dimanche, 27 avril 2008

[Fiction] Face à moi

Et je me retrouve en face d'elle. On s'était dit, ce qui semblait à présent être un temps Jadis, de toujours s'aimer, de toujours rester ensemble, de ne jamais se quitter. De toujours se parler et s'expliquer ce qui pourrait ne plus aller, ce qui pourrait nous nuire. L'Histoire sait ce qu'il en a été. Et elle est là. Un sourire timide au coin des lèvres et elle ne sait pas vraiment quoi me dire ou si elle doit me dire quelque chose. Moi non plus. Nous sommes en face l'un de l'autre, face à face, à quelques mètres di distance. Ca fait ce qui me paraît une éternité que je ne l'ai pas vue.
Depuis ce jour.
Le temps s'était arrêté ce jour là.
Puis c'était la nuit. Elle n'est plus jamais partie.
Son esprit sifflait Take Me à longueur de nuits.
Et ici, pendant que les clochards lancent des balles que leurs chiens ramènent au milieu de la foule, pendant que les plus jeunes révisent encore quelques instants avant l'épreuve à venir, ou que les plus âgés d'entre eux s'entraînent à leurs acrobaties, pendant que les couples amoureux savourent ces quelques instants de solitude, elle est là.
Je n'ai pas fait exprès de me trouver là. Et alors, en regardant son sourire tendre et stressé et son regard brillant d'humidité et de fatigue et ses bras étendus le long de son corps, je me rappelle.
Cette année de passion, où nous étions seuls au monde. Deux personnes sans d'autre point commun que celui de s'être trouvé là en même temps. Ont ressenti les mêmes besoins. Au gré des saisons, nous avons été au chaud, nous nous sommes mutuellement réchauffés, nous avons guéri nos âmes grises grisées. Nous avons pris et repris des couleurs pendant que les jours défilaient à côté de nous, comme un ami, à part. Nous nous sommes découvert malgré le froid, nous avons été des amants inégalés, nous avons chéri partager, nous sommes réconciliés des disputes, avons batifolé dans des parcs et embrassé dans des églises. Nous nous sommes bercés au son des voix des acteurs américains et offerts des monts et merveilles qu'on ne pouvait soupçonner imaginer.
Puis le temps a regrisé malgré le printemps qui pointait, sans que nous nous en apercevions et aujourd'hui je regrette encore de ne pas l'avoir vu venir. Pourtant mon expérience dans le domaine aurait dû me maintenir éveillé et attentif. Mais je m'étais assoupi.
Nous avons mangé des glaces à Rome et critiqué les passants, nous avons déchiré le passé et envisagé le futur. Nous étions nous et les autres. Rien ne comptait plus autour.
Nous sommes des agneaux égarés.
Nous sommes aveuglés.
Et quand je recouvre la vue c'est pour qu'elle se brouille et perdes ses couleurs. Ces couleurs.
Je suis seul au monde.
Elle est seule au monde. Mais c'est cette fois chacun de notre côté. Et elle me renvoie mon rictus gêné. J'hoche la tête en la voyant. Nos regards se détournent. Je regarde l'homme qui hurle après son chien qui va chercher un peu trop près des petits enfants du centre aéré qui se promènent le long de la mare. Je cherche encore de l'autre côté, en passant par ses yeux et ces souvenirs pendant que nous continuons d'avancer sur un sol glissant un groupe de musiciens qui s'ennuient. Je l'entends sangloter quand elle passe à mon niveau. Je bouscule la personne qui se trouve face à moi et qui ne s'est pas écartée. Elle en revanche ne m'entend pas. Ma fierté mal placée me rend discret. Je suis stupide. Elle m'a croisé. Elle est passée.
Elle ne s'est pas retournée.
Le temps n'a pas repris, il fait toujours nuit. Je suis seul au monde. Et elle...

vendredi, 25 avril 2008

[Fiction] Révélation

Je viens de me réveiller. Je suis debout, présent, les yeux ouverts, et ce, depuis plusieurs jours. Mais ce n'est que maintenant que je me réveille. Face à la glace de la salle de bains. Le grand miroir qui permet de se contempler, même depuis la baignoire. C'est ma femme qui a voulu ça. Une grande glace dans laquelle on pourrait se voir pendant qu'on fait l'amour. Alors j'ai fait en sorte qu'elle l'obtienne. Même si je trouve glauque de me regarder. Elle, ça l'excitait. Et je suis assis sur le rebord de cette magnifique baignoire à bulles marbrée et dorée, large et spacieuse. Dans mon jean sale. Taché de mon urine. Sali de ma transpiration, de mon sang, de ma crasse, de mes peurs et mon angoisse profonde, du pus de mes boutons de stress, de ma saleté de ne pas m'être lavé depuis ces jours et ces nuits qui viennent de passer sans m'en rendre compte. Je ne sais même plus depuis combien de temps je suis enfermé là dedans. Plus personne n'est ici.


