vendredi, 13 juin 2008

Le bac et les femmes

Crotte alors, j'avais des trucs à vous raconter sur la télé, des choses que j'ai vues et qui m'ont fait rire mais rien ne me revient, sauf peut-être la manière dont on parle du bac dans les JT. Je l'ai déjà un peu évoqué mais en revoyant les reportages où la voix-off féminine nous explique que, là je la cite, les bacheliers ont eu à réfléchir sur la conscience et la liberté, l'art et la réalité ou encore le travail, en revoyant ce genre de moments donc, je me suis dit que c'était assez rigolo cette manière de montrer les choses.

En gros, lorsqu'on nous parle de l'épreuve de philo du bac, de loin la plus médiatisée — mais c'est la première, il est vrai —, l'idée n'est pas seulement de glorifier les bacheliers mais surtout de nous faire se sentir con. On nous expose tout ce pataquès avec l'idée sous-jacente que regardez nos jeunes comme ils sont intelligents, ils sont capables de réfléchir sur des questions philosophiques de haut-niveau. Pendant que nous, nous en sommes incapables. Vous voyez, il y a une sorte d'admiration hypocrite des journalistes pour des gens qui passent cet examen, un examen tout à fait banal d'ailleurs, mais voyez comme les sujets de philo sont relevés... et pourtant ils seront 82% à avoir leur bac. En montrant comme les bacheliers sont fortiches, les reportages nous posent directement la question suivante, comme une provocation : et vous, en seriez-vous capable ? Et la réponse est bien évidemment non : non on ne s'en sent pas capable devant sa téloche à 20 heures alors qu'on ingurgite tranquillement son toast de foie gras (pardon mais je ne m'adresse qu'aux riches, les autres étant certainement bien trop bêtes pour comprendre ce texte). Et puis on nous parle de la philo parce que ça brasse des thèmes qui nous concernent, on ne peut pas dire que ça n'évoque rien dans notre esprit tout ça, c'est pas comme les maths. S'ils nous parlaient des sujets de maths, forcément on se sentirait mieux, on se dirait de toute façon j'ai toujours été nul en maths et puis les logarithmes népériens, quelle connerie ça ne m'a jamais servi. Mais la philo on ne peut pas l'esquiver, elle nous interroge sur le monde et sur nous, elle nous touche et sait rester inaccessible.

Mais après quand on les voit les bacheliers, interviewés au sortir de leur examen, crapotant leur clope pour qu'on sente bien comme tout ça est dur pour eux, on se demande pourquoi on les porte tant aux nues, pourquoi on admire tant cette néogothique flamboyante qui bafouille dans sa langue percée que ouais c'était dur meuh bon voilà quoi on verra bien quoi hihihi.

Bon, voilà.

Ah oui, il y a tout de même un truc qui m'énerve bien plus encore, en fait qui me révolte même, c'est la manière dont on traite les femmes à l'approche des vacances. Non mais qu'est-ce que c'est que cette escalade dans les régimes aux promesses toutes plus fabuleuses les unes que les autres ? Perdez 7 kilos en deux semaines par ici, perdez-en donc 5 en seulement une semaine par là, et voici notre guide des calories à détacher pour bien décortiquer votre bouffe pendant trois mois afin de vous faire pénétrer par surprise - oh comme c'est bon oh oui - par un bel étalon sur la plage cet été. Soyez sexy les filles, à la rentrée ce sera le numéro spécial de celle qui s'est faite le plus tirée en deux mois ! Mais avec un petit supplément sur les risques de l'anorexie — il faut bien réparer les dommages des excès de l'été.

Voilà comment chaque année à la même époque — mais en fait ça s'étale sur toute l'année, on a toujours un régime à vendre de toute manière — on insulte la dignité des femmes. Car qu'entend-on lorsqu'on leur propose de devenir belles ? Qu'à cette heure-ci elles sont laides. Ca doit toujours leur faire plaisir à entendre, en tout cas à certaines puisque ça a l'air de marcher cette technique d'avilissement. Pour reprendre l'idée exposée par l'auteure (je hais ce mot, merde à la féminisation des mots m'voyez) des Monologues du vagin lors d'une émission de Ce soir ou Jamais : "pendant que les femmes s'épilent elles ne s'occupent pas du Darfour".

