lundi, 24 mars 2008
Les guillemets
Plus que toute autre ponctuation, j'abhorre les guillemets.
Est-il un signe plus hypocrite, plus menteur, plus veule et plus lâche que les guillemets ?
La vue de ces petites accroches, hors du cadre d'une citation ou d'un dialogue, me plonge dans un énervement incontrôlable.
Les guillemets sont aux écriveurs ce que le viagra est aux débandeurs : un aveu d'impuissance.
Je ne supporte pas cette habitude qu'ont certains journaleux de bas étage de foutre des guillemets en tous sens sans raison particulière, juste parce qu'un mot les choque et qu'ils veulent signifier qu'ils n'y adhèrent pas, ou parce qu'ils ne connaissent pas l'équivalent français d'un anglicisme et qu'ils savent que des lecteurs chauvinistes à la con vont leur tomber dessus s'ils n'encadrent pas le terme trash avec des guillemets. Et si la langue française est infoutue de faire comprendre ce que le mot trash évoque, qu'y peut-on ?
Les guillemets sont la muselière que l'on pose sur les mots pour éviter qu'ils mordent.
Les guillemets sont l'aveu direct de la lâcheté de celui qui les emploie, et l'aveu indirect de la puissance que les mots peuvent avoir.
Les guillemets sont la formule magique qui met leur auteur hors de toute critique possible ; ils lui évitent d'avoir à se justifier ; ils lui évitent de prendre ses responsabilités.
Je ne veux pas avoir à foutre les mains dans la merde ? Alors je l'écrirai ''merde'', et personne ne me demandera de la remuer.
Entre un Arabe et un ''Arabe'', il n'y a qu'une paire de guillemets qui signifie qu'on n'ose pas toucher au second, parce qu'il est dangereux.
Entre les jeunes et les ''vieux'', il y a une paire de guillemets qui crée le plus grand gouffre intergénérationnel possible.
Mettre un mot entre guillemets, c'est mettre ce qu'il désigne en quarantaine.
Les guillemets sont le cafard de la langue ; il la décousent, la déconstruisent, l'enlaidissent, l'affadissent, et lui font perdre son sens profond. Existe-t-il au monde un texte plus moche, plus dépersonnalisé, et plus vide qu'un texte gavé de guillemets ?
Ces pincettes de petit chimiste de la langue sont l'aveu de notre infériorité face au vocabulaire. Celui qui utilise des guillemets concède qu'il est dépendant des mots, qu'il ne peut rien faire contre eux, et qu'il ne maîtrise pas son discours.
Plus insupportable que tout est l'utilisation des guillemets à l'oral, avec ces gens qui se sentent obligés de dessiner ladite ponctuation en plaçant leurs doigts crochus devant leur torse, comme pour se protéger du terme qu'ils emploient. Genre « je dis ce mot-là, mais je ne l'aime pas. » Bande de cons, pour que votre discours soit puissant, vous devez avant tout aimer les termes que vous employez, les sélectionner pour leur beauté, les agencer et les chérir parce que ce sont eux qui constituent à ce moment votre unique arme.
Pire que cette race, il y a celle de ceux qui dessinent des parenthèses en précisant « je dis ça entre guillemets ».
Les tréfonds de la connerie sont atteints par ceux qui inversent tout, et disent «entre parenthèses » pour désigner un terme qu'ils voulaient mettre entre guillemets, et qui généralement sont les mêmes à préciser « euh, entre guillemets » pour faire une parenthèse. Tout en dessinant de leurs mains la mauvaise ponctuation, évidemment.
Les utilisateurs de guillemets sont les négationnistes du langage ; ils dénient l'existence de ce dont ils parlent.
Entre une chambre à gaz et une ''chambre à gaz'', il n'y a qu'une paire de guillemets qui fait comprendre que l'on doute de l'existence de la seconde.
Les guillemets sont l'étoile jaune que l'on plaque sur les mots pour qu'ils ne sortent pas de leur ghetto.
Ils sont la plus obséquieuse des ponctuations ; ils sont le racisme appliqué au domaine du langage.
Ils sont la censure contre laquelle nous devons tous lutter pour que la langue reste une arme de destruction, d'humour et d'émotion massifs.
C'est pourquoi je vous demanderai de niquer tous les guillemets, y compris ceux que certains eussent voulu que j'apposasse autour de niquer.
Merci.
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dimanche, 23 mars 2008
Nos amis les jeunes : l'étudiant
Partie III : L'étudiant
Une fois le bac en poche, le jeune a plusieurs possibilités, mais dans la majorité des cas il poursuit des études, parce que sinon, paraît-il, sa vie ne sera pas enviable pour un sou.
