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mardi, 29 avril 2008

Faut-il avoir peur des jeux vidéo ?

Suite au truc écrit à destination de Michel Denisot, j'ai eu envie de ressortir un article que j'avais écrit en décembre 2006, suite à un débat de feu l'émission "L'Arène de France", présentée par Stéphane Bern, qui se basait sur la question suivante : Faut-il avoir peur des jeux vidéo ?

Essayez donc de vous remettre dans le contexte de l'époque, j'ai laissé ledît texte tel quel (il y aura donc sûrement des évènements qui, depuis, auront bougé, mais ça reste encore - malheureusement - bien d'actualité).

P.S.: Attention, article en haute teneur de guillemets ! ^^


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Faut il avoir peur des jeux vidéo ?

C'est la question qui est posée dans l'émission de Stéphane Bern "l'Arène de France" à laquelle le Grand Marcus (de GameOne) a participé il y a deux semaines et qui sera diffusée ce soir, Mercredi 27 Décembre à 22h40, sur France 2 (mais que j'ai eu le privilège de voir en avant-première, parce que piston, tout ça.. ).

La réponse est oui bien sûr ! **ironie inside**

Et ils étaient pas trop de deux avec Tom Novembre pour mettre en garde la ménagère de moins de cinquante ans et lui conseiller vivement de fermer ses volets, de couper l'électricité et de noyer ses gosses, qui de toute façon n'auraient pas échappé à ce terrible fléau !

Non, sans rire, pour une fois, le débat était plutôt sympa et constructif, et les représentants des "forces obscures" anti jeu vidéo plutôt mesurés et ouverts.
Allez tiens, je vais vous raconter un peu...

Et je vais en profiter au passage pour développer ici les arguments habituels que tous les amateurs de jeux vidéo ont en tête lorsqu'ils assistent atterrés à un débat télévisé sur le sujet.
Parce que je me suis rendu compte que, mine de rien, nous autres journalistes spécialisés (on peut aussi appeler ça "les gars payés pour jouer ") et gamers étions habitués à prêcher des convaincus, mais qu'on prenait finalement rarement la peine de réfuter devant le "grand public" les fausses idées véhiculées par les médias traditionnels, et notamment la télévision, à propos du jeu vidéo.
La seule occasion qui se présente est finalement d'aller "défendre la cause" dans des émissions de débats télévisés, même si ces émissions, qui ne se déroulent que très rarement en direct, sont ensuite souvent montées de manière partiale pour laisser plus de place aux adversaires du jeu vidéo... Pas forcément par méchanceté ou ignorance d'ailleurs, mais simplement parce que, de la même manière que les trains qui arrivent en gare n'intéressent personne, un seul joueur qui va mal est plus "télégénique" que les millions de joueurs qui vont bien.
Alors Marcus a décidé de s'y coller, et je vais essayer dans ce billet de rassurer un peu ceux que le jeu vidéo inquiète...

SI VOUS AVEZ PEUR DU JEU VIDEO, CE QUI SUIT EST POUR VOUS !

Revenons donc à l'arène de France....
Dans le camp des "pour", outre Tom Novembre (grand amateur de jeux devant l'éternel malgré sa mauvaise foi légendaire envers les manettes et l'impossibilité de parer dans Soul Calibur) et Marcus, on trouvait Sandrine Camus la créatrice de l'excellent site gamongirls.com (http://www.gamongirls.com/) que je vous recommande chaudement les filles, Shy'm, la jolie chanteuse de RnB (si si, ça existe) passionnée de jeu vidéo autant que de musique, Nicolas Gaume, l'ex patron du mythique studio de création Kalisto, et Michael Stora, psychologue clinicien toujours partant pour défendre les jeux vidéo et qui les utilise même dans le cadre de thérapies pour aider des adolescents.