J'ai une femme. Une femme et un enfant. Un garçon. Un petit garçon. Et ils sont tous les deux absents. Ils sont partis. Elle a essayé de me résonner, de m'engueuler. Elle m'a hurlé de sortir de cette foutue salle de bains, de la laisser aller pisser, se laver, laisser le gosse se brosser les dents, les laisser avoir une vie normale. J'ai fait la sourde oreille, et j'ai déplacé l'armoire moderne blanche devant la porte. Juste au cas où. Elle a envoyé notre fils chez sa grand-mère quelques jours, le temps que je me calme m'a-t-elle avoué au travers de la porte et de l'armoire un soir tranquille. Pendant que je restais sur ce carrelage qui était de moins en moins brillant, se recouvrant peu à peu de traces marron, grisâtres, que les joints noircissaient et que l'atmosphère s'épaississait à cause du manque d'air, je l'ai entendue pleurer de ne pas comprendre ce qui se passait. Je l'ai entendue casser des assiettes, y compris ce service en porcelaine, cadeau de mariage que j'avais toujours détesté sans m'en rendre compte. Je l'ai également entendue s'arracher les ongles en griffant la porte derrière laquelle j'étais enfermé. Elle n'avait aucune idée de ce qui me prenait, de pourquoi d'un coup, j'avais agi de la sorte. Elle a longtemps parlé seule, pleine d'un désespoir atroce, assise ou allongée derrière la porte, dans ce grand couloir au parquet ancien. En robe de chambre, elle avait cessé de se changer, de manger. Elle pleurait tout le temps. Parfois en reniflant discrètement, parfois prise d'une rage folle pendant laquelle elle m'insultait de n'être qu'un con, et autres mots à la fois pires et sincères. Elle m'a supplié de lui parler, de lui répondre. Elle voulait que l'on parle, que je lui explique ce geste inconsidéré, ce mutisme, cette folie qui m'avait attrapé et qui m'avait forcé à m'enfermer et me couper du monde.


Quelques fois, elle m'a demandé si j'allais bien.


Je n'ai pas émis le moindre son. Mais quand elle menaçait d'appeler les secours, je tapotais contre le rebord de la baignoire émaillée avec mes ongles qui maintenant étaient bien longs pour qu'elle comprenne que ce n'était pas nécessaire. Ma barbe me démangeait, et je m'arrachais des bouts de peau qui restaient coincés dans mes poils. Mes cheveux collaient, et ma femme continuait de pleurer, de se morfondre. Elle souffrait d'une douleur insupportable, telle que les mots ne peuvent retranscrire. Elle en arrivait à ne plus être capable de parler. Des sons mêlés de larmes, de sanglots et de quintes de toux émanaient de son être. Des râles d'une douleur indicible.


Comment pouvais-je lui faire subir telle épreuve, qu'avait-elle fait, que devenions-nous... Je ne savais pas lui répondre, alors je ne disais rien. Ma barbe se contentait de récolter le sel que les larmes laissaient aller, mes yeux gonflés, ma gorge serrée, mes poings fermés si fort que mes mains en saignaient.


Et puis un jour, en me réveillant, je n'ai plus rien entendu. Plus un bruit, ni un cri. Rien. Elle était partie. Des jours sont passés sans que je puisse les compter. J'avais un peu plus maigri à chaque fois que j'osais me regarder dans cette grande glace. Je m'y voyais flou sans pouvoir dire si c'était à cause de mes yeux qui flanchaient d'avoir autant pleuré, ou de la saleté et de l'air moite qui se déposaient petit à petit sur le verre.
Je ne ressemble plus à rien depuis bien longtemps. Bien avant que mes traits se tirent et que mon organisme s'affaisse dans cette salle de bains aux effluves putrides.


J'en ai eu assez de cette vie qui était la mienne, qui m'avait dépossédé de moi. J'avais fui les remises en question de la vingtaine, j'avais gravi les échelons de la scolarité et de mon emploi comme un forcené, accumulant les succès et les félicitations. Je croulais sous le travail et j'étais heureux. J'avais une femme magnifique, cochonne à souhait, souriante et serviable, un enfant mignon, bien formé, en bonne santé et qui semblait déjà brillant. J'avais tout. Et pourtant, je n'avais rien. Je lisais, je me tenais informé, j'étais curieux et intelligent.

Et puis j'ai craqué. Je commençais à sentir que quelque chose n'allait pas, qu'un changement s'opérait, mais j'étais bien incapable de déceler si c'était moi, ou si tout autour de moi subrepticement s'écroulait. Et le masque est tombé.