Il existe un bon paquet de races d'étudiants, toutes différentes voire opposées.
L'étudiant en lettres constitue le cliché même de l'étudiant dans toute sa splendeur. Il réfute les idées reçues selon lesquelles il serait toujours le premier à se mettre en grève pour un oui ou pour un non, mais il est toujours le premier à se mettre en grève pour un oui ou pour un non. Il suffit qu'un gouvernement, de gauche ou de droite, propose une petite réforme innocente, pour que l'étudiant de lettres se mette en branle et vienne défendre des acquis sociaux, la stabilité de son avenir, les droits du travail, ou même de l'homme – bref tout un tas de conneries. L'étudiant de lettres possède un seul et unique fantasme : il veut refaire mai 68. Peu importe qu'on soit en mars 2006 ; l'essentiel c'est d'avoir sa petite révolution perso, une petite action subversive pour dire qu'on ne se laisse faire par personne. C'est au nom de la démocratie qu'il prétend se mettre en grève ; c'est aussi au nom de la démocratie qu'il s'estime légitimé dans l'action de bloquer sa fac même si les autres n'en ont pas nécessairement envie. Afin toutefois d'éviter un véritable conflit ouvert au sein de leur propre université, ce qui serait quand même bien couillon, les étudiants s'entassent dans des assemblées générales où, par le biais d'un vote à main levée démocratique oxymorique, on décide si oui ou non le blocage est nécessaire. Au cours de ces assemblées générales, on apprend que le gouvernement fait dans son froc, que la démocratie est surpuissante et que rien ne l'arrêtera, que la liberté merde à la fin fait chier quoi, que les vingt élèves de troisième année en lettres classiques aimeraient bien aller en cours, que l'on va voter à main levée pour savoir si l'on votera par la suite à bulletin secret, que les anciens lettreux soixante-huitards ont aussi un avis sur la question, et qu le mouvement est formidable, et qu'en plus c'est bien parce que comme ça on peut faire la connaissance d'étudiants des autres facs, voire rencontrer une meuf super dans une manif.
Dans une fac de lettres, la masse des cheveux de tous les étudiants réunis est plus importante que celle de leurs cours. (Alors qu'en fac de droit, la masse des cheveux de tous les étudiants réunis est égale à celle de Mein Kampf – et croyez bien que je ne fais aucun lien entre les étudiants de droit et celui d'extrême droite auteur de ce somptueux plaidoyer pour l'analphabétisme.) Car les étudiants de lettres ont un autre combat : la liberté d'expression capillaire. Il faut qu'il y ait des cheveux partout, dans tous les sens : un corps sain sous une touffe saine.
L'étudiant en lettres aime son campus ; il adore y boire des bières (sans oublier de laisser traîner les packs et bouteilles vides) avec ses potes pendant qu'un autre fait du diabolo devant l'amphi et qu'un dernier roule un pétard. A ce propos, l'étudiant en lettres adule les pétards. Plus que tout, il se réjouit toujours d'avoir une soirée beuverie prévue chaque week-end, pendant laquelle il pourra se péter la gueule en écoutant du métal et/ou Matmatah en fumant d'énormes joints avec ses amis. Notez que c'est le cas d'autre étudiants, en sciences par exemple, dont certains sont même enclins à se faire une gloire personnelle d'avoir avalé une bouteille de Vodka en une soirée "sans être bourré !". Ce qui n'est vraiment pas de chance, dans la mesure où l'on considère que l'on boit justement pour être bourré.
Le lettreux fume essentiellement des cigarettes roulées, parce qu'elles ont l'air plus de gauche que les cigarettes manufacturées, ces dernières affichant carrément une certaine tendance capitalistique (mais je vous renvoie à l'article sur la vie des cigarettes publié naguère sur cette même page). Pourtant l'étudiant de lettres n'est pas plus pauvre qu'un autre ; il veut simplement en donner l'impression.
L'idéologie de l'étudiant en droit est toute autre. Ce dernier est plus riche que les autres ; il veut d'ailleurs en donner l'impression. L'étudiant en droit ne se sent concerné par aucun combat social ; il boycotte les assemblées générales ou y va pour huer un intervenant parce qu'il a l'air un peu bougnoule sur les bords (mais pas tellement au centre, notez). S'il est en prépa Sciences-Po, l'étudiant de droit a toutes les chances de se prendre d'ores et déjà pour un grand journaliste du niveau de Jean Pierre Pernault ou carrément pour le prochain Premier Ministre. Celui qui prépare une entrée pour n'importe quelle grande école a de toute manière l'impression qu'il est la lumière du monde, et que c'est à lui de guider les insignifiants qui étudient au même endroit que lui, et que tout est gagné d'avance dans sa vie, et qu'au pire tout est perdu d'avance dans celle des autres.