En face, dans le camp des "contre", j'ai eu la surprise de retrouver pour la troisième fois sur un plateau de télévision Yves de Vaucresson, qui a sorti son fils du terrible enfer du jeu vidéo en réseau en l'envoyant faire un stage équestre à la campagne (au risque de le rendre accro aux jeux d'Alexandra Ledermann !). ;-)
Comme quoi, quand on cherche à faire témoigner des accros de jeux vidéo sur un plateau de télévision, on en trouve tellement peu qu'on retombe trois fois sur le même témoignage !
Il y avait aussi Sophie, une autre "droguée" du jeu en réseau qui, il y a quelques années, passait trop de temps sur World of Warcraft, mais qui s'en est sortie en rencontrant dans le jeu des joueurs qui sont devenus ses amis dans la vraie vie, et même plus si affinités (elle a aussi rencontré son petit copain dans WOW !)... Du coup, difficile de la compter vraiment dans le camp des "contre".
Même le représentant de "Familles de France", monsieur Bonnet, plutôt ouvert et mesuré, n'était pas contre les jeux destinés aux adultes, mais réclamait simplement une signalétique claire sur les boites de jeux pour éviter que des jeux déconseillés aux moins de 18 ans ne tombent entre les mains de jeunes enfants...

La signalétique existante, avec ses indications des différentes tranches d'âges auxquelles se destine chaque jeu, me paraît pourtant suffisamment claire, mais la journaliste de l'émission a confié que certains membres de familles de France pensaient que l'inscription "18+" sur une boite de jeu correspondait à la note obtenue par le jeu... Faudra juste que quelqu'un prenne le temps de leur expliquer.

POUR LES PARENTS INQUIETS...

Il y avait aussi dans le camp des "contre" Julie Rénaud, animatrice télé et jeune maman, qui s'inquiétait de voir un de ses deux jeunes fils de dix ans ne s'intéresser qu'aux jeux vidéo et craignait de le voir jouer à des jeux pour adultes.

Je suis toujours surpris de voir des parents s'inquiéter du fait que leurs enfants passent "trop de temps" (notion toute relative par rapport au temps passé devant la télé comme on le verra tout à l'heure) à jouer à des jeux vidéo, et se lamenter de leur apparente impuissance devant ce phénomène.
Il est important d'imposer aux enfants un temps de jeu raisonnable et de faire attention à ce que des jeux qui ne leur sont pas destinés (pour adultes) ne leur tombent pas entre les mains, et tout est fait pour aider les parents à assumer cette responsabilité...
Pour commencer, le prix des jeux (60 Euros en moyenne) et des consoles (de 150 à 600 Euros), font qu'un enfant n'a pas les moyens d'acheter sans le consentement d'un adulte.
La signalétique sur les boites de jeux permet de voir immédiatement les tranches d'âges auxquelles ils sont déconseillés, et certaines chaînes de magasins, comme Micromania que je connais bien (pour y avoir bossé), mettent en place des mesures qui permettent d'empêcher un enfant de 10 ans d'acheter un jeu déconseillé aux moins de 18 ans...
Lorsqu'un jeu déconseillé aux moins de 16 ou 18 ans passe en caisse, un programme informatique bloque la vente et affiche un message avertissant le vendeur, qui doit vérifier l'âge de l'acheteur avant de poursuivre la vente.

Par ailleurs toutes les consoles nouvelle génération (Wii, Xbox 360 et PS3) ont un système de code parental intégré qui empêche la console de lire les jeux déconseillés aux moins de 18, 16 ou 13 ans si les parents le souhaitent.
La Wii enregistre même dans un journal de bord intégré le temps passé sur chaque jeu, et le temps total passé sur la console chaque jour !
Le reste est donc juste une question d'autorité parentale et ne relève plus des jeux vidéo eux même...
Je conseille en tout cas vraiment aux parents de s'intéresser aux jeux de leurs enfants, et de les partager avec eux... Vous verrez, c'est pas si terrible que ça ! Une petite partie de bowling en famille sur la Wii c'est imparable !
Sur le plateau de l'arène de France, Tom Novembre expliquait d'ailleurs qu'il partageait avec plaisir l'univers de son fils (notamment en explorant avec lui le monde de Zelda) et que ça lui permettait en retour de l'amener dans son univers à lui.