Mais il m'a fallu toutes ces journées d'isolement, à encaisser la vraie souffrance que je provoquais, à fuir tout ce qui me définissait, attendre de voir mon entourage abandonner, refuser, se désagréger. J'ai pu ouvrir les yeux, et finalement sourire. Je suis parvenu à détruire tout ce qui était moi, qui m'emprisonnait. Un papier a été glissé sous la porte. Je l'ai vu malgré l'armoire. La maison est à vendre. Je suis tellement faible que j'ai du mal à bouger.

Un autre papier. Je n'entends pourtant plus aucun bruit. La maison est vendue. Il me faut vider les lieux rapidement. Je ne ressens même plus la puanteur. Mon pantalon est rigide. Mes mains noires. Je ne vois plus d'un oeil. J'ai une narine bouchée. Je force pour me hisser jusqu'au goulot de la baignoire dans laquelle je vis depuis maintenant trop longtemps. J'ai du mal à ouvrir le robinet.


J'ai au moins compris qui j'étais, même si c'est peut-être trop tard. Je me suis affranchi. Je peux tout recommencer. L'armoire est lourde. Elle ne bouge pas. Je suis enfin libre. Je suis moi. Plus rien ne me retient, je peux tout accomplir. Mais cette armoire refuse de se laisser déplacer. Je ne suis rien et ça me rend heureux. Pour de vrai. Je ne dois plus rien. Je souris des dents qu'il me reste. Je suis dans cette salle de bains et je suis libre.

vendredi, 04 avril 2008

[Fiction] Lettre à une amie...

Elle était partie. Elle avait quitté le pays. Elle avait fuit, emportant avec elle ses regrets inavoués et ses peurs intestines. Son rêve était de travailler à l'étranger. Elle ne cessait de répéter qu'elle voulait partir, voir le monde. Elle ne cessait de répéter tout un tas de choses, de leçons de vie, parfois évidentes, parfois sans queue ni tête, souvent convenues.
Elle se plaisait, cela se voyait. Elle décelait en elle ce potentiel qui l'animait, et la faisait chavirer. Elle se contorsionnait pour parvenir à s'aimer. Quitte à se méprendre et se désaimer. Elle avait réussi là où beaucoup abandonnent en cours de route pour se laisser soi même au bord de la route et regarder la route défiler. Elle, elle avait trouvé le moyen d'aller au-delà des simples mensonges que l'on se fait pour égayer sa vie ou minimiser ses démons. Elle était parvenue à faire siens, à se créer une armure caparaçonnée de tous ses méfaits et mauvaises pensées, les avait agencés dans un ordre collant à la perfection à des théories comportementalistes tolérantes et les avait mêlés en symbiose parfaite avec son propos racoleur et polyvalent.

Aujourd'hui j'avais décidé de lui écrire. Une lettre. Une longue lettre monologuée, une lettre où je lui parlerais sans que son sourire ou sa science m'interrompe systématiquement et me fasse perdre le contrôle de mon argumentaire. Je serais seul, et je lui dirais ce que je veux.

Cette lettre, elle aurait commencé simplement. Comme toutes les lettres.


« Chère Sabrina,
Finalement tu t'en es allée. Loin de moi. Loin de nous. Loin de tout le monde, et même loin de toi. Tu as décidé de tout quitter et de partir t'installer ailleurs. Tu y es désormais. Et tu es toute seule. Tu ne peux qu'être face à toi-même, et face à ce visage qui doit te paraître si étranger et si creux.
Tu es dans une grande ville, une ville froide. Elle va t'aider à refroidir encore un peu ton coeur, que tu t'es déjà appliquée à congeler. »


Cette fille, cette amie à moi avait décidé que jamais elle ne regretterait quoi que ce soit. De toute sa vie. Et elle s'y tenait. Quand on lui posait des questions, sur elle, ses désirs, son avenir, elle disait toujours qu'elle ne regrettait pas, que jamais elle n'avait de remords.
Elle avait bien trop souffert avec un connard. Six ans. Six ans ensemble, dont plus de la moitié à tenir sans se voir la semaine et se retrouver le week-end. Un jeune con, jaloux, possessif, maigre et donc mal foutu. Elle racontait cette petite histoire, énonçait ce court résumé comme si rien n'était. Elle avait fait de ce slogan son credo.