Pourtant, l'étudiant de Sciences-Po n'est pas dans la même logique que celui qui cherche à le rejoindre après une classe préparatoire. L'étudiant de Sciences-Po adore le vélo ; alors il fait la vélorution. Il adore l'Allemagne, alors il y va. Il adore qu'on le félicite sur sa réussite, alors il va se faire mousser. L'étudiant de Sciences-Po est simple, sociable, conscient de son intelligence, inconscient parfois de sa légère pédanterie.
Parmi les autres races, citons l'étudiant de médecine, qui, pris dans une logique de sourde concurrence avec ses camarades, n'a pas d'autre choix que celui de bosser 60 heures par semaine. Il peut toutefois s'avérer être un grand déconneur ; on voit régulièrement des poulpes voler dans les amphis des facs de médecine. Quant à l'étudiant en informatique, il est simplement un geek qui passe quinze heures par jour devant un écran d'ordinateur. En conséquence de quoi, entre deux travaux pratiques, il va donner son avis sur des sites de jeux vidéo, et cherche les derniers jeux en flash à la mode. Il ne rechigne toutefois jamais, le week-end, à des soirées arrosées et enfumées entre potes, même si l'absence de PC dans un rayon de 10 mètres peut poser problème au bon déroulement de la collation.
L'étudiant lettreux ou droiteux bénéficie donc, contrairement aux autres, d'un emploi du temps de branleur. Ils peut subséquemment aller boire des tonnes de coups en ville l'après-midi avec ses amis, fumer comme un taré, et parler de sujets insignifiants. Mais surtout, surtout, il a le loisir d'enfin exaucer son vœu : sortir avec une fille qu'il aime vraiment et qui l'aime vraiment ; et considérer qu'il s'agit de sa première relation importante. C'est à ce moment qu'il comprend véritablement l'intérêt et l'importance de l'amour ; c'est à ce moment qu'il comprend pourquoi il vit.
L'étudiant peut aussi avoir une âme d'artiste, avec laquelle il compte séduire : composer de la musique, tenter de réaliser des courts-métrages, ou bien écrire des imbécillités sur un blog en s'imaginant, au vu des nombreux commentaires enthousiastes, qu'il publiera un jour un magnifique bouquin et qu'il sera considéré comme le nouveau Desproges. Parfois même, il est poète, et n'hésite pas à dire que "Tes yeux ont percé mon cœur/ Ton amour a fait partir ma froideur / A toi je dédie cette complainte / Ma vie sans toi n'est qu'une longue plainte". Du coup, il expose parfois des conneries du genre « Ouais, tu comprends, pour moi écrire c'est un besoin vital, sans ça je mourrais ». L'étudiant, mais surtout l'étudiante en fait, se sent bien souvent investi d'un devoir vis-à-vis de la société ; il pense qu'il doit aider ses concitoyens à ouvrir les yeux sur la misère du monde qui nous entoure. Il pense que la tolérance c'est bien, et qu'il a un message à faire passer. C'est aussi pour ça qu'il manifeste dès que l'occasion se présente. L'étudiant manifeste généralement de manière plutôt calme et organisée, même s'il ne sait pas toujours vraiment pourquoi il le fait ; manque de bol il est parfois importuné par des lycéens dont le seul désir est de tagger des « CRS=SS » partout ou, sur les arrêts de bus, des « Contrôleurs = collabos ». En clair, on se demande si pour le lycéen, le retour des nazis n'est pas un désir qui, s'il se réalisait, lui permettrait de se la jouer résistant. Depuis maintenant quelques années, les manifestations ont d'ailleurs leurs punching-ball : les CRS. Ces braves gens qui sont certainement, pour certains, d'accord avec les manifestants n'occupent dans ces démonstrations qu'une place de "sbires à la solde du tyrannique gouvernement qui veut baîlloner la jeunesse". Certes, leur accoutrement à la Robocop n'incite pas à soulever leur masque de plastique pour y découvrir, parfois, le doux visage d'un homme de 25 ans qui serait près, si son devoir n'était pas de les surveiller, à rejoindre ses camarades générationnels dans leur combat pour les droits de l'homme qu'ils sont, et contre les droits des monstres que sont les patrons d'entreprises.
Les années estudiantines sont les plus belles de la vie du jeune. C'est le temps de l'épanouissement, de la perte du dégoût de son corps, de la découverte d'une sexualité pleine et vraiment jubilatoire, des rencontres amoureuses laissant espérer des lendemains heureux (même si bon..), et de la prise de goût en l'existence. C'est le temps où les valeurs suprêmes sont la liberté, les droits de l'homme, l'égalité, la fraternité, le bonheur pour tous et toutes ces valeurs désuètes déjà oubliées par les adultes, qui ont parfaitement compris que la vie n'a pas de saveur si l'on n'est pas le seul à être heureux.