L'autre jour au 13 heures de France 2 il y avait Elise Lucet qui abordait le sujet des régimes... elle commence par dire un truc du style tous les magazines affichent des recettes miracle en couverture, là je me dis chouette, peut-être qu'on va entendre une critique du système mais pas du tout, bien au contraire : puisque les techniques miracles des magazines sont douteuses, Elise Lucet vous soumet tranquillement l'idée de, pourquoi pas après tout, essayer l'hypnose. Et allez ! Il ne viendrait à personne l'idée de dire aux femmes que tout va bien pour elles, que leurs kilos en trop ne sont qu'un mythe savamment entretenu pour leur faire dépenser de l'argent et que les hommes les trouvent très bien comme elles sont. Oh ben non, rajoutons-en plutôt une couche : oui, vous êtes toutes trop grosses ! La balance ne ment pas, les chiffres sont là et nous allons vous ouvrir les yeux : 60 kilos c'est pas bien, vous ne pouvez pas vous sentir bien dans votre peau avec 60 kilos, c'est interdit ça madame, vous devez peser 53 pour vous sentir bien mais un petit 51 ne serait pas de refus, n'est-ce pas.

Oui vous verrez, je peux faire en sorte que demain au réveil tous vos pantalons soient devenus trop grands, vous pourrez même mettre toutes vos mains dedans et quand vous marcherez ils glisseront le long de vos jambes affriolantes, vous verrez les hommes seront fous de vous. Alors pour 300 € vous pouvez au choix racheter des jeans d'une taille trop grands, ou bien acheter notre produit miracle qui fait maigrir même quand vous dormez, c'est-y pas magnifique médéme ? Avec ça votre féminité sera complètement épanouie, comme le dit Garnier, prends soin de toi ça veut dire ce que ça veut dire : si vous n'y pensez pas dans deux ans vous ne serez plus viable, juste bonne à jeter, avec les seins qui roulent sur les cuisses et la peau qui traîne par terre. Et puis vous le valez bien, n'est-ce pas. Oui, c'est ça être femme : dépenser tout son argent pour empêcher l'inévitable destruction de votre corps, acheter tous les produits artificiels existants pour être, vous savez c'est le mot à la mode, naturelle. Oui, être vous-même, si l'on veut (ha ha, je me marre). Soyez vous-même en faisant comme tout le monde, c'est notre message et nous n'en avons pas honte.

Je ne sais pas comment c'était avant, mais la femme libérée d'aujourd'hui, j'avoue avoir du mal à y croire, j'ai plutôt tendance à penser qu'on l'enferme mieux que jamais dans des stéréotypes très dévalorisants, ceux de la fuite urinaire, ceux des rides insupportables, ceux des cheveux blancs qui doivent être proscrits, ceux de l'entretien de la maison évidemment, et j'en oublie tellement.

Non mais je vous préviens, je vais devenir féministe si on continue de traiter les femmes comme des animaux (bon, ça c'était une blague, évidemment... j'ai une gueule à devenir féministe moi ?). Et puis quoi encore.

Et pour finir, n'oubliez surtout pas que la cruche, tant elle va à l'eau, en la fin se brise.

**Pendant ce temps, à Tijuana, un homme se prépare une omelette**

mardi, 25 mars 2008

Nos amies les femmes

Qu'est-ce qu'une femme ? Question plus existentielle et plus humaine encore que celle de savoir si oui ou merde l'existentialisme est un humanisme.

Généralement, les hommes ne comprennent pas grand chose aux femmes. Quant aux femmes, elles font tout pour rester mystérieuses, avec des mimiques étranges, des moues sensuelles, des voix charmeuses, des comportements ambigus, et des déplacement très calculés.

En fait, on apprend aux femmes, dès leurs plus jeune âge, que leur seul objectif dans la vie sera d'avoir un mari et de s'en occuper. En conséquence de quoi il faut séduire, et vite.

Pas étonnant en partant de ce postulat que bien des hommes ne puissent s'empêcher de considérer leurs compléments sexuels comme des objets parmi lesquels ils n'ont plus qu'à choisir celui qui leur convient le mieux.

« Assieds-toi comme ça », « Ne mets pas tes mains ici », « Travaille ta démarche », « Tu n'es pas assez féminine », « Ne mange pas tes ongles, les hommes n'aiment pas ça », « Fais attention à ton poids », sont autant de conseils et d'interdictions dictés aux femmes dès leur plus jeune âge par leurs génitrices et la publicité.

Effectivement, rien n'est plus laid et désagréable qu'une femme qui s'assoit autrement qu'en serrant les jambes, en mettant ses mains sur les cuisses et en amenant doucement et gracieusement son fessier sur le siège. Et il est difficile de tolérer qu'une femme ne fasse pas du 90-60-90, même si on supporte tous le fait que peu d'entre elles correspondent à ces exigences bien légitimes.

Car oui, heureusement pour elles que les hommes sont tolérants ! Il parviennent, au prix d'un incommensurable effort, à outrepasser le dégoût que leur inspire la grande majorité des femmes pour finalement choisir celle qui leur déplaît le moins. C'est une vraie preuve de courage.

