mercredi, 12 mars 2008
[Cinema] There Will Be Blood

"There Will Be Blood" de Paul Thomas Anderson (USA) ; avec Daniel Day-Lewis, Paul Dano, Kevin J. O'Connor, Ciaran Hinds, Dillon Freasier, Sydney McCallister...
De 1892 à 1927, l'irrésistible ascension de Daniel Plainview qui, de simple prospecteur, va finalement se transformer en magnat du pétrole aux méthodes implacables.
Le voilà donc, ce monument !
Le "Citizen Kane" de l'an 2000... 8 !
Un film dont, parait-il on parlera d'ici dix ou vingt ans comme l'on parle aujourd'hui de "Taxi Driver" ou du "Parrain" et de l'impact qu'ils ont eu sur leur époque...
Un classique en devenir... Une oeuvre majeure... Un monstre !
Oui, le voilà.
Et tout cela est vrai.
Rien à dire, rien à faire si ce n'est se rendre à l'évidence...
Et pour paraphraser un célèbre critique cathodique, ce n'est pas tous les jours - dans mon cas c'est même probablement la première fois - que l'on se retrouve en train de regarder un film dont on sait, au moment même où il se déroule sur l'écran, qu'il fera date.
Qu'il marquera son époque, tout simplement.
Ca peut paraitre énorme, exagéré, ampoulé, grandiloquent... C'est pourtant simplement la vérité.
2h38 d'un film dont il n'y a absolument rien, pas une image, pas un son (et quel son !) à jeter. 2h38 qui semblent passer à la vitesse de l'éclair et qui pourtant marquent la rétine de manière indélébile.
C'est un film hypnotisant, qui convoque les fantômes de Griffith, Ford, Hawks, Scorsese, ou même Kubrick !
Qui évoque à la fois "Il était une fois dans l'Ouest", "Les Raisins de la Colère", "Le Jour du Fléau" (si, si !) ou le meilleur de Malick.
Un film de grands espace, dont la beauté des images et la force de la bande son (tant la musique que le reste, d'ailleurs) permettent au décidément très écléctique Paul Thomas Anderson de réussir un tour de force.
Celui de conjuguer le meilleur du cinéma populaire avec une modernité rageuse et une démesure à proprement parler revigorante.
Un film d'horreur, un western, une saga historique et familiale !
Tout ça en même temps !
Et même plus encore !
Le tout souligné par des parti pris ultra-gonflés, une audace de tout les instants ; comme le démontrent ces quinze premières minutes quasiment sans paroles, cette ahurissante scène d'explosion d'un puit ou encore la dernière demie-heure, tragi-comique, presque burlesque et pourtant terrifiante de folie, dont les ultimes images et surtout l'ultime réplique resteront plus que probablement gravées dans les annales de l'Histoire cinématographique.
Je sais, je sais, ça fait beaucoup.
Et pourtant, rien à faire, pas moyen de réfréner son enthousiasme face à un film (pourtant vu il y a déjà presque deux semaines) qui vous laisse à la limite du traumatisme.
Une expérience cinématographique unique en son genre.
Brillant d'ambiguïté et de trouble dans sa description de ce qui est après tout une véritable lutte entre le Bien et le Mal tout en n'oubliant pas de se faire spectaculaire quand c'est nécéssaire, bénéficiant d'un travail d'écriture, d'un travail sur l'image, sur le son, comme on en voit peu, dominé par la performance presque effrayante d'un Daniel Day-Lewis habité comme jamais (et auquel pourtant le jeune Paul Dano arrive presque à tenir tête) "There Will Be Blood", plus qu'une simple épopée sur le pétrole, est bien ce qu'il est convenu d'appeler un chef d'oeuvre !
Qui sait seulement combien d'années il nous faudra pour en épuiser toutes les richesses et les beautés...
Et combien de temps va s'écouler avant que l'on ne soit à nouveau secoués de la sorte...
Monumental.