« Tu dois être heureuse là où tu es. Mais je me demande quand même parfois comment tu fais, justement, quand tu es face à cette glace qui ne reflète que toi dans ton appartement vide, ou juste rempli du mec de ta nuit. Je me de mande bien comment tu parviens à continuer de te mentir aussi loin. »


Elle était toujours occupée cette fille. Connectée sur internet, à parler à droite à gauche, à sortir aussi, se promener, aller en boite, ailleurs, avec ses nombreux amis.
Elle ne me parlait jamais de ses mecs. Pas tant qu'elle était avec. Cela signifie qu'elle m'en parlait tout de même assez souvent. Elle changeait régulièrement. Untel était un gamin, tel autre était protestant pratiquant, mais il l'avait baisée quand même. Un autre était d'abord très costaud, puis très con. Et au-delà de changer de tampon humain, elle ressentait le besoin de créer une sorte d'ambiance malsaine. Sans regret, elle baisait. Sans regret, elle draguait, jouait de sa langue, et sans regret, elle jetait sa machine à foutre comme une poire trop mure, et pas assez à son goût, ivre de possession.


« Pourtant personne ne te regarde. Alors au moins une fois, entre deux élucubrations sur une vie sans regret, accepte que des larmes coulent de tes yeux et réveillent ta vue endormie par tant de sarcasme. Comprends que la femme n'a pas le pouvoir absolu. Un pouvoir absolu nécessite une intelligence hors du commun. Un sens de l'analyse fin et développé. La femme que tu crois être est une puissante machine de domination, un sceptre sur lequel repose tout un amoncellement d'institutions que tu peux dominer de ton vagin. Et la femme que tu es n'est restée que cette victime de son succès auprès des hommes, et plus particulièrement à ton besoin de te sentir aimée.

Les hommes sont des crevards bouffés par leur besoin de virilité, lui-même causé par un trop plein de rayons cathodiques. Et tu n'es que le moyen d'assouvissement de ce besoin. Tu es la chèvre de monsieur Seguin, le film porno de la semaine, mais version taille réelle. Tu penses mener à la baguette toutes ces braguettes par le simple pouvoir de ton intelligence. Mais tu ne domines que la bestialité enfantine et débile de chacun de ceux que tu as amenés à se déverser en toi. Tu juges que toi seule, du haut de ta poitrine rétrécie, es capable de contrôler ta vie par la domination des autres. Tu renverses toute entière l'échelle pré établie pour le compte de ton ambition. Tu ne te retournes même pas pour voir ce qu'il en a été réellement. »


Elle était du genre jolie, malgré quelques défauts dé féminisants. Elle était menue, mais bien proportionnée. De grands yeux sombres et profonds, dont la mise en abîme était rehaussée par une pointe d'artificialité, qu'elle ne quittait d'ailleurs jamais. Une poitrine en apparence ferme, et une bouche bien rembourrée, pulpeuse, et de petites dents.
Mais elle avait ce ton qui ne lui seyait pas du tout. Ce ton qu'emploient les déshérités qui cherchent par la force à assurer leur égalité. Le ton du paumé agressif. Elle détestait qu'on lui fasse remarquer et elle se braquait quand on disait que ça faisait vulgaire. Même après des heures de discussion, elle ne changeait pas. Sa vie était ainsi faite, on ne la changerait pas, elle était entière, son passé faisait sa force d'aujourd'hui, elle ne regrettait rien. Son avenir se devait d'être radieux, même s'il la faisait flipper devant tous les trous d'inconnu qui s'amoncelaient.
Elle s'escrimait à ne paraître qu'excitée quant à son départ vers l'Orient. Et elle s'est retrouvée très désappointée lorsque tout est tombé à l'eau.
Elle ne savait plus ce qu'elle allait faire. Elle était paniquée. Elle allait chez des gens pour se changer les idées, en boite, au lit.


« Tu disais assumer ne penser qu'à toi et vouloir que tout tourne autour de toi, ton plaisir, et ta volupté. Tu voulais être la reine, être la seule visible, et toujours gagner. Tu étais dans une éternelle compétition avec toi-même et avec la terre entière. Tu voulais être au dessus du lot. Et forcément, toutes les petites tracasseries de la vie te démontaient. Ton plan à l'étranger t'a fait pleurer et te refermer.

Un peu comme lorsque l'on s'est rencontré. Je t'ai pris sous mon aile. Tu as découvert toutes les astuces et ficelles du métier, tu n'étais pas seule, tu étais épaulée, on t'avait accueillie. Comme une princesse. J'étais pour toi le mec libre et bien foutu et plutôt sympa. Mais je n'étais pas libre à cette époque. Tu t'étais attachée avec le temps, d'une manière que tu ne savais pas expliquer, parce que ça t'aurait fait trop de mal.
Moi j'étais fidèle. »


Puis mon histoire s'est terminée. Plus ou moins mal, comme chacun sait autour de nous. Seul, je déambulais dans les méandres de mon cerveau, cherchant par tous les chemins à éviter de tomber sur mes pensées. J'errais, et me satisfaisais de simples choses.


