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lundi, 31 mars 2008

[Pratique] Apprenez la guitare avec Panou - Parties V, VI, et Conclusion

V. Les Enchaînements Types

Une fois passé le cap de la découverte des accords, le tout est d'arriver à les enchaîner correctement de manière à reproduire des formules harmoniques simples qui, chez de nombreux artistes, sont basées le plus souvent sur le nombre d'or. Il est important de bien réaliser à quel point le choix de ces enchaînements vous permettra de briller en société en lançant quelque mélopée astucieusement choisie dans la discothèque idéale de l'inconscient collectif à n'importe quel moment d'une soirée amicale.
« L'important n'est pas de jouer beaucoup d'accords mais de choisir les bons... » Ghislain des Tambours du Bronx.
Voici donc pour vous ici révélés quelques uns de ces enchaînements types :

- En premier lieu, des enchaînement célèbres du showbiz :

Si-Si (impératrice)

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Re-Mi sans Fa-Mi

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La-Si (le chien)

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Fa-Do

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- Ensuite, notons que le football a beaucoup fait pour les enchaînements autour du Mi :

Mido

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Milla

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VI. L'Esbroufe

Nous voici arrivés au chapitre le plus important de cet exposé. Rien de tout ce qui a été énoncé auparavant n'aura effet si vous n'appliquez pas en parallèle les conseils fondamentaux sur la guitare qui vont suivre.
Sachez bien ceci si vous ne deviez retenir qu'une chose : la guitare, c'est que d'la gueule. Pour paraître un tant soit peu crédible quand on joue de la guitare à n'importe quel niveau, il faut connaître les attitudes, les gestes, les phrases, les habits qu'il faut adopter pour faire classe : c'est l'Esbroufe.
Fini les « Ce morceau, il est trop difficile pour moi, j'y arriverai jamais... », à bas les « Merde, j'ai fait une fausse note ! », sus aux « Maman, Maman, j'ai un concert samedi, faut vite que j'travaille ma guitare ! ». Voyons quelques éléments qui vous permettront d'oublier toutes ces tracasseries futiles.

- Le Look

Oubliez complètement les fondamentaux sur l'habillage que votre mère vous a inculqués depuis votre tendre enfance. Devenez un objet de désir en ouvrant par exemple votre chemise d'un ou deux boutons supplémentaires, en arborant au besoin une chaîne en métal précieux, n'ayez plus peur de prendre un pantalon quelques tailles en dessous au niveau des hanches et quelques tailles au dessus sur le plan de la longueur (notez que dans le cas des jeunes, vous pouvez complètement laisser tomber votre pantalon de manière à faire apparaître votre caleçon-shorty Calvin Klein. Attention, ça ne marche pas du tout avec les slips kangourous blancs).
Jouez le mystère en cachant vos yeux derrière une paire de lunettes noires quels que soient le temps ou l'éclairage.
Il est également impératif pour être un musicien crédible de se mettre à fumer, même si c'est pour crapoter des Royale menthol, pourquoi pas des cigarettes de drogue mais ça revient nettement plus cher.

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- L'Attitude et les Gestes

Vous n'êtes plus n'importe qui : vous êtes musicien. C'est à dire que vous avez le pouvoir, la gloire, les femmes (l'argent, c'est différent, y'a pas mal de problèmes avec le changement de statut des intermittents et tout, mais ce n'est pas le sujet de toute façon). Donc, il faut que vous soyez désagréable, pédant, et que vous preniez un air tourmenté en permanence. En effet, imagineriez-vous Tom Yorke, le chanteur de Radiohead vous faire la bise en rigolant et en vous racontant qu'il a marché dans une merde de chien le matin même. Réponse : non. Ne soyez pas bons-hommes, vous vivez désormais dans votre monde et vous savez que les gens qui ne comprennent pas votre musique, votre art devrais-je dire, ne sont que de la crotte d'agneau.
Il est temps cependant de passer à l'acte car la foule, si petite soit elle (2 dames peuvent être une foule si elle sont accompagnées de 3 rois), vous réclame un morceau.
Après vous être fait prier un bon moment, choisissez l'endroit idéal. S'il est évident qu'il s'agit de la scène et des spotlights lors d'un concert, le choix est beaucoup plus subtil si vous êtes dans l'appartement du copain d'un copain. Recherchez un endroit où tout le monde puisse vous voir et vous entendre, qui soit joliment éclairé (lumière tamisée qui masque l'énorme point noir sur le coin du nez) et assez près des boissons comme le canapé par exemple.
Là, saisissez-vous nonchalamment d'une guitare et pendant que les filles viennent s'asseoir autour de vous (je dis « fille » car il est vrai que l'esbroufe à la guitare est une science à 98 % masculine), faites semblant de vous accorder en marmonnant quelques excuses rapport au froid et aux doigts engourdis mais nous y reviendrons dans le paragraphe suivant.
Le spectacle commence : grattez volontairement les 2 ou 3 accords que vous aurez pu apprendre en fermant les yeux (même si vous avez les lunettes de soleil), secouez la guitare en suivant plus ou moins le rythme de la chanson et -secret des secrets- couvrez au maximum le son de la guitare en poussant des cris ou des borborygmes bruyants comme « Yeah », « Allez », « C'mon », et même des « Awaguédoufoy » (plus risqués). Certains guitaristes tentent de couvrir le son malhabile voire franchement faux de la guitare en chantant par dessus mais c'est un exercice risqué. Il vaut mieux dans ce cas se lancer dans une sorte de solo en plaçant la main gauche au milieu du manche, en tirant fortement sur les cordes et en psalmodiant des « Wouh » énergiques avec une voix efféminée.