Le drame de l'étudiant, c'est qu'il garde un esprit contestataire mais qu'il ne peut pas se plaindre de grand-chose.
Et le drame du jeune, c'est que parce qu'il est jeune, on estime qu'il ne peut se plaindre de rien.
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samedi, 22 mars 2008
Nos amis les jeunes : le lycéen
Partie II : le lycéen
Durant toute sa scolarité, le collégien n'attend qu'une chose : le lycée. Plus de liberté, plus de maturité, plus de respect ; tout est censé le réjouir dans cette dernière ligne droite avant le bac.
En seconde, le lycéen n'est qu'un troisième même pas évolué. Qui plus est, il vient de perdre son statut de Roi du Collège pour se faire attribuer celui de Petite Bite du Lycée. Pour cette raison, le lycéen de seconde est un cas atypique. Engoncé dans ses certitudes de troisième, il tient à les réaffirmer ; bien vite cependant il se rend compte qu'il n'ira pas très loin ; il prend alors conscience qu'il va lui falloir évoluer rapidement. C'est donc là qu'il commence, petit à petit, à chercher des habits qui ne le différencient pas seulement des vieux, mais aussi des autres jeunes. Parallèlement, sa mentalité reste tout de même fixée sur une attitude aveuglément rebelle et sur laquelle la société n'aura jamais, le lycéen en est certain, le moindre pouvoir.
S'il n'a pas de chance, le lycéen garde son appareil dentaire jusqu'à la fin de la seconde ; c'est une douloureuse prolongation du drame de la condition collégienne. S'il est vraiment maudit, il aura un appareil jusqu'en terminale. Il gardera aussi son acné, mais ça gêne moins.
Dans sa quête de trucs à raconter pour dire qu'on est maintenant un grand, le lycéen aime à évoquer sa découverte de la cigarette en cinquième, et celle du pétard en troisième. A partir de la seconde et jusque le début des études, la consommation de haschich constitue pour le jeune la plus flagrante preuve de sa maturité, de sa capacité à déconner, de son indépendance vis-à-vis de cette société de merde qui nous exploite, bref de sa surpuissance. Inégalable est le sentiment de fierté que l'on connaît quand on confie à des personnes pas forcément très intimes, au cours d'une conversation, qu'on a fait une soirée avec des potes et des pétards, et plein d'alcool - encore que l'étudiant s'avère bien plus porté sur sa consommation d'alcool que le lycéen.
Dans sa première année de lycée, notre sujet d'observation n'est pas tout à fait sorti de ses habitudes collégiennes. C'est donc en seconde qu'il regarde le plus de films érotiques ou pornographiques. La pratique a toutefois quelque peu changé : auparavant il le faisait pour s'en vanter auprès de ses potes ; aujourd'hui il le fait pour sustenter sa verge. Le lycéen aime beaucoup msn. D'une part parce que le lycée ne lui laisse absolument pas le temps de fréquenter des personnes pouvant exister hors de l'établissement scolaire et du cadre familial ; d'autre part parce qu'msn, contrairement au téléphone, lui permet de parler à loisir de cul avec ses potes sans que ses parents puissent le soupçonner de quoi que ce soit.
Vers la première, le lycéen décide de faire du passé table rase, et de se mettre sérieusement en quête d'une copine. Ayant compris, à force, que ce n'est pas en insultant les filles sur leur poitrine qu'il obtiendrait d'elles de la douceur, il préfère vouer sa confiance à des techniques de drague réputées plus efficaces. Avant tout, il a ouï dire que les femmes appréciaient l'humour. Son premier objectif sera donc d'arracher des rires à la femelle qu'il convoite. S'il y parvient, il se dira qu'il a une ouverture, qu'elle l'aime certainement, et rêvera d'elle toutes les nuits. Son second objectif est d'en jeter. S'il possède enfin le scooter qu'il avait tant désiré au collège, le lycéen pense que c'est gagné. Il lui faut tout de même agrémenter son rôle de baroudeur-Piaggio de choix vestimentaires judicieux ; il comprend enfin que le survêt et l'apparence sportive ne séduisent personne. C'est donc le casque à la main, des Sparkos aux pieds et la blague à la bouche que le lycéen aborde, avec l'aide de ses lunettes de soleil, la femme de ses rêves. Avec de la chance, il arrivera à sortir avec elle ; d'autant plus que pas mal de lycéennes n'attendent qu'une occasion de rire pour donner des espoirs aux mecs. Hélas, le lycéen, comme le collégien qu'il fut, reste guidé par sa bite ; son objectif à terme est donc de connaître avec sa conquête l'extase d'une relation sexuelle, et ce dès la première semaine. Pour la garder, il sait néanmoins qu'il suffira de lui envoyer tous les soirs un petit sms du type : ''Je t'M. Bizz @+ loool''. Car le lycéen a rarement conscience de la laideur que revêt le langage sms, et de la crétinité qu'il laisse transparaître, parois à tort, auprès du récepteur. Encore que le lycéen n'ait finalement pas besoin de se préoccuper de ce problème ; il s'avère que la lycéenne est encore pire que lui dans ce genre-là.
