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dimanche, 27 avril 2008
[Fiction] Face à moi
Et je me retrouve en face d'elle. On s'était dit, ce qui semblait à présent être un temps Jadis, de toujours s'aimer, de toujours rester ensemble, de ne jamais se quitter. De toujours se parler et s'expliquer ce qui pourrait ne plus aller, ce qui pourrait nous nuire. L'Histoire sait ce qu'il en a été. Et elle est là. Un sourire timide au coin des lèvres et elle ne sait pas vraiment quoi me dire ou si elle doit me dire quelque chose. Moi non plus. Nous sommes en face l'un de l'autre, face à face, à quelques mètres di distance. Ca fait ce qui me paraît une éternité que je ne l'ai pas vue.
Depuis ce jour.
Le temps s'était arrêté ce jour là.
Puis c'était la nuit. Elle n'est plus jamais partie.
Son esprit sifflait Take Me à longueur de nuits.
Et ici, pendant que les clochards lancent des balles que leurs chiens ramènent au milieu de la foule, pendant que les plus jeunes révisent encore quelques instants avant l'épreuve à venir, ou que les plus âgés d'entre eux s'entraînent à leurs acrobaties, pendant que les couples amoureux savourent ces quelques instants de solitude, elle est là.
Je n'ai pas fait exprès de me trouver là. Et alors, en regardant son sourire tendre et stressé et son regard brillant d'humidité et de fatigue et ses bras étendus le long de son corps, je me rappelle.
Cette année de passion, où nous étions seuls au monde. Deux personnes sans d'autre point commun que celui de s'être trouvé là en même temps. Ont ressenti les mêmes besoins. Au gré des saisons, nous avons été au chaud, nous nous sommes mutuellement réchauffés, nous avons guéri nos âmes grises grisées. Nous avons pris et repris des couleurs pendant que les jours défilaient à côté de nous, comme un ami, à part. Nous nous sommes découvert malgré le froid, nous avons été des amants inégalés, nous avons chéri partager, nous sommes réconciliés des disputes, avons batifolé dans des parcs et embrassé dans des églises. Nous nous sommes bercés au son des voix des acteurs américains et offerts des monts et merveilles qu'on ne pouvait soupçonner imaginer.
Puis le temps a regrisé malgré le printemps qui pointait, sans que nous nous en apercevions et aujourd'hui je regrette encore de ne pas l'avoir vu venir. Pourtant mon expérience dans le domaine aurait dû me maintenir éveillé et attentif. Mais je m'étais assoupi.
Nous avons mangé des glaces à Rome et critiqué les passants, nous avons déchiré le passé et envisagé le futur. Nous étions nous et les autres. Rien ne comptait plus autour.
Nous sommes des agneaux égarés.
Nous sommes aveuglés.
Et quand je recouvre la vue c'est pour qu'elle se brouille et perdes ses couleurs. Ces couleurs.
Je suis seul au monde.
Elle est seule au monde. Mais c'est cette fois chacun de notre côté. Et elle me renvoie mon rictus gêné. J'hoche la tête en la voyant. Nos regards se détournent. Je regarde l'homme qui hurle après son chien qui va chercher un peu trop près des petits enfants du centre aéré qui se promènent le long de la mare. Je cherche encore de l'autre côté, en passant par ses yeux et ces souvenirs pendant que nous continuons d'avancer sur un sol glissant un groupe de musiciens qui s'ennuient. Je l'entends sangloter quand elle passe à mon niveau. Je bouscule la personne qui se trouve face à moi et qui ne s'est pas écartée. Elle en revanche ne m'entend pas. Ma fierté mal placée me rend discret. Je suis stupide. Elle m'a croisé. Elle est passée.
Elle ne s'est pas retournée.
Le temps n'a pas repris, il fait toujours nuit. Je suis seul au monde. Et elle...
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