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Quand vous interprétez des chansons, il est très important de vous mettre dans la peau du personnage de la chanson que vous êtes en train d'interpréter, tout en respectant les principes sus-énoncés de l'esbroufe :

- Pour « Le petit ourson »

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- Pour « Pas de bras » (je ne sais pas si cette chanson existe, mais ça vous donne une idée)

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- Pour « Anti-social »

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- Les Excuses

A partir de maintenant, vous avez toujours raison. Quoi que l'on vous dise, répondez n'importe quoi mais avec un aplomb déconcertant et en ayant l'air infiniment convaincu de ce que vous avancez. En effet, comme vous devenez la star du moment, un tas de questions vont fuser : « T'as un groupe ? », « C'est pas trop dur d'apprendre la guitare ? », « Qu'es-ce que tu penses du dernier Lorie ? ». Soyez flous et distants dans vos réponses pour entretenir la magie : « J'avais un groupe mais j'ai préféré arrêter avant... », « J'ai pas vraiment appris la guitare, c'est plutôt elle qui m'a apprivoisé... », « Lorie, c'est d'la merde »(d'une manière générale, dénigrez tous les styles de musique que vous êtes incapables de jouer à la guitare).
Ensuite, abordons les moments où le public pourrait émettre une quelconque réserve quant à votre talent pur :
- Il n'y a plus de fausses notes mais des « harmonies modernes »
- Il n'y a plus de trous de mémoire dans la partition mais des « respirations musicales »
- Il n'y a plus d'erreurs rythmiques mais des « breaks freejazz » ou des « mesures à 3, 5 temps »
- Il n'y a plus de morceaux moches mais des « chansons qu'il faut voir sur scène pour les apprécier vraiment » ou des « chansons qu'il faut écouter sur disque » (si vous êtes sur scène)

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N'hésitez pas non plus à répondre ou même déclamer sans qu'on vous le demande des phrases à forte valeur symbolique, que ni le commun des mortels, ni vous-même d'ailleurs, ne puissiez complètement expliquer :

- La musique n'est ni rouge, ni bleue, elle est plutôt le contraire...
- Jouer, c'est monter pour mourir comme l'aigle et renaître descendre comme le phénix...
- L'instrument mais la musique dit toujours la vérité...



VII. Pour conclure

Nous avons tenté de débroussailler ensemble quelques uns des travers que vous rencontrerez en vous frottant au monde merveilleux de la guitare mais rien ne vaut bien-sûr l'apprentissage par la pratique, devant des vrais gens puisque tout le propos que nous avons tenu se dirigeait uniquement dans ce sens dans la mesure où l' Esbroufe par exemple ne présente un intérêt que très limité si l'on reste tout seul chez soi.
Je vous souhaite donc un apprentissage pavé de joies et de rencontres dans le monde merveilleux de la musique.



L'auteur tient à remercier Pierrick, son poto, qui s'est prêté au petit jeu des photos avec joie et sensualité... RrrRr, grand fou va !


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dimanche, 30 mars 2008

[Pratique] Apprenez la guitare avec Panou - Parties III et IV

c55e5ea2492cec2a23a64069f01da6af.jpgIII. S'accorder

On s'en fout, y'a des appareils pour ça.
Et puis de toute façon, si vous n'y arrivez pas, il faut changer d'instrument et c'est tout (comme le gars qui s'est incrusté sur la gauche, là).