A ce propos, évoquons rapidement cette dernière, qui se résume par les magasins qu'elle fréquente. Pour la lycéenne, il est primordial de posséder, dès la seconde, un sac à main et des chaussures à talon. Même si ces deux éléments constituent un handicap total pour se déplacer au sein de l'établissement. Il est également très important pour elle de n'être habillée comme aucune autre, d'être à la pointe de la mode, et de fustiger les éventuelles copiteuses qui pourraient avoir l'idée de plagier son look. La lycéenne fashion, si elle s'avère en plus être jolie - c'est rarement le cas-, est bien souvent une vraie connasse, trop consciente de l'avantage qu'elle possède sur ses camarades pas encore touchées par le virus Dior pour leur faire ignorer son succès auprès des mecs. Constamment dans l'idée d'apparaître sous les traits d'une femme allumeuse mais distante et pour laquelle il faudra se battre, la lycéenne fashion oublie juste d'être elle-même. Elle a donc deux alternatives : soit sa froideur tend à repousser les garçons, et c'est un échec total ; soit elle en séduit des paquets et commence à avoir l'habitude de n'être qu'un coup tiré le soir pour être lâché le matin à la vue de son visage démaquillé, auquel cas c'est également un échec total. Dure est l'existence de la lycéenne qui veut en faire un calvaire.
Le problème du lycéen amoureux d'une fille qui ne l'est pas de lui est qu'il ne peut plus décemment se branler. Premièrement, parce qu'il est presque impossible de le faire en pensant à la femme qu'on aime. Deuxièmement, parce qu'il aurait l'impression de la tromper avant même d'être avec elle s'il s'excitait le pénis par la vision d'autres femmes. Troisièmement, parce qu'il prend peu à peu conscience du côté humiliant de la chose ; il se rend compte que le problème de ce plaisir solitaire est justement la solitude ; décidément, non, sa bite ne doit pas être faite pour ça ; elle doit avoir une autre utilité. Se masturber, c'est s'abaisser à l'assouvissement des plus primaires désirs ; c'est se rendre esclave de sa queue ; le lycéen ne peut pas supporter cette idée.
Pour cette raison et d'autres encore, le lycéen célibataire a toutes les chances d'être dépressif. Comme si cet arrêt soudain du plaisir de la branlette et cette solitude amoureuse ne suffisaient pas, on emmerde ce jeune malheureux du début de la seconde à la fin de la terminale avec ce qui constitue le but de tous les efforts qu'il est censé avoir fourni depuis la primaire ; ce vers quoi convergent toutes ses souffrances scolaires : le baccalauréat. Car il ne fait aucun doute que sa vie sera piteuse s'il ne possède pas le fameux diplôme, et ses professeurs ont un talent fou pour le lui faire comprendre. La terminale symbolise donc l'idée d'une véritable pressurisation à la limite du chantage ("si t'as pas ton bac, etc" ).
Pire encore, que le lycéen bosse ou pas, il sait qu'il passe environ neuf heures par jour à étudier ou à y faire croire. En clair, le lycée, c'est sa vie. Il lui est impossible d'espérer avoir la moindre existence extrascolaire.
Le drame du lycéen, c'est qu'il n'est qu'un lycéen, et qu'on ne saurait tolérer qu'il soit autre chose que ça.
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vendredi, 21 mars 2008
Nos amis les jeunes : Le collégien
Partie I : Le collégien
Dans son lieu d'études, le collégien connaît différents statut, à travers l'évolution de sa scolarité. En sixième, il n'est qu'un CM2 évolué soumis aux brimades des troisièmes, lesquels ne se calment que si le collège est mélangé avec le lycée, et que les lycéens, souvent plus matures, les recadrent. Les troisièmes étant les doyens du collège, il s'imaginent qu'ils ont tout pouvoir sur le reste de l'établissement.