Elles peuvent également s'estimer chanceuses que des personnes bien intentionnées veillent sur elles et leur rappellent ce qu'elles doivent faire. Si les magazines qui leur sont destinés ne leur ramenaient pas tous à l'esprit vers le mois d'avril qu'il est temps d'entamer son régime pour être séduisante sur la plage en août, bien des femmes oublieraient de se faire belles et décevraient inévitablement la horde de mâles en bermuda, la couille droite à l'air et les poils pubiens dépassant de toutes parts, qui viennent en pèlerinage sur le sable chaud pour rendre hommage à tous ces seins et toutes ces touffes qui, c'est inscrit dans la déclaration des Droits du Beauf et du Misogyne, n'existent que pour être tripotés ou pénétrées.

Les femmes ne doivent pas oublier qu'elles n'existent pas outre leur cul et leurs nichons ; on se fout de savoir qu'elles ont de l'humour et de l'intelligence.

Par chance, une femme ne pourra jamais, au cours de sa vie, oublier que son corps, et par extension elle-même, n'est qu'une marchandise offerte aux regard et aux mains d'hommes désireux de rendre hommage à sa beauté en la prenant à 20 ans et en la jetant à 40.

Comment faire pour qu'une femme garde cette réalité en tête ? Il faut pour commencer lui mettre sous les yeux dès son plus jeune âge des photos où un canon s'affiche sans complexe dans sa nudité en posant langoureusement. Avantage : puisque les hommes sont gavés aussi précocement des mêmes photos, tout le monde finit par être d'accord sur l'utilité d'une femme : finir à poil. D'un côté parce que c'est le seul moyen de séduire un homme, de l'autre parce que c'est le seul moyen d'être intéressé par une femme. Une femme qui ne donne pas envie d'être déshabillée n'existe pas ; si ses seins sont inexistants, sa valeur marchande l'est tout autant.

Une femme ne doit pas non plus oublier que sans maquillage, son visage n'a aucune chance d'attirer le regard. Le visage de la femme est laid par nature ; seule l'artificialité peut le rendre un tant soit peu agréable. De la même manière, une femme qui a ne serait-ce qu'un duvet sur les jambes a intérêt à les garder cachées ; l'affichage de cet handicap peut être vomitif pour tout homme normal.

Les femmes sont souvent de victime de machisme. Qu'est-ce que le machisme ? C'est une pratique culturelle traditionnelle qui consiste, pour un homme, à affirmer sa supériorité autoproclamée sur la femme en la soumettant à tous ses désirs. Le machisme repose, mais il l'ignore, sur une contradiction fondamentale. Un discours machiste typique ressemble généralement à ça : « T'es une incapable, les femmes c'est fait pour la vaisselle, alors fais la ». Il faut traduire cette sempiternelle sentence comme suit : « T'es une incapable, les femmes seules savent faire la vaisselle, même pas nous parce qu'on ne sait de toute façon rien faire, alors sois gentille et fais la ». Ainsi les femmes peuvent être traitées dans une seule et même phrase de sous-hommes et d'êtres supérieurs.

Le machisme est la réponse naturelle qu'ont trouvé les hommes pour compenser la frustration liée à leur incapacité à satisfaire les femmes. En assujettissant les femmes, les hommes ont cru pouvoir s'en affranchir ; ils ont oublié que, bien souvent, entre l'esclave et le maître, c'est le maître l'esclave.

La plupart des femmes ont conscience de leur pouvoir sur les hommes ; certaines en abusent. Les hommes les traitent souvent de salopes, mais aucun ne rechigne à coucher avec l'une d'elles si elle leur en fait la proposition.

Hélas, la grande majorité des femmes ne sont pas des salopes ouvertes à toutes les propositions. Alors que la grande majorité des hommes sont des obsédés prêts à tout pour sustenter leur pénis. D'où l'existence et le succès de nombreux magazines ornant le haut des rayonnages dans les bureaux de tabac. Une fois ce Petit Testament en mains, l'homme ne se sent plus de joie ; il pourra s'enfoncer dans l'humiliation en branlottant son petit ami entre deux pages présentant le cul d'un mannequin aux regards avides de gens qui baveront par deux orifices simultanément.

Si l'éducation de l'homme par ces magazines se fait assez tôt, ce dernier aura la joie de ne jamais pouvoir coucher avec quiconque, puisqu'il ne rencontrera pas de femme qui tienne la comparaison avec les standards qui ont élevé jadis sa conscience sexuelle et son sexe consciencieux vers les cieux du plaisir avilissant de la masturbation. Il pourra alors se replonger dans ses magazines, et n'en plus sortir.

La vie de la femme est marquée par des étapes inévitables, comme pour tout le monde d'ailleurs.