IV. Les Accords

La guitare est un instrument polyphonique, c'est à dire qu'elle peut produire plusieurs sons simultanément, c'est ce qui la distingue par exemple de la clarinette (purée, je crois que c'est la phrase la plus sérieuse que j'ai dite depuis 2 ans !). On peut donc jouer des accords, c'est à dire les trucs pas trop compliqués qui vous permettent assez vite d'entonner du Hugues Aufray ou... pas.

Quelques accords faciles :

- Mi Majeur

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- Sol Majeur

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- Fa Majeur

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Quelques accords plus riches :

- Sol mineur

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- Do de majeur

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- Mi-mineur

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Certains accords deviennent franchement techniques :

- Sibm7M7

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D'autres encore sont même carrément réservés à une élite :

- Sol#m7/b5/9èmedim/réb dit aussi « accord de Schengen »

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samedi, 29 mars 2008

[Pratique] Apprenez la guitare avec Panou - Parties I et II

I. Les Origines

Il y a un sacré bail de cela, la guitare fut inventée par les Vietnamiens qui cherchaient à jouer au tennis alors qu'ils n'avaient pas encore trouvé l'objet adéquat. Ils ébauchèrent quelques formes en bois mais l'objet qu'ils avaient alors imaginé était grossier, relativement lourd et surtout troué en son centre, ce qui n'était pas pratique. Afin de masquer cet orifice béant, ils décidèrent d'adjoindre à leur œuvre un cordage ; la guitare était née.
Bien que l'on n'ait pas compris tout de suite l'étendue des vertus musicales de l'objet, elle connut immédiatement un franc succès populaire dans tout le Viêt-Nam. D'ailleurs, quand on demandait à ses habitants ce qui faisait la fierté de leur pays, les mots viêts étaient les suivants : « La guitare et les criques ! »

Quelques années s'écoulent. Quelques siècles, c'est cool aussi. Rapportée d'Extrême Orient par Marc Opolo, le rital qui inventa le tourisme, la guitare arriva à la cour du roi Mario XXIII qui avait financé son long périple. Impatient de découvrir tous les précieux trésors qu'Opolo avait ramenés avec lui, il s'enquit : « Cual a raportato tutti ? » et notre aventurier de répondre, un peu gêné : « Solo guitare... ».

Le Temps fait son œuvre et la guitare devient un instrument prépondérant dans toute la musique occidentale parvenant même jusqu'en Amérique où les progrès bondissants de la science viennent sans cesse améliorer la facture de ce mélodieux objet. Ainsi, vers 1923-1987 apparaît la « guitare Classe X », un modèle révolutionnaire puisque le manche est remplacé par une planche de bois et les cordes par des roulettes : c'est la naissance du skate-board mais nous traiterons de cet autre objet (qui n'influença la musique qu'au travers de groupes tels que Linkin Park ou Sum 41) une autre fois.


II. Généralités

La guitare est donc un instrument le plus souvent en bois. Mais elle ne fait pas pour autant partie de la famille des bois en musique. Car en plus d'être en bois, elle possède 6 cordes en nylon ou en métal, du cuivre par exemple. Cependant, la guitare ne fait pas partie non plus des la famille des cuivres. C'est bien à la famille des cordes et plus précisément les cordes pincées auxquelles la guitare appartient, à l'inverse de toutes les blagues que j'ai pu glisser dans cet article qui, elles, appartiennent plus volontiers à la famille des vents.

Avant tout, pour jouer de la guitare, il est bien évident qu'il faut s'en procurer une. Le plus simple est souvent de s'en faire offrir une à Noël car ça revient ainsi considérablement moins cher.
Quand vous écrirez au Père Noël, faites bien attention à ne pas commander une guitare trop grande.

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Ni bien-sûr une guitare trop petite (ce serait con).

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L'idéal reste le plus souvent les guitares à la bonne taille.

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Attention, si une guitare a des touches blanches et noires, qu'elle clignote et qu'il en sort un son de crin-crin merdique, c'est qu'il s'agit certainement d'un synthétiseur.

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Pour jouer de la guitare, on a recours à d'autres objets bien pratiques.

- le médiator ou onglet, encore appelé plectre mais aussi triangle en plastique, ou bidule.
Il permet à la main droite de gratter les cordes de manière très sonore et rythmée (ex : « waouh, c'est vachement entraînant c'que tu joues Pierrick, tu dois avoir un médiator !... »
Cet objet est fortement conseillé quand on veut se produire devant une assemblée d'amis, pendant la messe dominicale ou pourquoi pas lors d'un concert si vous avez la chance un jour de faire partie d'un orchestre de jeunes.