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(Bientôt le retour de mon PC, donc de nouveaux articles à foison !)
00:03 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : critique, cinema, there will be blood
lundi, 03 mars 2008
[Cinema] Sweeney Todd

"Sweeney Todd" de Tim Burton (USA) ; avec Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman, Timothy Spall, Sacha Baron Cohen, Jamie Campbell Bower...
Après 15 ans passés dans les geôles australiennes, le barbier Benjamin Barker revient à Londres, bien décidé à se venger du juge Turpin, qui le fit accuser à tort afin de lui ravir sa femme et sa fille. Sous le pseudonyme de Sweeney Todd, il s'installe au-dessus de l'échoppe de tourtes à la viande tenue par Mme Lovett. Tous deux vont bientôt se livrer à un étrange commerce...
Ouch !
Alors là, oui, autant être prévenu tout de suite : le nouveau Tim Burton c'est "ça passe ou ça casse", hein !
Gageons même que pour beaucoup, ce sera irrémédiablement "ça casse".
Malheureusement...
Parce que le parti pris du film, et donc sa forme, sont pour le moins étranges, culottés, étonnants et... sacrément déroutants.
C'est le moins qu'on puisse dire...
Passé un générique kitsch et grand'guignolesque, torché en mauvaises images de synthèse, le film s'ouvre en terrain burtonien connu : rues de Londres la nuit, le pavé humide de pluie, le smog, la silhouette inquiétante d'un bateau sur la Tamise...
Le décor est plutôt bien planté, les premiers protagonistes apparaissent, l'un d'eux ouvre la bouche...
Et la, patatra, c'est le choc !
Bien entendu, on avait été prévenus du côté musical de la chose...
Mais rien ne nous préparait à ça !
Bon, ce n'est pas tout à fait 100% musical (comme l'était "Evita", par exemple) mais presque.
Il doit bien y avoir ici 80% de chant contre 20 de dialogues.
Rien que ça, ça déstabilise...
Ensuite, depuis quelques années, nous sommes sevrés de comédies musicales qui font la part belle au disco, à la pop, voire même au rock.
Rien de tout cela ici : c'est du spectacle à l'ancienne, made in Broadway, traçant sa route à grands coups de trompettes, de cordes et de chant emphatique, limite lyrique, voire même pompier.
Un spectacle dans lequel le livret, vu l'importance du chant, raconte toute l'histoire.
Ce qui donne des passages chantés où ce qui est dit importe parfois plus que la manière.
D'ou des phrases rythmiquement bancales, des rimes foireuses et du "texte chanté", du genre "Je vais te couper la têêêêête", voire "Paaasse moi le seeeel et tant qu't'y es, fait péteeeer la moutaaaaarde".
Ah ben ouais, j'avais prévenu, hein...
Même le plus endurci des amateurs de "musicals" (dont je suis), risque d'avoir besoin d'un petit temps de latence pour s'habituer au bazar... Vingt bonnes minutes, pour les moins farouches.
Quant aux autres...
Les autres, eh bien il y a des chances qu'ils passent à côté du truc.
Et ce sera dommage car, au-delà du côté duraille de la partie musicale, "Sweeney Todd" est quand même un beau retour aux sources pour Burton après deux ou trois films qui tenaient plus du conte, initiatique ou non.
Un retour aux sources sombre et gore (très gore, d'ailleurs, même si souvent le sang ressemble à de la grenadine).
Avec une photo splendide et surtout une direction artistique à couper le souffle, Burton rend un hommage magnifique tour à tour à la Hammer, à Mario Bava et à l'expressionisme allemand.
Avec aussi le très impressionnant décor de Londres - entièrement reconstitué en studio, évidemment - la gestuelle exagérée de ses acteurs, le côté too much de leurs maquillages et l'hémoglobine qui coule à flot, "Sweeney Todd" devient une fable gothique et macabre, pleine d'humour noir et imprégnée d'une assez réjouissante cruauté.