L'ADDICTION AU JEU VIDEO

Parmi les autres invités de l'émission, dans le camp des "contre", on comptait également un médecin de la Clinique Marmottan (mais pas le Dr Marc Valleur pour une fois !) qui soigne les jeunes accros aux jeux vidéo et se prétend submergé de demandes.
D'ailleurs, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec ce Monsieur un jour, sur un forum, et j'en ai profité pour lui demander de m'indiquer clairement combien de patients victimes d'addiction au jeu vidéo l'hopital Marmotant avait traités jusqu'à présent... mais il a refusé de répondre.
Bien sûr, il est important d'aider les personnes en détresse qui trouvent refuge dans le jeu vidéo de manière pathologique, mais j'en ai assez que la télévision tente de faire passer ces cas extrêmement rares pour une généralité, comme si ce risque guettait tous les joueurs.
Heureusement, l'immense majorité des joueurs "s'adonne" aux jeux vidéo avec modération...
Une étude réalisée par la SOFRES en Novembre 2006 montre qu'en France, les amateurs de jeux vidéos jouent en moyenne 5h45 par semaine (moins de 3 h par semaine pour la moitié d'entre eux), alors que les français regardent la télé 3h30 par JOUR (soit 24h30 par semaine !).

http://www.afjv.com/press0611/061122_marche_jeux_video_fr...

Il est quand même assez étonnant de voir que c'est le jeu vidéo qui est considéré comme une addiction alors qu'on passe quatre fois plus de temps devant la télévision sans se poser de questions !

J'étais donc sincèrement curieux de savoir combien de personnes sur les 13 millions de joueurs qu'on compte en France présentaient de réels problèmes d'addiction, mais je n'ai pas réussi à obtenir de réponse de la part du médecin de Marmottan...
Pour que le service de Marmottan, composé, j'imagine d'une demie douzaine de psychologues spécialisés (là encore mon interlocuteur n'a pas daigné préciser leur nombre) soit "submergé de demandes", une vingtaine de cas suffiraient, ce qui représente une quantité négligeable...
"Négligeable" statistiquement, mais pas à négliger pour autant...
Je suis évidemment le premier à prôner la modération en matière de jeux vidéo, et à soutenir toutes les initiatives qui permettent d'aider les joueurs qui s'enferment dans le jeu vidéo.
Je refuse en revanche qu'on dise que ces gens sont malades "à cause du jeu vidéo" alors que l'abus de jeu vidéo n'est finalement que le symptôme d'un malaise profond.
Pour ces rares cas pathologiques, la passion exagérée du jeu vidéo n'est souvent q'un refuge qui permet de fuir une réalité difficile (disfonctionnements familiaux, inadaptation sociale, pression des études, etc.), de la même façon que d'autres trouvent refuge dans les collections de Pin's ou l'amour de Claude François sans qu'on s'en inquiète outre mesure à l'hôpital Marmottan.


L'INTERDICTION TOTALE DES JEUX VIDEO POUR ADULTES

L'autre grand sujet de la soirée c'était le projet de loi déposé au mois de novembre dernier par trois députés - brillants d'habitude - de l'UMP (Bernard Depierre, Lionnel Luca, et Jacques Remiller) visant à interdire totalement en France la vente de jeux vidéo déconseillés aux moins de 18 ans.
Là, les trois gaillards avaient fait fort en balançant carrément des affirmations mensongères pour étayer leurs propos...
Voilà par exemple comment le député Bernard Depierre décrit le jeu Rules of Rose :
"L'action du jeu Rules of Rose se situe dans un pensionnat anglais dans les années 1930. Le but du jeu incarne un sadisme et une perversion inacceptables : il s'agit de violer dans les plus horribles conditions une petite fille puis de la torturer avant de la tuer dans la pire des souffrances. Celui qui aura fait preuve de l'ignominie la plus infâme, la plus répugnante, remporte la partie".
Evidemment il n'est pas absolument pas question de violer ni de tuer des petites filles dans ce jeu, qui est un survival-horror conçu pour plonger un joueur seul dans une ambiance angoissante à la Tim Burton, et en aucun cas un jeu multi-joueurs façon "Mario Party" où chacun rivaliserait de perversion pour faire un score !
A la place de l'éditeur du jeu je porterais plainte pour diffamation.