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- le capodastre ou bidule n°2.
Il permet de...ou plutôt on le met sur la guitare afin de...enfin disons que ça sert en fait à...
Bon, j'avoue, j'ai jamais bien compris à quoi ça servait mais depuis que j'avais vu Maxime Le Forestier en mettre un à sa guitare dans les émissions de télé, j'ai trouvé ça super classe, or, vous verrez plus tard au chapitre consacré à l' « Esbroufe » que c'est finalement ça qui compte le plus.
Le capodastre se place perpendiculairement au manche de la guitare de manière à bloquer toutes les cordes

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Fais attention gros maladroit !!

mercredi, 26 mars 2008

[Vie Quotidienne] Freaks

Parfois, en rentrant de chez ma chère et tendre, je passe devant une maison située aux alentours de la mienne, et il arrive que dedans j'aperçoive un homme, 55 ans peut-être, assis à une petite table, face à la fenêtre. Ses yeux bleus révulsés, sa mâchoire carrée, son nez retroussé, le rendent effrayant, mais traduisent surtout la déréliction dans laquelle le laisse la société. La première fois que je l'ai entraperçu par sa fenêtre ouverte, j'ai vite détourné mon regard ; j'ai alors croisé une femme qui promenait son chien, un bouledogue ; et le chien avait la tête du type que je venais de voir. (Ou l'inverse.)



L'humanité qui me passionne se divise en deux catégories de personnes : les gens que j'ai envie de tuer, et les gens que j'ai envie d'embrasser. On rencontre ces êtres humains un peu partout, dans tous les endroits que l'on fréquente : bus, faculté, travail, boîte à partouze, que sais-je encore, tout ça c'est votre vie.


Il y a un homme, qui emprunte parfois le même bus qu'il m'arrivait d'emprunter passé un temps, pour qui j'éprouve une sympathie infinie. J'ignore son prénom, je l'appellerai Gérard, après tout ça lui va bien, et ça vous en dira déjà un peu sur lui. Gérard doit être âgé d'environ 55 ans, peut-être 60 ; la bedaine dépassant sur la ceinture, il s'habille dans des costumes simples, pantalon gris, polo bordeaux, veste de daim beige. Sa démarche est mal assurée ; il ressemble à Hardy, vu d'un peu loin. Mais c'est en s'attardant sur son visage que l'on accède à toute sa bonhomie : de forme ronde, il porte des lunettes à culs de bouteilles posée sur un pif plutôt fin, aussi inattendu soit-ce. Ses cheveux gris se perdent dans le temps et font des vagues et des remous ; d'aucuns diront que ça lui donne un air de savant fou.


Si j'aborde sa bouche pour finir, c'est parce qu'elle est la première chose que l'on voit chez Gérard ; parce qu'elle est au centre des commentaires physiques que l'on partage en sourdine de son siège ; parce qu'elle fait certainement l'objet de moqueries de la part d'une partie majoritaire de la populace outrancière qui remplit les bus quotidiennement ; parce que, si elle a toujours eu cet aspect, elle a sans doute été à l'origine de brimades cruelles comme seuls les adolescents savent en concevoir derrière leurs boutons et leur obsession pour les chattes.


(Tenez, parmi les gens que j'ai parfois envie de tuer dès la première vision, en tête viennent les pubères, et c'est une pulsion qui ne date pas d'hier, à vrai dire elle n'a jamais été aussi forte que quand je les fréquentais moi-même pour en avoir été un au même moment. Leur voix troncharde, leur manie de se gaver de toutes les merdes possibles, qu'elles soient télévisuelles ou radiophoniques (leur grande passion étant d'écouter les émissions de confessions des radios libres où untel de 17 ans ¾ vient parler de ses pratiques masturbatoires, ou unetelle de 15 ans de ses relations complexes avec ses cops depuis que son copain s'est mis en tête de toutes les tripoter une à une, ou un autre tel de son plaisir à traquer les taches de sang sur les pantalons de ses camarades féminines pour ensuite les charrier sur leurs règles et les défaillances de leur protection, ou à une autre telle de venir cracher sur les mecs qui sont tous des cons — mais comment l'en blâmer, comment lui donner tort ? — ), et leur tendance à se regrouper pour diviser le peu d'intelligence qu'ils ont, m'exaspèrent jusqu'à me rendre fou.)