« Tu ne voulais pas spécialement de moi. Tu aurais bien voulu que je te baise, que je lâche ma copine, que je te baise, comme un homme. Mais tu voulais quelqu'un de principes. Et c'est ce que je suis. Du coup, en toute logique, je ne pouvais vouloir de toi. A la rigueur, un soir de pleine lune ou de sècheresse, j'aurais couché avec toi, juste pour voir si tous tes prétendants t'ont donné un peu d'expérience ou si, même dans ce domaine, tu étais restée juchée à la cime de tes prétentions.
Et je ne t'ai plus intéressée. Car j'étais seul. Et qu'il n'y avait plus aucun challenge, plus aucune vie à briser. J'ai pu savoir que tu avais secrètement confessé, à l'aide d'alcool et de joints graisseux, que tu aurais aimé que je me sépare, pour toi.
Une pointe de regret ? Du ressenti ?
Je ne pense pas, tu es restée la même, tu n'as même pas été capable d'aller jusqu'à assumer ce côté que tu tentais désespérément de masquer en t'autocritiquant.

Tu avais voulu prendre un pouvoir que tu n'as jamais su comprendre, ni maîtriser. Sans demi mesure, tu as assouvi tes pulsions et plus encore, arguant au même désespoir que les hommes vides et sans intérêt. Tu prenais ton pied et juste après tes cliques et tes claques. Tu agissais librement disais-tu, et pour te défendre, tu lançais à qui voulait l'entendre, mais pas trop fort, que tu étais une salope.

Je te rassure. Tu es bel et bien une salope, bien que tu ne saches pas réellement ce que ça signifie. Et j'ai poussé le vice à faire semblant pour voir jusqu'où tu pouvais aller.

Tu n'aurais jamais réussi à me faire quitter qui que ce soit, surtout pour fourrer un vagin usé et sans énergie. Tu es bien loin désormais. Et peut-être que face à ton foutu miroir, il t'arrive de pleurer, entre deux joints qui t'éloignent de ton misérable univers cérébral. »



Et je me pose encore la question de savoir si oui ou non, je lui envoie cette lettre...

jeudi, 10 janvier 2008

[Fiction] Un accident attendant d'avoir lieu...

Il a plu toute la nuit.

Et nous sommes montés en voiture, elle au volant, moi à sa droite.

Autour de nous, le noir, la forêt et ses arbres dénudés par l'hiver ; devant nous, la route, sans véritable début ni fin.

Et on a mis Kid A de Radiohead.

Alors que la voix étouffée et lacérée qui accompagne le début d'Everything in it's right place laissait la place à celle, épurée, de Thom Yorke, elle m'a dit :

« Je te raccompagne chez toi, et après on convient qu'on ne se reverra plus. D'accord ? »

Je ne pouvais pas être entièrement d'accord avec cette proposition. Moi j'avais envie de tout reprendre avec elle, de faire ma vie en sa compagnie, de lui faire oublier ce que j'avais fait, de lui faire des enfants, de lui faire l'amour, bref de faire ; pourtant, sans bien comprendre ce qui me passait par la tête, je lui ai répondu :

« OK. De toute façon c'est ce que je comptais faire. »

On a démarré, commencé de rouler. J'ai allumé une cigarette ; elle aussi. Je me tournais régulièrement vers elle pour jeter un œil à son visage et tenter d'analyser ce à quoi elle pouvait bien penser.

Je ne savais pas trop comment on en était arrivés là ; mais en y réfléchissant, je me suis dit que notre couple avait en fait été, depuis le début, un accident attendant d'avoir lieu.

Kid A. La lumières des phares tansperçant la pluie qui filait sur nous a transformé les gouttes en une myriade d'étoiles filantes. J'ai regardé la pluie s'écraser sur notre pare-brise et créer des rivières se dirigeant vers les bords de celui-ci, et l'ombre de ces rivières a dessiné sur elle des larmes noires s'écoulant le long de ses joues et sur sa poitrine ; pourtant elle affichait un air doux, presque souriant.

Nous roulions depuis un moment, le temps nécessaire à ce que The National Anthem se lance, quand nous avons aperçu des phares dans le rétroviseur. En soi, ça n'avait rien d'étonnant ; ce qui l'était, c'était la vitesse à laquelle ils semblaient se rapprocher de nous.

En quelques secondes, ils se sont trouvés à quelques mètres derrière la voiture. Elle a accéléré, en même temps que l'avalanche de cuivres de la chanson a déferlé sur nos oreilles. Le véhicule qui nous suivait a accéléré à son tour pour nous coller au train. Nous devions rouler à 130 kilomètres par heure, sur une minuscule route de campagne perdue dans le Massif Central ; et il devenait évident que la voiture de derrière avait envie de nous emmerder, voire de nous pousser à l'accident.