Premièrement, la femme naît. Oui, c'est incroyable, mais pourtant vrai. Quand elle naît, on peut si l'on est peu perspicace la prendre pour un garçon ; il faut faire attention.

Ensuite elle grandit – c'est encore plus fou, mais la plus grande surprise est à venir –, et sa féminité se dessine plus clairement, plus nettement. Vers cinq ans, elle connaît sa première déclaration d'amour. Déjà blasée par ce qui va devenir habituel pendant toute sa scolarité, elle laisse choir son prétendant en l'ignorant d'une force insupportable.

La primaire est donc marquée par des lettres d'amour à répétition, comme un abonnement à un magazine. La petite fille feint ignorer cette attraction, mais intérieurement il faut bien avouer qu'elle jubile. Manque de chance, elle s'amourache généralement du seul gars qui ne lui a rien demandé, et qui vient d'envoyer une lettre d'amour à une autre fille. Damnède, se dit notre femme en puissance.

Au collège, ses formes se créent, ses seins grossissent et ses fesses s'arrondissent (parfois l'inverse). Par l'orientation du regard des garçons avec qui elle parle, elle comprend vite que leur intérêt se porte sur sa poitrine. Consciente de l'attrait exercé sur eux, mais aussi emmerdée qu'ils n'aiment que ça chez elle, elle se décidera enfin à sortir avec un garçon , pour que ses copines la jalousent, pour pouvoir parler par la suite de son ex, et plus simplement parce qu'elle aussi commence à ressentir de l'attrait pour les mecs (quoiqu'elle ne sache pas trop ce qu'il y a d'attirant chez eux).

Par la suite, au collège comme au lycée, elle enchaînera les relations et les échecs, commençant à se demander si elle trouvera un jour son prince charmant. (Qu'est-ce que le prince charmant ? Le grand fantasme que l'on enracine dans l'esprit des filles dès leur plus jeune âge pour leur faire croire que la vie sera belle et qu'un homme parfait les aimera pour toujours, alors qu'on sait très bien qu'elle en chieront comme tout le monde – si ce n'est plus – et qu'elle se feront sans cesse jeter par un tas de connards.) Le drame de la fille classique est qu'elle apprécie généralement les garçons timides et réservés, mais que ceux-ci, parce qu'ils sont timides et réservés, ne lui demandent jamais rien. En conséquence de quoi elle opte, souvent par défaut et en sachant qu'elle sera déçue, pour le moins naze de ses prétendants.

Au début de ses études, la femme ne se fait plus d'illusion : elle comprend que le Prince Charmant c'est de la pure connerie, que les mecs sont tous des Gueux Affligeants, et jure mais un peu tard qu'on ne la prendra plus comme ça un soir pour la jeter le lendemain matin comme elle-même jette ses serviettes usagées. C'est alors qu'elle pourra faire connaissance, un peu fortuitement, de celui qui ramènera le bonheur dans sa vie détruite par la multiplicité des déceptions.

Sa vraie vie de femme à peu près épanouie débutera alors, pour se conclure vers l'âge de 45 ans, quand son corps, ayant perdu son érotisme, ne suffira plus à celui qui le désirait tant une vingtaine d'années auparavant.

Elle pourra tenter ce qu'elle veut pour retrouver sa beauté d'antan ; elle pourra même espérer que sa beauté du moment, encore admirable, suffise à celui qu'elle aime ; rien n'y fera. Elle se lancera alors dans des régimes en espérant que le matin au réveil ses pantalons soient trop larges pour elle (alors qu'il suffirait d'acheter des pantalons de la taille supérieure pour que ce soit le cas ; pas besoin de maigrir), elle se mettra de l'anti-rides sur le visage et des saloperies sur le cul – parfois même l'inverse – pour éviter d'avoir une peau d'orange, et mangera des machins à 0% de matières grasses pour 100 % de contraintes et d'auto-soumission à une société qui tolère tout sauf une chose, la vieillesse, et qui a pour seule référence une autre chose, la jeunesse, et qui parle de jeunes et de moins jeunes et non pas de vieux et de moins vieux, et qui fait de la vieillesse la tare ultime de l'humanoïde moderne en disant que ça n'est pas grave d'être vieux, et qu'il faut respecter les personnes âgées parce que sous-entendu elles sont infoutues de se démerder par elles-mêmes tant elles sont piteuses dans leur décrépitude et dans le ridicule de leurs pensées et de leurs actions. Les vieux meurent, et pourtant il n'y en a jamais en moins, c'est l'un des paradoxes de la nature ; c'est aussi la logique d'un système qui fait qu'une femme est vieille à 45 ans et que sa retraite sexuelle durera 45 autres années.

Les hommes profiteront alors de 20 années supplémentaires de plaisir, jusqu'à ce que leur sexe refuse obstinément de fonctionner.