La bouche de Gérard est difficilement descriptible. A moitié souriante, elle s'ouvre rondement sur des dents disparates plantées de travers, et ses lèvres ne cessent de bouger, donnant l'impression qu'il mâche sa langue, qu'il ne manque par ailleurs pas de sortir de temps à autre pour s'humecter. Parfois le mouvement perpétuel cesse, quelques secondes, pour mieux reprendre, babines, dents jaunes ou grises prêtes à tomber, ouverture/fermeture, sans que cela ne semble provoquer chez lui la moindre gêne.


Indubitablement, Gérard en a souffert à l'école, et peut-être même dans sa famille, face à des parents effrayés d'avoir donné naissance à un monstre. Il a connu les allusions, les insultes directes, les métaphores animalières — hippopotame, poisson rouge —, le rejet certainement des quelques filles pour lesquelles il a pu ressentir quelque chose et qui jamais n'auront voulu poser leurs lèvres douces sur les siennes de peur de se les faire bouffer , et le dégoût de les voir accolées à des bites sur jambes avant de se faire jeter indignement.


Mais quand je regarde Gérard dans le bus, ses yeux ne traduisent jamais les souffrances qu'il a pu connaître. Non pas qu'il les ait oubliées, ni même bien vécues ; simplement il semble être passé par-dessus et, sans doute, survoler celles que pourraient lui faire subir les regards haineux des petites tricoteuses rachitiques qui hantent aujourd'hui les bus de leur hululement caverneux réactionnaire.


Gérard semble mû par une sympathie et une innocence intrinsèques, de celles qui pourraient me faire croire en Dieu et en l'homme.


Je le regarde, un peu fixement, avec un sourire figé qu'il pourrait prendre pour moqueur ; je jette un œil vers son bas-ventre complètement rond, caractéristique des gros ; la fille (16-17 ans) à côté de lui se lève, il rabat ses jambes pour la laisser passer, il lève la tête vers elle lui sourit du peu de dents qui lui reste ; je crains que cela ne provoque chez elle un mouvement de recul, mais non, joie, elle lui sourit franchement à son tour ; tous les humains ne sont pas cruels.


Je voudrais parler à Gérard, lui dire que par le simple contact visuel que j'ai eu avec lui j'ai eu l'impression d'en apprendre plus que par bien des conversations ; je voudrais qu'il me parle, je pense que c'est un homme très intelligent. Hélas il a du louper pas mal d'emplois à cause de son physique, mais voilà, c'est aussi ça la discrimination, celle de toutes ces ultra-minorités, si rares et individuelles qu'elles ne peuvent pas fonder une association d'autodéfense contre le racisme anti-laids.


Je regretterai certainement de ne pas avoir connu Gérard plus que ça.





Alors à l'homme-bouledogue, à Gérard, à John Merrick l'Elephant Man, aux Freaks de Tod Browning, aux trisomiques, aux martyrs d'une société qui n'exige que la beauté, à tous ceux qui subissent le pire racisme de tous, celui qui refuse la laideur, je vous aime, parfois vous me donnez envie de pleurer, de vous prendre dans mes bras en riant, vous êtes ce que l'humanité a produit de plus beau.

Le bon français

Le bon français : concept linguistique élitiste établi par une poignée de gens auto-proclamés détenteurs de la culture française.


Toute personne ne sachant pas parler le bon français n'est pas un bon Français.


Les défenseurs du bon français se repèrent immédiatement dans un débat : à cours d'argument, ils en viennent nécessairement à reprocher à leur opposant d'écorcher la langue française. Car il est vrai que qui n'emploie pas le subjonctif plus-que-parfait est inconditionnellement un moins-qu'imparfait.


La maîtrise du français de ces membres de l'élite est proportionnelle à leur pauvreté intellectuelle : fermeture d'esprit, réactionnarisme, logorrhée qui étouffe toute discussion sous des monts d'une diarrhée verbale adipeuse.


Conséquence : une auto-culpabilisation à outrance des gens qui pratiquent le français. Combien sont-ils, quotidiennement, à s'excuser et expliquer, après avoir dit « malgré que », que cette expression n'est pas française ? Auto-culpabilisation qui n'est finalement que peu importante face à la culpabilisation que les uns font ressentir aux autres.


(Cela dit, « malgré que » c'est très moche.)