J'ai été stupéfait de l'agilité dont elle faisait preuve au volant : elle enchaînait les courbes et virages sans trembler, sans la moindre erreur ; notre auto semblait flotter à quelques centimètres du sol, évoluer avec grâce et sans heurt. Pour autant, la voiture qui nous poursuivait ne montrait aucun signe de désistement ; avec la même agilité, son conducteur restait collé à nous, comme si nous dessinions un rail auquel il s'était greffé et qui l'empêchait de décrocher.

Alors que le disque arrivait sur How to disappear completely, elle m'a dit, avec un sourire paisible :

« Je crois que nous allons mourir cette nuit. »

J'ai eu envie de lui dire que non, qu'elle conduisait parfaitement et que notre poursuivant allait se lasser, comme dans la pub pour les pâtes Barilla, mais je me suis abstenu, pour éviter de la déconcentrer.

Optimistic. J'ai ouvert un paquet de chips, j'ai commencé à en grignoter quelques unes. Elle m'a demandé de lui en passer ; je les lui ai présentées directement devant la bouche, comme des hosties.

Derrière, l'auto continuait de nous suivre à la trace, nous donnant parfois des coups dans l'arrière-train.

Je me suis dit que la sodomie automobile n'était pas vraiment une pratique sexuelle qui m'attirait, et c'était un message que j'avais envie de faire comprendre à celui qui nous poursuivait.

Idiotheque. Je me suis demandé qui pouvait d'ailleurs nous en vouloir comme ça. Etait-il un homme ? Une femme ? Un vieux, ou un jeune ? Un lémurien ? Peut-être autre chose que tout ça ; il pouvait s'agir de n'importe quoi : un petit pois géant, une seringue pleine d'héroïne, ou une fleur.

Morning Bell. Peut-être était-ce le passé de notre couple qui nous rattrapait, les erreurs que j'avais commises qui revenaient à la charge, ou bien sa rancœur à elle qui voulait tout effacer de nous.

Nous venions de finir le paquet de chips et le CD commençait de s'achever sur Motion Picture Soundtrack. Elle semblait toujours aussi calme, sûre d'elle et de sa capacité à nous sauver ; à moins que son air assuré ne provînt de sa certitude que nous vivions nos dernières minutes, et son calme du fait qu'elle avait déjà accepté cette idée et qu'elle la voyait comme la plus belle chose pouvant nous arriver.

La harpe électronique de la chanson a disparu dans le silence qui précède la virgule finale de l'album ; nous sommes arrivés au abords d'un virage serré. Je ne sais pas si ç'a été volontaire de sa part, mais ce virage, nous l'avons loupé. La voiture a filé hors de la route, et en la sentant quitter le sol j'ai compris que nous étions au bord d'un ravin.

Nous avons plané quelques secondes, pendant lesquelles j'ai allumé une cigarette, pendant lesquelles elle s'est regardée dans le rétroviseur, et pendant lesquelles la virgule finale de Kid A s'est envolée.

À ma droite, j'ai vu nous doubler la voiture qui nous avait poursuivis, et qui avait décollé avec nous.

J'ai vu la personne qui se trouvait dedans.

C'était elle, avec le même sourire doux, calme et sûr qu'elle avait affiché pendant toute cette poursuite.

J'ai regardé à ma gauche.

Elle était toujours là, mais elle pleurait. Elle s'est tournée vers moi, et son regard était empli de tous les reproches qu'elle n'avait jamais osé me faire, de tout ce qu'elle n'avait jamais voulu me dire pour éviter à notre couple de mourir, de toute la souffrance qu'elle avait endurée pour nous faire survivre.

Notre voiture a cessé de planer et a pris de l'altitude, tandis que l'autre, celle ou se trouvait son visage souriant, a décroché de notre trajectoire pour sombrer dans l'obscurité.

Nous nous sommes envolés. Et il a plu toute la nuit.

dimanche, 06 janvier 2008

[Fiction] Lettre à une amie...