S'appuyant donc sur des affirmations mensongères, nos trois députés réclament l'interdiction totale des jeux vidéo "violents" déconseillés aux moins de 18 ans.
Or nos trois pieds nickelés, qui s'inquiètent naturellement de la mauvaise influence que peuvent avoir les jeux vidéo violents sur les enfants, font tous les trois partie du groupe d'étude sur la chasse de l'assemblée nationale et ne semblent pas inquiets du fait qu'en France on ait le droit à 15 ans d'avoir un permis de chasse qui vous autorise à avoir une vraie arme entre les mains les mains pour tuer de vrais êtres vivants.
Pire, en Novembre 2002 Lionnel Luca et d'autres députés demandaient la suppression de l'interdiction de chasser le mercredi en s'appuyant sur des arguments qui me semblent quelque peu discutables venant de la part d'ardents défenseurs de la protection de l'enfance face à la violence ...
Je cite :
"Interdire la chasse le mercredi, un jour où les enfants sont libres, contribue à couper un peu plus les jeunes de la nature. La pratique de la chasse est un moyen de mieux connaître la faune, et d'apprendre à respecter certaines règles de protection de notre patrimoine cynégétique. La chasse n'est pas seulement une tradition du monde rural, à laquelle nous sommes attachés, mais également une forme irremplaçable d'éducation à la nature, dans une ambiance de convivialité et d'échanges entre les générations."
Personnellement, je trouve une partie de Mario Kart en famille autrement plus saine et conviviale qu'une battue au sanglier ou la mise à mort d'une biche.
Mais le plus triste c'est que nos adeptes de la non violence (virtuelle uniquement) ont obtenu gain de cause puisque leur proposition a été adoptée en 2003 !
Désormais les enfants de 15 ans peuvent à nouveau flinguer des lapins innocents le mercredi, et avec un peu de chance toucher au passage d'autres enfants qui eux préfèrent faire du vélo dans les bois le mercredi.
Là encore il faudra qu'on m'explique comment on peut considérer que tuer de vrais animaux pour le plaisir est une activité saine qui enseigne le respect de la vie, et en même temps s'offusquer contre le fait qu'on puisse s'amuser à faire semblant de tirer sur quelques pixels représentant la plupart du temps des extraterrestres belliqueux ou de méchants nazis désireux d'envahir le monde.
Comment peut-on croire sincèrement qu'une manette de jeu est plus dangereuse qu'un vrai fusil ? (avec tout ça, vous allez penser que je suis un anti-chasse, alors que pas du tout, je tiens juste à mettre en avant quelques incohérences de raisonnement)
Je suis sûr que nos chers députés ont oublié le temps où eux même jouaient aux cow-boys et aux indiens dans les bacs à sable en prenant un bâton pour en faire un fusil et dégommer des "peaux-rouges" (un bon vieux classique).
Le bâton a été remplacé par des consoles à 400 Euros et les enfants d'aujourd'hui ont heureusement un sens du discernement et un second degré plus développé que celui des générations précédentes, ce qui leur permet de ne jamais confondre le jeu et la réalité.

À l'issue du débat, le public de l'émission, qui votait pour répondre à la question du jour : "Faut il avoir peur des jeux vidéo ?" a répondu non à 62 %.
Au début de l'émission, seulement 57% avaient répondu non à cette même question.
Si les téléspectateurs de l'autre côté du poste réagissent de la même façon ce soir, on pourra alors se dire que pour une fois, une émission de télé aura un peu fait avancer la cause du jeu vidéo !

Sur cette bonne nouvelle chers petits amis, je vous laisse en espérant que vous ayez passé de joyeuses fêtes de Noël !
Je pense que la déferlante de Wii qui s'est abattue dans les cheminées nous promet de sacrés progrès dans le domaine de la convivialité entre les générations !

;-)

Commentaires

Et que pensais-tu de cette émission ? Perso, je la trouvais racoleuse, superficielle et manichéenne. Je m'étonne que tu n'en parles pas, toi qui est d'habitude si prompt à débusquer la bêtise humaine.

Sinon je suis désolé, je ne connais rien aux jeux vidéo. Le dernier jeu avec lequel j'ai joué, c'était Alex kid sur master system..ça fait une dizainne d'années.

+

Ecrit par : Loïc | mardi, 29 avril 2008

Ah, ba perso j'étais pas non plus un fan inconditionnel de cette émission. Pour tout te dire, je crois même que celle décrite dans ce billet est la seule que j'ai regardée jusqu'au bout, parce que le sujet m'intéressait et que pour une fois c'était pas trop diabolisant pour le JV.

De toute, niveau débat, aucune émission n'arrive à la cheville de "Ce Soir Ou Jamais", soyons clairs.

Ecrit par : Panou | jeudi, 01 mai 2008

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