On montre sa connaissance du français comme son cul ; et cette connaissance — qui ne repose que sur les décisions de quelques centaines de personnes — est la preuve indéniable que ce qu'on dit est plus intelligent que ce que dit l'autre, parce qu'on le dit de toute manière mieux que lui, pauvre petit impotent linguistique que l'on ne reprend même pas sur ses erreurs simplement pour l'aider, mais plutôt pour l'enfoncer et le traiter implicitement de con.


Cette attitude se nomme pédanterie ; pire encore, elle est une dictature culturelle imposée au peuple par des gens qu'il n'a même pas choisis.


Il y a peut-être derrière ça une bonne volonté, comme il a pu y en avoir une derrière la colonisation ; mais, comme dans le cas de la colonisation, cette bonne volonté camoufle l'idée que l'on appartient à une race supérieure et que c'est un devoir d'aider les inférieurs, sans oublier de les convaincre avant tout qu'ils sont bel et bien inférieurs.


Les défenseurs du bon français sont en outre, parce qu'ils ne se touvent pas encore assez cons avec ce qu'on vient de dire, des réactionnaires patentés. Pas touche à mon français, ou mon dico dans l'nez.


(La phrase précédente est un alexandrin, avec en plus une césure à l'hémistiche, svp. J'en suis fier alors je le dis, même si ça a autant d'intérêt que la récolte des mirabelles — et pourtant les journaux parlent plus de cette récolte que de mon alexandrin ; mais que fait la police ? et qu'est-ce que c'est que cette justice à deux vitesses ? et il faut réformer le système de retraites, et on s'est beaucoup amusés ce soir sur M6 dans le marathon du Rire — quoique personnellement j'ai plutôt fait le marathon du vomi jusqu'à mes chiottes — avec le miraculé mais pas miraculeux — sauf dans le ridicule — Laurent Boyer — dont j'espérais que son accident lui eussent (tiens les emmerdeurs grabataires, le voilà votre subjonctif passé) — et ses invités de choix, en particulier le loser qui a chié Zidane il a frappé entouré de ses pétasses et portant une guitare dont il ne se servait même pas et accompagné d'une chorégraphie honteusement stupide, et ses images inédites déjà vues, allez, peut-être un millier de fois partout ailleurs ; bref rien ne va plus dans le petit écran depuis que la cigarette y est interdite d'apparition. Ca y est, je suis plus dans le sujet là, hein ? )


Ahem.


Donc les règles de la langue française ont été fixées au XVIIIe siècle, à une époque bien plus glorieuse que celle que nous vivons actuellement, où les jeunes ne savent plus parler et où les immigrés font baisser le taux d'alphabétisation — sans pour autant que les intellectuels ne fassent descendre le taux de bétisation tout court —, et personne n'osera remettre en cause toutes ces vérités. D'ailleurs, il estoit tenstant de reviendir au bon vieux françois. Aux gogues le verlan ; et à bas les anglicismes !


La langue française peut bien elle-même dire les choses avec la beauté de ses propres mots, et transformer ainsi faire du shopping en magasiner –terme ô combien plus élégant et joli —. Pas un mot d'origine anglaise n'échappe à l'œil aigu des crevards baveux perdus dans une cause qui l'est autant qu'eux et qui ne mérite pas plus qu'on se batte pour elle que Patrick Bruel ne mérite la Légion d'Honneur — la Lésion d'Horreur, à la limite, pourquoi pas —.


L'anglais n'aura jamais sa place dans notre vocable ! N'oublions pas que la perfide Albion a brûlé Jeanne d'Arc ! Le français c'est le français, c'est la langue de la France et des Français, qui n'ont pas intérêt à se mettre à parler une autre langue, sinon cornegidouille et fichtre. Laisser l'anglais s'infiltrer dans notre langue, c'est laisser le système de pensée Anglais, dégénéré et inhumainement imbécile, prendre le contrôle de nos esprits.


Le Français est une langue qui n'a jamais subit la moindre influence étrangère.

75% de notre vocabulaire est issu du latin ? Bah, c'est une belle langue ça au moins. Belle parce qu'elle est morte. Ce qui ne sera jamais le cas du français.


Le français ne doit pas changer ? Les Français non plus. Vouloir qu'une langue stagne c'est vouloir que ceux qui la parlent stagnent ; c'est désirer que tout se fige, que plus rien n'évolue, que rien ne soit inventé.


Pour les défenseurs du bon français les plus cons, victimes d'une nostalgie qui leur fait apparaître le XVIIe comme une utopie à atteindre, et fermés aux néologismes et tous les termes issus de langues étrangères, ce n'est pas le peuple qui doit faire évoluer la langue qu'il parle ; c'est la langue qui doit empêcher le peuple d'évoluer.


