'as même pas été capable d'aller jusqu'à assumer ce côté que tu tentais désespérément de masquer en t'autocritiquant.

Tu avais voulu prendre un pouvoir que tu n'as jamais su comprendre, ni maîtriser. Sans demi mesure, tu as assouvi tes pulsions et plus encore, arguant au même désespoir que les hommes vides et sans intérêt. Tu prenais ton pied et juste après tes cliques et tes claques. Tu agissais librement disais-tu, et pour te défendre, tu lançais à qui voulait l'entendre, mais pas trop fort, que tu étais une salope.

Je te rassure. Tu es bel et bien une salope, bien que tu ne saches pas réellement ce que ça signifie. Et j'ai poussé le vice à faire semblant pour voir jusqu'où tu pouvais aller.

Tu n'aurais jamais réussi à me faire quitter qui que ce soit, surtout pour fourrer un vagin usé et sans énergie. Tu es bien loin désormais. Et peut-être que face à ton foutu miroir, il t'arrive de pleurer, entre deux joints qui t'éloignent de ton misérable univers cérébral. »



Et je me pose encore la question de savoir si oui ou non, je lui envoie cette lettre...

dimanche, 06 janvier 2008

[Fiction] Lettre à une amie...

Elle était partie. Elle avait quitté le pays. Elle avait fuit, emportant avec elle ses regrets inavoués et ses peurs intestines. Son rêve était de travailler à l'étranger. Elle ne cessait de répéter qu'elle voulait partir, voir le monde. Elle ne cessait de répéter tout un tas de choses, de leçons de vie, parfois évidentes, parfois sans queue ni tête, souvent convenues.
Elle se plaisait, cela se voyait. Elle décelait en elle ce potentiel qui l'animait, et la faisait chavirer. Elle se contorsionnait pour parvenir à s'aimer. Quitte à se méprendre et se désaimer. Elle avait réussi là où beaucoup abandonnent en cours de route pour se laisser soi même au bord de la route et regarder la route défiler. Elle, elle avait trouvé le moyen d'aller au-delà des simples mensonges que l'on se fait pour égayer sa vie ou minimiser ses démons. Elle était parvenue à faire siens, à se créer une armure caparaçonnée de tous ses méfaits et mauvaises pensées, les avait agencés dans un ordre collant à la perfection à des théories comportementalistes tolérantes et les avait mêlés en symbiose parfaite avec son propos racoleur et polyvalent.

Aujourd'hui j'avais décidé de lui écrire. Une lettre. Une longue lettre monologuée, une lettre où je lui parlerais sans que son sourire ou sa science m'interrompe systématiquement et me fasse perdre le contrôle de mon argumentaire. Je serais seul, et je lui dirais ce que je veux.

Cette lettre, elle aurait commencé simplement. Comme toutes les lettres.


« Chère Sabrina,
Finalement tu t'en es allée. Loin de moi. Loin de nous. Loin de tout le monde, et même loin de toi. Tu as décidé de tout quitter et de partir t'installer ailleurs. Tu y es désormais. Et tu es toute seule. Tu ne peux qu'être face à toi-même, et face à ce visage qui doit te paraître si étranger et si creux.
Tu es dans une grande ville, une ville froide. Elle va t'aider à refroidir encore un peu ton coeur, que tu t'es déjà appliquée à congeler. »



Cette fille, cette amie à moi avait décidé que jamais elle ne regretterait quoi que ce soit. De toute sa vie. Et elle s'y tenait. Quand on lui posait des questions, sur elle, ses désirs, son avenir, elle disait toujours qu'elle ne regrettait pas, que jamais elle n'avait de remords.
Elle avait bien trop souffert avec un connard. Six ans. Six ans ensemble, dont plus de la moitié à tenir sans se voir la semaine et se retrouver le week-end. Un jeune con, jaloux, possessif, maigre et donc mal foutu. Elle racontait cette petite histoire, énonçait ce court résumé comme si rien n'était. Elle avait fait de ce slogan son credo.


« Tu dois être heureuse là où tu es. Mais je me demande quand même parfois comment tu fais, justement, quand tu es face à cette glace qui ne reflète que toi dans ton appartement vide, ou juste rempli du mec de ta nuit. Je me de mande bien comment tu parviens à continuer de te mentir aussi loin. »


Elle était toujours occupée cette fille. Connectée sur internet, à parler à droite à gauche, à sortir aussi, se promener, aller en boite, ailleurs, avec ses nombreux amis.
Elle ne me parlait jamais de ses mecs. Pas tant qu'elle était avec. Cela signifie qu'elle m'en parlait tout de même assez souvent. Elle changeait régulièrement. Untel était un gamin, tel autre était protestant pratiquant, mais il l'avait baisée quand même. Un autre était d'abord très costaud, puis très con. Et au-delà de changer de tampon humain, elle ressentait le besoin de créer une sorte d'ambiance malsaine. Sans regret, elle baisait. Sans regret, elle draguait, jouait de sa langue, et sans regret, elle jetait sa machine à foutre comme une poire trop mure, et pas assez à son goût, ivre de possession.


« Pourtant personne ne te regarde. Alors au moins une fois, entre deux élucubrations sur une vie sans regret, accepte que des larmes coulent de tes yeux et réveillent ta vue endormie par tant de sarcasme. Comprends que la femme n'a pas le pouvoir absolu. Un pouvoir absolu nécessite une intelligence hors du commun. Un sens de l'analyse fin et développé. La femme que tu crois être est une puissante machine de domination, un sceptre sur lequel repose tout un amoncellement d'institutions que tu peux dominer de ton vagin. Et la femme que tu es n'est restée que cette victime de son succès auprès des hommes, et plus particulièrement à ton besoin de te sentir aimée.