Une comédie musicale à la fois romantique et plus noire que noire qui tient tout autant de la farce que du drame et qui se déroule implacablement jusqu'à une fin admirable de pessimisme.
Et surtout, un vrai divertissement, pur et dur, au cours duquel on ne regarde jamais sa montre et dont les deux heures passent à toute vitesse.
Et qui arrive aussi, grâce il est vrai au talent de ses interprètes (Depp en tête, dont le timbre de voix fait parfois bizarrement penser à Bowie) à faire presque oublier ce pari sacrément gonflé, celui qui nous avait tant perturbé dès les premières minutes du film...
Ils chantent, nom de Dieu, ils chantent !
00:19 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : critique, cinema, sweeney todd
mardi, 19 février 2008
[Cinema] Dans la Vallée d'Elah

"Dans la Vallée d'Elah" (In the Valley of Elah) de Paul Haggis (USA) ; avec Tommy Lee Jones, Charlize Theron, Jason Patric, Susan Sarandon, Josh Brolin, James Franco...
Mike Deerfield, de retour d'Irak pour sa première permission, disparait mystérieusement et est signalé comme déserteur. Ne voulant pas croire à la version officielle, son père, ancien policier militaire, part à sa recherche...
Ce qui frappe tout d'abord avec ce second effort de Paul Haggis en tant que réalisateur c'est la sobriété et surtout la dignité avec laquelle il a mené son affaire...
Une sobriété toute eastwoodienne, un terme décidément très à la mode ces derniers temps mais d'autant moins usurpé ici que Haggis est un habitué de l'univers du vieux Clint, pour qui il a signé quelques scénarios récents ("Million Dollar Baby" et le dyptique "Mémoires de Nos Pères"/"Lettres d'Iwo Jima").
Car c'est peu dire qu'avec un sujet pareil on pouvait s'attendre à de torrentiels épanchements lacrymaux. Ou même à une gigantesque guimauve patriotique.
Or, même si l'émotion est présente - et bien présente - et même si la débauche de drapeaux en tout genres (dans le film, sur l'affiche...) ainsi que quelques uns des comportements et remarques des principaux protagonistes peuvent le laisser craindre, il n'en est rien.
Et heureusement...
Que du contraire, même, car tout, au fur et à mesure que se déroule le film, va se conjuguer pour battre en brèche ces premières impressions et les retourner comme de vieilles chaussettes.
Les horreurs du conflit et leurs dommages collatéraux auxquels va être confronté Hank Deerfield, mettant à rude épreuve ses convictions de vieux routard patriote, sont d'autant plus subtilement rendus qu'ils sont évoqués sous le couvert d'un thriller policier totalement captivant.
Et plus l'enquête est rigoureuse, plus le mélodrame qui se monte en parallèle est efficace.
Grâce également, il faut bien le dire, à une réalisation idoine ; à la fois froide dans ses lumières et ses cadrages et sensible par ses gros plans et les silences, qu'elle utilise toujours à bon escient.
Evidemment, plus que l'enquête elle-même, ce sont les dégats produits par la guerre sur les recrues, les séquelles du conflit et les découvertes de celles-ci par un homme jusque là persuadé du bien-fondé des actions de son pays à l'étranger qui sont intéressants.
Mais cette forme passionnante, presque ludique même, permet au scénario de ne jamais pontifier, empêche l'ambiance déjà quasiment mortifère de se plomber d'avantage, bref, fait passer la pilule avec une intelligence et une quasi légereté réellement bienvenues.
Le tout, plus bien évidemment l'interprétation hors norme du décidément gigantissime Tommy Lee Jones (bien entouré également, surtout du point de vue féminin), font de "Dans la Vallée d'Elah" un film âpre et rude, plein d'une rage bouillonnante mais contenue.
Un film qui prend littéralement aux tripes.
Du grand cinéma hollywoodien, au visage magnifiquement humain.
Du cinéma qui, de manière parfois extrèmement littérale, donne une image troublante de l'Amérique à travers la déliquescence de certains de ses mythes et l'effondremment de quelques unes de ses certitudes.