La seule chose vraie est la suivante : toute expression comprise par tout ceux qui parlent le français est française. Le français, c'est les Français ; de l'état de l'un dépend celui des autres, parce que la qualité de la langue que l'on parle détermine la qualité de notre pensée ; et le français tel qu'il était il y a encore 10 ans manque de qualités pour suivre la pensée actuelle.


Personnellement, je m'efforce, assez bêtement peut-être, de respecter dans la mesure du possible toutes les règles à la con, à part peut-être les subjonctifs autres que présent, qui donnent toujours l'air snob.


Je crois qu'il est temps pour moi d'oublier ces règles.


Malgré qu'elles contribuent à rendre la langue plus belle à écouter et à parler que ce qu'elle est sinon sans elles, ces règles sont peut-être possiblement inutiles.


Je croit con peu même fère fit de l'orthographe. Encor que là ça complik quelqu'un peu les choz..


Bon, en fait ça me demande trop d'efforts ; j'abandonne.


Je voulais dire avec ce billet rempli de vacuité — et c'est un paradoxe que j'affectionne — que d'une, je n'emmerderai jamais personne pour une faute ou une formulation dite inconvenante ; que de deux, le petit un ne s'appliquera qu'avec les gens sympas — toute personne qui m'insulte avec des fautes subira les conséquences desdites fautes dans ma réponse, a fortiori si cette personne m'a reproché des fautes ; et que de cinq je ne supporte pas le langage SMS et toute phrase incompréhensible — faut pas exagérer non plus hein.


Voilà.


Tout ça s'avère donc bien inutile, mais j'ai un blog à remplir, moi.

mardi, 25 mars 2008

Nos amies les femmes

Qu'est-ce qu'une femme ? Question plus existentielle et plus humaine encore que celle de savoir si oui ou merde l'existentialisme est un humanisme.

Généralement, les hommes ne comprennent pas grand chose aux femmes. Quant aux femmes, elles font tout pour rester mystérieuses, avec des mimiques étranges, des moues sensuelles, des voix charmeuses, des comportements ambigus, et des déplacement très calculés.

En fait, on apprend aux femmes, dès leurs plus jeune âge, que leur seul objectif dans la vie sera d'avoir un mari et de s'en occuper. En conséquence de quoi il faut séduire, et vite.

Pas étonnant en partant de ce postulat que bien des hommes ne puissent s'empêcher de considérer leurs compléments sexuels comme des objets parmi lesquels ils n'ont plus qu'à choisir celui qui leur convient le mieux.

« Assieds-toi comme ça », « Ne mets pas tes mains ici », « Travaille ta démarche », « Tu n'es pas assez féminine », « Ne mange pas tes ongles, les hommes n'aiment pas ça », « Fais attention à ton poids », sont autant de conseils et d'interdictions dictés aux femmes dès leur plus jeune âge par leurs génitrices et la publicité.

Effectivement, rien n'est plus laid et désagréable qu'une femme qui s'assoit autrement qu'en serrant les jambes, en mettant ses mains sur les cuisses et en amenant doucement et gracieusement son fessier sur le siège. Et il est difficile de tolérer qu'une femme ne fasse pas du 90-60-90, même si on supporte tous le fait que peu d'entre elles correspondent à ces exigences bien légitimes.

Car oui, heureusement pour elles que les hommes sont tolérants ! Il parviennent, au prix d'un incommensurable effort, à outrepasser le dégoût que leur inspire la grande majorité des femmes pour finalement choisir celle qui leur déplaît le moins. C'est une vraie preuve de courage.

Elles peuvent également s'estimer chanceuses que des personnes bien intentionnées veillent sur elles et leur rappellent ce qu'elles doivent faire. Si les magazines qui leur sont destinés ne leur ramenaient pas tous à l'esprit vers le mois d'avril qu'il est temps d'entamer son régime pour être séduisante sur la plage en août, bien des femmes oublieraient de se faire belles et décevraient inévitablement la horde de mâles en bermuda, la couille droite à l'air et les poils pubiens dépassant de toutes parts, qui viennent en pèlerinage sur le sable chaud pour rendre hommage à tous ces seins et toutes ces touffes qui, c'est inscrit dans la déclaration des Droits du Beauf et du Misogyne, n'existent que pour être tripotés ou pénétrées.

Les femmes ne doivent pas oublier qu'elles n'existent pas outre leur cul et leurs nichons ; on se fout de savoir qu'elles ont de l'humour et de l'intelligence.