Le collégien n'a pas des masses de préoccupations ; ce qu'il aime le plus au monde, c'est sa bite. En découvrant l'épanouissement de cette dernière, c'est tout un univers qu'il voit s'ouvrir devant lui ; une quantité indénombrable de possibilités. Evidemment, cette extension du domaine de la queue est traumatisante au départ ; elle provoque nécessairement une forme de malaise, que le collégien trouve toutefois le moyen de surmonter par une extraordinaire pratique individuelle : la masturbation. Tout est bon pour se branler ; ce petit plaisir de l'existence constitue une fin en soi. Cette découverte hédoniste est bien sûr consubstantielle de l'attirance ressentie soudainement pour les filles, ou plutôt pour leurs seins encore en formation. En conséquence de quoi, pour un collégien, une meuf ne vaut rien si elle ne fait pas bander. Ainsi, si l'une d'entre elles connaît quelques problèmes dans sa croissance mammaire, elle peut avoir l'assurance de subir les railleries des bites sur pattes qui constituent sa camaraderie masculine de classe. Les mystères de la féminité naissante étant ce qu'ils sont, la grande question qui taraude tout collégien dès qu'il voit une fille est : ''a-t-elle ses règles ?''.
Le collégien, comme n'importe quel homme de n'importe quel âge, n'a aucun courage s'il est seul ; il est même d'une étonnante lâcheté. Mettez-le en revanche en compagnie d'une bande de potes, et notre cobaye se sentira plus dévergondé et fort que jamais. Dès lors, il peut se permettre de critiquer ses camarades sur leurs goûts vestimentaires ou musicaux (tout ce qui est ''pour vieux'', donc âgé de plus de deux ans, est à bannir). Le collégien aime un genre de musique à choisir parmi ces deux-là : le rap ou le métal. Le rap parce qu'il expose avec justesse et violence les problèmes des jeunes de banlieue ; le métal parce qu'il explose avec justesse et violence les oreilles des jeunes riches. Un collégien n'aimant aucun de ces deux genres n'est évidemment pas de notre planète ; il pourra même faire l'objet d'une coalition de la part de deux collégiens aimant l'un le rap, et l'autre le métal. La défense des goûts musicaux du collégien se base généralement sur une analyse particulièrement fine des qualités de ce qu'il aime : pour le métal par exemple, c'est parce que ça déchire et parce que c'est ultra-violent (alors qu'il ne sait même pas ce que disent les textes ; peut-être que Slipknot chante des conneries du genre « Viens, laisse-moi t'offrir ces fleurs, elles sentent tellement bon » ).
Avec ses potes, nous l'avons dit mais le répétons, le collégien ose tout. Plus particulièrement, il ose enfin aborder les filles, ces porteuses de nichons (et de touffes) qui exercent sur lui une attraction tellement mystérieuse qu'il ne sait comment s'y prendre avec elles. Seul, il est bien évidemment incapable de tenter quoi que ce soit. Avec deux potes, il est désinhibé ; ainsi il se sent légitimé dans la critique facile et lâche de la petite taille des seins de ses camarades. Pour rentrer en contact physique, il se bat avec elles ; ça lui permet de tâter leur poitrine en faisant comme si c'était pas fait exprès. Il n'a évidemment aucun scrupule à les insulter ; il s'imagine que ça le rend désirable et beau.
Au collège, lieu où il perd la moitié de son temps, certes contre son gré, le collégien peut se montrer rebelle ; il ne faut surtout pas qu'il ait l'air de s'intéresser à ce que les professeurs prétendent lui inculquer. Il se tiendra bien sûr à carreau pendant les cours, mais n'hésitera pas, dans un accès de courage, à insulter à voix basse cette connasse de prof de bio dès la sortie de la salle.
D'une manière générale, le collégien a un besoin irrépressible de se sentir rebelle, individualisé. C'est pourquoi il va affirmer haut et fort ses goûts vestimentaires contre les critiques de ses parents. Il ne faut toutefois pas abuser, et lesdits goûts vestimentaires doivent évidemment être conformes à ceux de tout le collège, sinon c'est l'exclusion assurée. Placez quatre collégiens côte à côte, de dos, et tentez de les différencier. C'est impossible. Le collégien revendique de toute manière une indépendance totale dans le choix de ses vêtements ; subséquemment tous arborent des t-shirts trop larges menant un combat contre des trucs nuls (la pollution, le racisme, la police, etc), des pantalons baggy, et des chaussures ès.
D'un point de vue spirituel, le collégien a deux points de vue, au choix : soit il a été élevé par des parents pas trop cons ou athées, et ne s'est donc pas encore vraiment posé la question de l'existence de Dieu, par conséquent si on lui demande il dira qu'il est athée parce qu'il trouve les religions nulles, ou qu'il croit en Dieu mais c'est tout ; soit il a été élevé dans un milieux religieux extrémiste et s'avèrera totalement aveuglé par les conceptions dangereuses de ses géniteurs – cas désespérant puisqu'on peut dès lors dire que le collégien est foutu, finalement.