Pas un brûlot politique, non. Certainement pas. Mais pas non plus un pavé moralisateur et gnangnan.
Juste un beau film, digne et bien ficelé.
22:15 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinema, critique, dans la vallée d'elah
vendredi, 15 février 2008
[Cinema] Juno

"Juno" de Jason Reiman (USA) ; avec Ellen Page, Michael Cera, Jennifer Garner, Jason Bateman, Allison Janney, J.K. Simmons...
Juno Mc Guff, 16 ans, se retrouve enceinte des oeuvres de son pote Bleeker. Ado plutôt burnée et sévèrement délurée (ou le contraire), elle va pourtant devoir faire face à une série de situations pour le moins inédites...
Alors donc il paraitrait que depuis le succès surprise de "Little Miss Sunshine", l'année dernière, la mode soit à nouveau aux feel good movies.
Eh ben vous savez quoi ?
S'ils sont tous comme celui-là, on va pas s'en plaindre !
Parce qu'effectivement, pour ne pas se laisser complètement embarquer par "Juno", faut vraiment être fait en métal.
En béton.
Ou être chroniqueur chez "Libé"...
Cela dit, on pourrait aussi, face à l'objet, céder facilement au cynisme ambiant et se dire que ce n'est qu'une machine.
Que le film ne fait qu'appliquer des formules, enfiler les clichés hérité de ses ainés comme autant de perles sur un collier.
Les geeks sont à la mode ? Le petit ami est geek ! Les familles recomposées mais cool le sont aussi ? Rajoutons-en une couche de ce côté-là ! Et ainsi de suite...
On pourrait, mais oui... mais non.
Au vu du potentiel hautement jubilatoire de l'engin, on préfèrera céder à une autre facilité...
Vous savez quoi ?
On va dire que c'est bien.
Très bien même...
Formidable, allez ! Faisons péter les superlatifs !
Et contentons nous même d'énumérer les qualités de la chose !
La réalisation, intelligement discrète - mais quand même bien servie par une jolie photo automnale - a la bonne idée de laisser la parole au script terriblement efficace et roublard (dans le bon sens du terme) de la désormais célèbre ex-strip-teaseuse Diablo Cody (Go, Diablo ! Ça c'est du pseudo !).
C'est simple et ça fonce droit devant !
Toutes les situations "obligées" sont passée en revue : l'annonce aux parents, la tentation de l'avortement (qui donne lieu à la seule séquence un peu étrange du film dont la possible tentation pro-life est heureusement largement désamorcée par le potentiel comique de la chose et le ridicule affirmé de la "militante" que l'on fait intervenir), le choix de l'adoption et des parents qui vont avec, etc, etc.
Les personnages sont tous très attachants, même les plus potentiellement haïssables, en particulier évidemment la Juno du titre, qui mélange habilement white-trashitude et pragmatisme détonnant, tout comme ceux qui l'entourent, d'ailleurs, à l'image de ses très compréhensifs parents.
Les répliques claquent, souvent drôlissimes, parfois émouvantes, toujours justes, en faisant clasher ce qu'il faut de slang et de bons mots pour que ça reste longtemps en bouche, comme un bon vin.
Ouais... Ou une bière fraiche...
Et évidemment, la cerise sur le gâteau c'est l'interprétation !
Avec en tête de gondole la formidable, l'excellentissime, la "y-a-pas-de-mots" Ellen Page, révélation de ce début d'année qui, de Tang Wei à Saoirse Ronan, n'en était pourtant déjà pas avare !
À l'image de son personnage, elle emporte tout sur son passage.
Non seulement les dialogues sortent de sa bouche comme si elle les improvisait à la minute mais tout chez elle donne envie de l'adopter à l'instant !
Même sa façon de marcher ou, tout simplement, de se tenir...