Les hommes sont des crevards bouffés par leur besoin de virilité, lui-même causé par un trop plein de rayons cathodiques. Et tu n'es que le moyen d'assouvissement de ce besoin. Tu es la chèvre de monsieur Seguin, le film porno de la semaine, mais version taille réelle. Tu penses mener à la baguette toutes ces braguettes par le simple pouvoir de ton intelligence. Mais tu ne domines que la bestialité enfantine et débile de chacun de ceux que tu as amenés à se déverser en toi. Tu juges que toi seule, du haut de ta poitrine rétrécie, es capable de contrôler ta vie par la domination des autres. Tu renverses toute entière l'échelle pré établie pour le compte de ton ambition. Tu ne te retournes même pas pour voir ce qu'il en a été réellement. »



Elle était du genre jolie, malgré quelques défauts dé-féminisants. Elle était menue, mais bien proportionnée. De grands yeux sombres et profonds, dont la mise en abîme était rehaussée par une pointe d'artificialité, qu'elle ne quittait d'ailleurs jamais. Une poitrine en apparence ferme, et une bouche bien rembourrée, pulpeuse, et de petites dents.
Mais elle avait ce ton qui ne lui seyait pas du tout. Ce ton qu'emploient les déshérités qui cherchent par la force à assurer leur égalité. Le ton du paumé agressif. Elle détestait qu'on lui fasse remarquer et elle se braquait quand on disait que ça faisait vulgaire. Même après des heures de discussion, elle ne changeait pas. Sa vie était ainsi faite, on ne la changerait pas, elle était entière, son passé faisait sa force d'aujourd'hui, elle ne regrettait rien. Son avenir se devait d'être radieux, même s'il la faisait flipper devant tous les trous d'inconnu qui s'amoncelaient.
Elle s'escrimait à ne paraître qu'excitée quant à son départ vers l'Orient. Et elle s'est retrouvée très désappointée lorsque tout est tombé à l'eau.
Elle ne savait plus ce qu'elle allait faire. Elle était paniquée. Elle allait chez des gens pour se changer les idées, en boite, au lit.


« Tu disais assumer ne penser qu'à toi et vouloir que tout tourne autour de toi, ton plaisir, et ta volupté. Tu voulais être la reine, être la seule visible, et toujours gagner. Tu étais dans une éternelle compétition avec toi-même et avec la terre entière. Tu voulais être au dessus du lot. Et forcément, toutes les petites tracasseries de la vie te démontaient. Ton plan à l'étranger t'a fait pleurer et te refermer.

Un peu comme lorsque l'on s'est rencontré. Je t'ai pris sous mon aile. Tu as découvert toutes les astuces et ficelles du métier, tu n'étais pas seule, tu étais épaulée, on t'avait accueillie. Comme une princesse. J'étais pour toi le mec libre et bien foutu et plutôt sympa. Mais je n'étais pas libre à cette époque. Tu t'étais attachée avec le temps, d'une manière que tu ne savais pas expliquer, parce que ça t'aurait fait trop de mal.
Moi j'étais fidèle. »



Puis mon histoire s'est terminée. Plus ou moins mal, comme chacun sait autour de nous. Seul, je déambulais dans les méandres de mon cerveau, cherchant par tous les chemins à éviter de tomber sur mes pensées. J'errais, et me satisfaisais de simples choses.


« Tu ne voulais pas spécialement de moi. Tu aurais bien voulu que je te baise, que je lâche ma copine, que je te baise, comme un homme. Mais tu voulais quelqu'un de principes. Et c'est ce que je suis. Du coup, en toute logique, je ne pouvais vouloir de toi. A la rigueur, un soir de pleine lune ou de sècheresse, j'aurais couché avec toi, juste pour voir si tous tes prétendants t'ont donné un peu d'expérience ou si, même dans ce domaine, tu étais restée juchée à la cime de tes prétentions.
Et je ne t'ai plus intéressée. Car j'étais seul. Et qu'il n'y avait plus aucun challenge, plus aucune vie à briser. J'ai pû savoir que tu avais secrètement confessé, à l'aide d'alcool et de joints graisseux, que tu aurais aimé que je me sépare, pour toi.
Une pointe de regret ? Du ressenti ?
Je ne pense pas, tu es restée la même, tu n'as même pas été capable d'aller jusqu'à assumer ce côté que tu tentais désespérément de masquer en t'autocritiquant.

Tu avais voulu prendre un pouvoir que tu n'as jamais su comprendre, ni maîtriser. Sans demi mesure, tu as assouvi tes pulsions et plus encore, arguant au même désespoir que les hommes vides et sans intérêt. Tu prenais ton pied et juste après tes cliques et tes claques. Tu agissais librement disais-tu, et pour te défendre, tu lançais à qui voulait l'entendre, mais pas trop fort, que tu étais une salope.

Je te rassure. Tu es bel et bien une salope, bien que tu ne saches pas réellement ce que ça signifie. Et j'ai poussé le vice à faire semblant pour voir jusqu'où tu pouvais aller.

Tu n'aurais jamais réussi à me faire quitter qui que ce soit, surtout pour fourrer un vagin usé et sans énergie. Tu es bien loin désormais. Et peut-être que face à ton foutu miroir, il t'arrive de pleurer, entre deux joints qui t'éloignent de ton misérable univers cérébral. »




Et je me pose encore la question de savoir si oui ou non, je lui envoie cette lettre...