Elle était partie. Elle avait quitté le pays. Elle avait fuit, emportant avec elle ses regrets inavoués et ses peurs intestines. Son rêve était de travailler à l'étranger. Elle ne cessait de répéter qu'elle voulait partir, voir le monde. Elle ne cessait de répéter tout un tas de choses, de leçons de vie, parfois évidentes, parfois sans queue ni tête, souvent convenues.
Elle se plaisait, cela se voyait. Elle décelait en elle ce potentiel qui l'animait, et la faisait chavirer. Elle se contorsionnait pour parvenir à s'aimer. Quitte à se méprendre et se désaimer. Elle avait réussi là où beaucoup abandonnent en cours de route pour se laisser soi même au bord de la route et regarder la route défiler. Elle, elle avait trouvé le moyen d'aller au-delà des simples mensonges que l'on se fait pour égayer sa vie ou minimiser ses démons. Elle était parvenue à faire siens, à se créer une armure caparaçonnée de tous ses méfaits et mauvaises pensées, les avait agencés dans un ordre collant à la perfection à des théories comportementalistes tolérantes et les avait mêlés en symbiose parfaite avec son propos racoleur et polyvalent.

Aujourd'hui j'avais décidé de lui écrire. Une lettre. Une longue lettre monologuée, une lettre où je lui parlerais sans que son sourire ou sa science m'interrompe systématiquement et me fasse perdre le contrôle de mon argumentaire. Je serais seul, et je lui dirais ce que je veux.

Cette lettre, elle aurait commencé simplement. Comme toutes les lettres.


« Chère Sabrina,
Finalement tu t'en es allée. Loin de moi. Loin de nous. Loin de tout le monde, et même loin de toi. Tu as décidé de tout quitter et de partir t'installer ailleurs. Tu y es désormais. Et tu es toute seule. Tu ne peux qu'être face à toi-même, et face à ce visage qui doit te paraître si étranger et si creux.
Tu es dans une grande ville, une ville froide. Elle va t'aider à refroidir encore un peu ton coeur, que tu t'es déjà appliquée à congeler. »



Cette fille, cette amie à moi avait décidé que jamais elle ne regretterait quoi que ce soit. De toute sa vie. Et elle s'y tenait. Quand on lui posait des questions, sur elle, ses désirs, son avenir, elle disait toujours qu'elle ne regrettait pas, que jamais elle n'avait de remords.
Elle avait bien trop souffert avec un connard. Six ans. Six ans ensemble, dont plus de la moitié à tenir sans se voir la semaine et se retrouver le week-end. Un jeune con, jaloux, possessif, maigre et donc mal foutu. Elle racontait cette petite histoire, énonçait ce court résumé comme si rien n'était. Elle avait fait de ce slogan son credo.


« Tu dois être heureuse là où tu es. Mais je me demande quand même parfois comment tu fais, justement, quand tu es face à cette glace qui ne reflète que toi dans ton appartement vide, ou juste rempli du mec de ta nuit. Je me de mande bien comment tu parviens à continuer de te mentir aussi loin. »


Elle était toujours occupée cette fille. Connectée sur internet, à parler à droite à gauche, à sortir aussi, se promener, aller en boite, ailleurs, avec ses nombreux amis.
Elle ne me parlait jamais de ses mecs. Pas tant qu'elle était avec. Cela signifie qu'elle m'en parlait tout de même assez souvent. Elle changeait régulièrement. Untel était un gamin, tel autre était protestant pratiquant, mais il l'avait baisée quand même. Un autre était d'abord très costaud, puis très con. Et au-delà de changer de tampon humain, elle ressentait le besoin de créer une sorte d'ambiance malsaine. Sans regret, elle baisait. Sans regret, elle draguait, jouait de sa langue, et sans regret, elle jetait sa machine à foutre comme une poire trop mure, et pas assez à son goût, ivre de possession.


« Pourtant personne ne te regarde. Alors au moins une fois, entre deux élucubrations sur une vie sans regret, accepte que des larmes coulent de tes yeux et réveillent ta vue endormie par tant de sarcasme. Comprends que la femme n'a pas le pouvoir absolu. Un pouvoir absolu nécessite une intelligence hors du commun. Un sens de l'analyse fin et développé. La femme que tu crois être est une puissante machine de domination, un sceptre sur lequel repose tout un amoncellement d'institutions que tu peux dominer de ton vagin. Et la femme que tu es n'est restée que cette victime de son succès auprès des hommes, et plus particulièrement à ton besoin de te sentir aimée.

Les hommes sont des crevards bouffés par leur besoin de virilité, lui-même causé par un trop plein de rayons cathodiques. Et tu n'es que le moyen d'assouvissement de ce besoin. Tu es la chèvre de monsieur Seguin, le film porno de la semaine, mais version taille réelle. Tu penses mener à la baguette toutes ces braguettes par le simple pouvoir de ton intelligence. Mais tu ne domines que la bestialité enfantine et débile de chacun de ceux que tu as amenés à se déverser en toi. Tu juges que toi seule, du haut de ta poitrine rétrécie, es capable de contrôler ta vie par la domination des autres. Tu renverses toute entière l'échelle pré établie pour le compte de ton ambition. Tu ne te retournes même pas pour voir ce qu'il en a été réellement. »