Autour d'elle tout brille également : Allison Janney en belle-doche qui balance, J.K. Simmons (oui : LE Vern Schillinger de "Oz" !) en papa très cool, Jennifer Garner en bourgeoise coincée du derche ou encore Olivia Thirlby, irrésistible en copine grande gueule !
Bref, feel good, ça l'est certainement. On s'amuse, on pleure, on rit, on est à l'opposé exact du Pays de Candy ; y a pas à dire, on est à la fête !
Et même si ce n'est pas politiquement aussi incorrect que ça voudrait bien le faire croire, même si c'est un peu moralisateur sans en avoir l'air, ça fait sufisamment de bien par où ça passe pour qu'au bout du compte on se demande bien ce qu'on pourait lui reprocher, à ce film...
Un peut trop de Belle et Sebastien, peut-être ?
Mouais...
Et encore, savez-vous, et encore...
23:29 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinema, critique, juno
jeudi, 31 janvier 2008
[Cinema] No Country for Old Men

"No Country for Old Men" d'Ethan et Joel Coen (USA) ; avec Tommy Lee Jones, Josh Brolin, Javier Bardem, Woody Harrelson, Kelly Mc Donald, Garret Dilahunt...
Alors qu'il est en train de chasser l'antilope près de la frontière mexicaine, Llewelyn Moss tombe sur plusieurs pick-ups abandonnés, entourés de cadavres. Puis sur une malette remplie de dollars. Dont il s'empare.
Et l'Enfer se déchaine...
Il y a d'abord Javier Bardem...
Ah ! Javier Bardem !
Sa coupe de Mireille Mathieu transgénique et sa bombonne d'oxygène à la main...
C'est la Mort qui s'avance en chaussettes !
C'est Robert Mitchum dans "La Nuit du Chasseur" !
C'est l'Ange Exterminateur...
Un méchant d'anthologie !
L'un des plus beaux psychopathes de l'histoire du cinéma !
Il y a aussi Tommy Lee Jones.
Sa tronche boucannée à l'ancienne.
Son accent trainant et ses répliques définitives.
Et puis il y a Josh Brolin.
Il y a Woody Harrelson...
Et Kelly McDonald, aussi...
Et puis tous les autres...
Il y a surtout les frères Coen, que l'on croyait perdus après trop de "Ladykillers" et autres "Intolérable Cruauté" faiblards et qui reviennent, plus en forme que jamais, la maturité en plus et qui, avec ce qui est sans doute leur premier vrai film d'action, signent ici leur chef d'oeuvre!
Ni plus ni moins.
Il y a le roman de Cormac McCarthy, allégorie de cette société américaine fondée sur la violence.
Un roman trituré, transcendé, magnifié pour aboutir à un film à la fois complètement crâmé et absolument magnifique.
Par le biais d'un scénario sombre et lumineux à la fois, qui traite aussi bien de la vie que de la mort, du destin, des limites ou de leur absence, un film drôle et mélancolique, ironique et triste à la fois.
Un film où l'on rit, parfois. Comme on montre les dents.
Il y a le savoir-faire des frangins aussi, bien sûr.
Leur expérience.
Leur art, même, dans lequel on retrouve ce goût du détail, cet humour à froid, ce sens du dialogue et qui, procédant par brusques ruptures de ton, se permettant même d'emprunter ça et là d'étonnants chemins de traverse débouche sur un véritable monstre cinématographique, plein de bruit et de fureur.
Une oeuvre maitrisée de bout en bout, réservant des scènes de suspense et de terreur d'une intensité rare. Qui contient presque assez de morceaux de bravoure que pour remplir une vie entière de cinéphile.
Une oeuvre aussi parfois simplement belle, dans sa manière presque élégiaque de traverser les paysages du sud américain...
Un cocktail qu'on aurait cru impossible. Un mélange que l'on savait improbable.
Si ce n'est dans leur filmographie.
Un classique instantané.
Magistral.
Culte.
Du grand, du très grand cinéma !