Evidemment, le collégien est avant tout un humain – on a tendance à l'oublier et à le prendre pour un animal, mais c'est pourtant le cas, et connaît une vie extrascolaire qu'il estime extraordinaire. Au delà des habituelles activités sportives, qu'il pratique souvent parce qu'il paraît, selon sa mère, que c'est bon pour sa santé, le collégien se prend souvent assez vite de passion pour les jeux vidéo, loisir dans lequel il trouvera généralement tout ce qui lui faut. Au départ, son intérêt pour ce loisir ô combien noble et sous-estimé par les adultes aveuglés par leurs œillères s'avère bien innocent. Il choisit généralement sa console selon les choix de ses copains, qui eux-mêmes l'ont choisies pour jouer à des jeux de sport ; en conséquence de quoi il opte bien souvent pour une PlayStation 2, choix qu'il continuera de justifier, parfois, en expliquant que la PS2 c'est pour les adultes, alors que Nintendo c'est pour les gamins ; il oublie du même coup qu'il a quatorze ans. En misant tout sur les jeux de bagnoles, le collégien a quelquefois le malheur de louper les œuvres d'arts que la console de Sony recèle, mais qui ne l'attirent jamais au premier abord. Quant à celui qui a opté pour une GC, il passe souvent pour un con, puisqu'il joue à des jeux de gosses.
Par la suite, le collégien découvre Internet ; il commence donc par gentiment flooder en langage sms sur divers forums où il apprend bien vite les règles régissant la communauté. Puis, avide de connaissances vidéoludiques, il fréquente des sites de jeux vidéo, dont les plus accessibles : jeuxvideo.com et jeuxfrance.com. Sur ce dernier, on constate qu'il devient un moulin à paroles, capable de produire quatre articles dans la journée sur son blog, et de défendre un constructeur ou une console pendant des heures sur une insignifiante news. Il fréquente le chat du site, qu'il quitte généralement tôt dans la soirée en semaine, parce qu'il ne faut pas se coucher trop tard ; du coup, ledit chat se vide de sa population à partir de 22 heures.
Il arrive qu'une fille se pointe sur JF. En fait, dès lors qu'un membre semblant être de sexe féminin arrive dans le chat, il peut être sûr d'être assailli de toutes parts par des tarés lui demandant son âge, si ses seins sont gros, si elle veut bien sortir avec eux, si elle les trouve beaux. Les blagues vaseuses et portés sur le sexe commencent à fuser ; les allusions grivoises avec, et tout ça provoque un joyeux bordel. Dès lors, une fille se sentant en mal d'amour sait ce qu'elle a à faire pour trouver quatre contacts msn en une soirée et se faire draguer de tous les côtés.
Le collégien est relativement apolitique, en ce sens qu'il n'a pas vraiment de conviction. Tout ce qu'il sait c'est que l'Etat c'est de la merde, et que vive l'anarchie. Il ignore juste qu'un système anarchique repose sur un concept de contrats individuels, qui engagent chacun de ses membres vis-à-vis des autres, et qui exige donc de tous un civisme et un respect que la république n'exige pas.
Parfois, le collégien n'est rien de tout ce que nous venons de décrire ; il se sent alors très mal à l'aise, se demande s'il ne vient pas d'une autre planète (d'autant plus que les autres lui posent cette question), et traverse ces quatre années dans la plus grande douleur. Il parvient néanmoins généralement à sa trouver des amis dans son genre ; parfois même, s'il a de l'humour, il peut séduire sa classe en la faisant marrer.
On évoquera rapidement la collégienne, qui voudrais généralement être adulte, sûrement pour se faire draguer par des types un peu moins débiles. Elle peut toutefois être volontairement provocante, et aller vers les garçons leur dire qu'ils sont décidément trop cons, puis se plaindre que ces derniers se soient révoltés. Pour qu'une collégienne ose ça, il faut qu'elle ait conscience d'avoir un certain pouvoir de séduction sur les mecs. Si elle a le malheur d'être complexée, elle sera vouée aux pires brimades.
N'oublions pas, pour finir, le drame du collégien : l'appareil dentaire. Bien souvent obligé d'en arborer un pendant une bonne partie de sa présence au collège, il trouve ça cool au début, parce que ça lui donne l'air d'un grand, mais regrette vite le nombre de saloperies se coinçant irrémédiablement dans ce bidule ferrailleux, parce que ça lui donne l'air d'un gland. Il se rend vite compte, en outre, que l'appareil dentaire est le pire tue-l'amour qui soit, et que tant qu'il en portera un, il risque d'être privé du plaisir des embrassades langoureuses. Sa chance dans ce malheur est que presque tous ses camarades, mâles ou femelles, portent aussi un appareil dentaire ; c'est une sorte de loi générale, un peu comme l'acné.