Elle était du genre jolie, malgré quelques défauts dé-féminisants. Elle était menue, mais bien proportionnée. De grands yeux sombres et profonds, dont la mise en abîme était rehaussée par une pointe d'artificialité, qu'elle ne quittait d'ailleurs jamais. Une poitrine en apparence ferme, et une bouche bien rembourrée, pulpeuse, et de petites dents.
Mais elle avait ce ton qui ne lui seyait pas du tout. Ce ton qu'emploient les déshérités qui cherchent par la force à assurer leur égalité. Le ton du paumé agressif. Elle détestait qu'on lui fasse remarquer et elle se braquait quand on disait que ça faisait vulgaire. Même après des heures de discussion, elle ne changeait pas. Sa vie était ainsi faite, on ne la changerait pas, elle était entière, son passé faisait sa force d'aujourd'hui, elle ne regrettait rien. Son avenir se devait d'être radieux, même s'il la faisait flipper devant tous les trous d'inconnu qui s'amoncelaient.
Elle s'escrimait à ne paraître qu'excitée quant à son départ vers l'Orient. Et elle s'est retrouvée très désappointée lorsque tout est tombé à l'eau.
Elle ne savait plus ce qu'elle allait faire. Elle était paniquée. Elle allait chez des gens pour se changer les idées, en boite, au lit.


« Tu disais assumer ne penser qu'à toi et vouloir que tout tourne autour de toi, ton plaisir, et ta volupté. Tu voulais être la reine, être la seule visible, et toujours gagner. Tu étais dans une éternelle compétition avec toi-même et avec la terre entière. Tu voulais être au dessus du lot. Et forcément, toutes les petites tracasseries de la vie te démontaient. Ton plan à l'étranger t'a fait pleurer et te refermer.

Un peu comme lorsque l'on s'est rencontré. Je t'ai pris sous mon aile. Tu as découvert toutes les astuces et ficelles du métier, tu n'étais pas seule, tu étais épaulée, on t'avait accueillie. Comme une princesse. J'étais pour toi le mec libre et bien foutu et plutôt sympa. Mais je n'étais pas libre à cette époque. Tu t'étais attachée avec le temps, d'une manière que tu ne savais pas expliquer, parce que ça t'aurait fait trop de mal.
Moi j'étais fidèle. »



Puis mon histoire s'est terminée. Plus ou moins mal, comme chacun sait autour de nous. Seul, je déambulais dans les méandres de mon cerveau, cherchant par tous les chemins à éviter de tomber sur mes pensées. J'errais, et me satisfaisais de simples choses.


« Tu ne voulais pas spécialement de moi. Tu aurais bien voulu que je te baise, que je lâche ma copine, que je te baise, comme un homme. Mais tu voulais quelqu'un de principes. Et c'est ce que je suis. Du coup, en toute logique, je ne pouvais vouloir de toi. A la rigueur, un soir de pleine lune ou de sècheresse, j'aurais couché avec toi, juste pour voir si tous tes prétendants t'ont donné un peu d'expérience ou si, même dans ce domaine, tu étais restée juchée à la cime de tes prétentions.
Et je ne t'ai plus intéressée. Car j'étais seul. Et qu'il n'y avait plus aucun challenge, plus aucune vie à briser. J'ai pû savoir que tu avais secrètement confessé, à l'aide d'alcool et de joints graisseux, que tu aurais aimé que je me sépare, pour toi.
Une pointe de regret ? Du ressenti ?
Je ne pense pas, tu es restée la même, tu n'as même pas été capable d'aller jusqu'à assumer ce côté que tu tentais désespérément de masquer en t'autocritiquant.

Tu avais voulu prendre un pouvoir que tu n'as jamais su comprendre, ni maîtriser. Sans demi mesure, tu as assouvi tes pulsions et plus encore, arguant au même désespoir que les hommes vides et sans intérêt. Tu prenais ton pied et juste après tes cliques et tes claques. Tu agissais librement disais-tu, et pour te défendre, tu lançais à qui voulait l'entendre, mais pas trop fort, que tu étais une salope.

Je te rassure. Tu es bel et bien une salope, bien que tu ne saches pas réellement ce que ça signifie. Et j'ai poussé le vice à faire semblant pour voir jusqu'où tu pouvais aller.

Tu n'aurais jamais réussi à me faire quitter qui que ce soit, surtout pour fourrer un vagin usé et sans énergie. Tu es bien loin désormais. Et peut-être que face à ton foutu miroir, il t'arrive de pleurer, entre deux joints qui t'éloignent de ton misérable univers cérébral. »




Et je me pose encore la question de savoir si oui ou non, je lui envoie cette lettre...