19:57 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinema, critique, no country for old men
vendredi, 18 janvier 2008
[Cinéma] Les promesses de l'Ombre

"Les Promesses de l'Ombre" (Eastern Promises) de David Cronenberg (CAN); avec Viggo Mortensen, Naomi Watts, Vincent Cassel, Armin Müller-Stahl, Sinéad Cusack, Jerzy Skolimowski...
Londres. Après qu'une jeune femme russe soit morte en couche dans son service, Anna, sage-femme opiniâtre, tente de remonter sa piste afin de retrouver la famille du bébé auquel elle a donné naissance.
Le journal intime de la jeune fille la conduit sur la piste de Semyon, paisible propriétaire du restaurant Trans-Siberian.
Sans qu'elle ne se doute que celui-ci est en fait un des chefs locaux de la redoutable Mafia russe....
C'est étonnant de voir à quel point l'oeuvre de Cronenberg s'épure de film en film, jusqu'a devenir accessible, presque linéaire. Mais sans pour autant perdre de sa force ni de sa pertinence...
Poursuivant le travail entâmé avec le précédent "History of Violence" dont il est une sorte de double encore plus sombre, "Les Promesses de l'Ombre" se présente comme une véritable et impitoyable tragédie - russe, grecque ou shaekesparienne, au choix - dont la violence implacable est d'autant plus glaçante que la réalisation se veut, en contrepoint, résolument non-spectaculaire.
A une exception près, peut-être: cette fameuse et invraisemblable scène de baston à poil dans un sauna, chorégraphiée comme une sorte de combat de gladiateurs gays et qui constitue bien sûr le point culminant du film.

En dehors de cela, Cronenberg va à l'essentiel et offre une oeuvre cohérente et limpide, dans laquelle la violence découle logiquement des relations entre des hommes dont les codes, admirablement décortiqués par le cinéaste, les poussent à sombrer dans une sorte de schizophrénie permanente.
Ballets des corps tatoués, valse des trahisons, imbroglio de filiations douteuses... Cet opéra lyrique et froid brasse toutes les obessions de Cronenberg: du fétichisme qu'il entretient envers la chair, les maladies et les mutations à sa passion pour les milieux clos ou la sexualité trouble, tout en les mettant au service d'une partition d'exception, dominée par une direction d'acteurs à proprement parler époustouflante.
Au milieu de ce tumulte d'autant plus soufflant qu'il est toujours maintenu légèrement en dessous de la surface, le canadien fait en effet se téléscoper des personnages dignes du meilleur de la littérature slave.
Le trouble Nicolai (Mortensen, impressionnant), la déterminée Anna (Naomi Watts, très "à sa place"), le dégénéré Kirill (Vincent Cassel, grotesque mais attachant) ou le suave mais très inquiétant Semyon (Armin Müller-Stahl, carrément titanesque) sont autant de pièces dans cette partie d'échecs étoudissante et vénéneuse.
Des pièces qui sont véritablement le coeur et la mécanique du film.
Sur la fin, le polar barbare et curieusement érotisé cède doucement la place à un véritable thriller, de facture beaucoup plus classique, avec des retournements de situations étonnants qui débouchent vers ce qui semble être à première vue une happy-end complètement en porte-à-faux avec le reste du film.
Mais bizarrement on accepte sans broncher ce brusque changement de ton et on se laisse prendre au jeu de ce coda étrange parce que trop commun.
Car l'on se rend bien compte de toute l'ambiguïté que Cronenberg à réussi à insuffler à cette fin trop banale.
Et que l'on comprend que rien, finalement, n'est exactement ce qu'il semble être.
Que rien n'est fini.
Que tout n'a pas été dit.
Que rien n'est simple.
Et que sous ses dehors de série B peut-être vaguement auteurisante, "Les Promesses de l'Ombre" cache sans doute dans ses replis moites et obscurs l'un des meilleurs films de son auteur.
Et surtout un grand film tout court.
19:41 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, critique, promesses, ombre