Tel est le monde impitoyable, et parfois pitoyable, des collégiens.
Vivement le lycée, putain.
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Nos amis les jeunes : Introduction
Enfin ! J'ai mon nouveau PC ! Vous allez en chier maintenant ! On repart pour des tonnes de billets, alors accrochez vos cigarettes, et éteignez vos ceintures (euuuuh... ) !
Les vieux sont étranges, c'est un fait. Mais aussi étrange soit un vieux, il ne le sera jamais autant qu'un jeune. Les jeunes constituent la partie la plus incompréhensible de l'espèce humaine. Surtout les jeunes garçons.
De zéro à vingt-cinq ans environ, on est appelé jeune ; c'est-à-dire que c'est une période pendant laquelle on pourra connaître successivement la débilité animalière, l'affirmation du moi, la tyrannie de nos exigences vaines, l'impossibilité de supporter la présence d'autres jeunes, la méchanceté gratuite, le mensonge sans culpabilité, l'adoration des adultes, la transformation du corps et de l'esprit, une obsession malsaine des nichons et des touffes, la frustration liée à l'impossibilité de profiter des nichons et des touffes, une cruauté sans limite à l'égard des porteuses de nichons et de touffes, un rejet mérité par les porteuses de nichons et de touffes, les boutons sur la gueule, lA vOix qUi dérAille, l'hédonisme comme seule justification idéologique de nos accès masturbatoires, les appareils dentaires, l'athéisme parce que les curés c'est tous des pédophiles, parce que les cathos c'est des cons, parce que la religion merde à la fin, parce que c'est la mode, et parce que Dieu n'existe à l'évidence pas ; des revendications anarchiques convaincues que l'anarchie signifie l'absence de règles, une opposition farouche aux racistes, une certaine méfiance envers les bougnoules (on sait jamais avec ces gens-là), la découverte d'une station de radio ultra-cool, l'affirmation de goûts musicaux qui nous foutent la honte un an plus tard, la découverte des jeux vidéo, l'amour du cinéma intellectuel avec Americain Pie comme étendard, la jubilation suscitée par les premiers films érotiques vus en cachette et la sensation d'être un adulte, la volonté de dire "merde" à tout ce qui émane de l'autorité parentale – sauf bien sûr à son argent de poche -, le besoin incontrôlable de posséder un scooter avant de passer à la Kawasaki, des passions subites pour différents sports, l'envie de faire de la muscu pour draguer en paix, l'envie de devenir musicien, l'achat inconsidéré d'une guitare électrique dont les quelques essais amèneront à penser que la musique, euh, finalement pas trop, l'utilisation abusive de gros mots pour se donner une contenance, une certaine propension à menacer de violences une personne qui nous est opposée dans les idées (par exemple, une personne qui ne porte pas de Nike Air), l'envie de rencontrer un véritable amour avec lequel poser les bases d'une relation saine, équilibrée et chiante, la volonté d'échapper à tous ces cons qui pourraient voter pour leur bite à des élections présidentielles, un détachement total vis-à-vis du baccalauréat, un stress complet vis-à-vis du baccalauréat, un désir de tabasser tous les profs, un besoin profond de refaire mai 68, le fantasme d'une nouvelle révolution, l'idée que les CRS n'existent que pour se faire tabasser dans des manifs, l'idée que les manifs sont inutiles, l'idée que les manifestants sont tous manipulés par les communistes, l'idée que tous les non-manifestants sont des fachos, la liberté d'expression capillaire man, les pétard entre amis, l'impression que fumer des joints est un acte hautement subversif par lequel on atteint la forme la plus aboutie de liberté, le sentiment de fierté lié à la consommation de shit ou d'herbe, la sensualité d'une cigarette au bout d'une main, la grâce des porteuses de nichons et de touffes, leur intelligence, la disparition du malaise qui nous taraudait durant les vingt précédentes années, la perte du dégoût de l'humanité, la découverte du goût du vin, le miracle de la vraie sexualité, le miracle de l'amour, le miracle de notre existence, le miracle de notre vie tout entière.
Ceci est un résumé loin d'être exhaustif des différents stades qu'un jeune mâle est susceptible de connaître durant sa maturation.
Nous étudierons donc, dans les jours à venir (eh ué, j'entretiens le suspense, va falloir patienter maintenant que chuis de retour, bande de branleurs !), trois des ces stades, à travers l'analyse d'un collégien type, d'un lycéen type, et d'un étudiant type.
Stay tuned...
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