Par chance, une femme ne pourra jamais, au cours de sa vie, oublier que son corps, et par extension elle-même, n'est qu'une marchandise offerte aux regard et aux mains d'hommes désireux de rendre hommage à sa beauté en la prenant à 20 ans et en la jetant à 40.

Comment faire pour qu'une femme garde cette réalité en tête ? Il faut pour commencer lui mettre sous les yeux dès son plus jeune âge des photos où un canon s'affiche sans complexe dans sa nudité en posant langoureusement. Avantage : puisque les hommes sont gavés aussi précocement des mêmes photos, tout le monde finit par être d'accord sur l'utilité d'une femme : finir à poil. D'un côté parce que c'est le seul moyen de séduire un homme, de l'autre parce que c'est le seul moyen d'être intéressé par une femme. Une femme qui ne donne pas envie d'être déshabillée n'existe pas ; si ses seins sont inexistants, sa valeur marchande l'est tout autant.

Une femme ne doit pas non plus oublier que sans maquillage, son visage n'a aucune chance d'attirer le regard. Le visage de la femme est laid par nature ; seule l'artificialité peut le rendre un tant soit peu agréable. De la même manière, une femme qui a ne serait-ce qu'un duvet sur les jambes a intérêt à les garder cachées ; l'affichage de cet handicap peut être vomitif pour tout homme normal.

Les femmes sont souvent de victime de machisme. Qu'est-ce que le machisme ? C'est une pratique culturelle traditionnelle qui consiste, pour un homme, à affirmer sa supériorité autoproclamée sur la femme en la soumettant à tous ses désirs. Le machisme repose, mais il l'ignore, sur une contradiction fondamentale. Un discours machiste typique ressemble généralement à ça : « T'es une incapable, les femmes c'est fait pour la vaisselle, alors fais la ». Il faut traduire cette sempiternelle sentence comme suit : « T'es une incapable, les femmes seules savent faire la vaisselle, même pas nous parce qu'on ne sait de toute façon rien faire, alors sois gentille et fais la ». Ainsi les femmes peuvent être traitées dans une seule et même phrase de sous-hommes et d'êtres supérieurs.

Le machisme est la réponse naturelle qu'ont trouvé les hommes pour compenser la frustration liée à leur incapacité à satisfaire les femmes. En assujettissant les femmes, les hommes ont cru pouvoir s'en affranchir ; ils ont oublié que, bien souvent, entre l'esclave et le maître, c'est le maître l'esclave.

La plupart des femmes ont conscience de leur pouvoir sur les hommes ; certaines en abusent. Les hommes les traitent souvent de salopes, mais aucun ne rechigne à coucher avec l'une d'elles si elle leur en fait la proposition.

Hélas, la grande majorité des femmes ne sont pas des salopes ouvertes à toutes les propositions. Alors que la grande majorité des hommes sont des obsédés prêts à tout pour sustenter leur pénis. D'où l'existence et le succès de nombreux magazines ornant le haut des rayonnages dans les bureaux de tabac. Une fois ce Petit Testament en mains, l'homme ne se sent plus de joie ; il pourra s'enfoncer dans l'humiliation en branlottant son petit ami entre deux pages présentant le cul d'un mannequin aux regards avides de gens qui baveront par deux orifices simultanément.

Si l'éducation de l'homme par ces magazines se fait assez tôt, ce dernier aura la joie de ne jamais pouvoir coucher avec quiconque, puisqu'il ne rencontrera pas de femme qui tienne la comparaison avec les standards qui ont élevé jadis sa conscience sexuelle et son sexe consciencieux vers les cieux du plaisir avilissant de la masturbation. Il pourra alors se replonger dans ses magazines, et n'en plus sortir.

La vie de la femme est marquée par des étapes inévitables, comme pour tout le monde d'ailleurs.

Premièrement, la femme naît. Oui, c'est incroyable, mais pourtant vrai. Quand elle naît, on peut si l'on est peu perspicace la prendre pour un garçon ; il faut faire attention.

Ensuite elle grandit – c'est encore plus fou, mais la plus grande surprise est à venir –, et sa féminité se dessine plus clairement, plus nettement. Vers cinq ans, elle connaît sa première déclaration d'amour. Déjà blasée par ce qui va devenir habituel pendant toute sa scolarité, elle laisse choir son prétendant en l'ignorant d'une force insupportable.

La primaire est donc marquée par des lettres d'amour à répétition, comme un abonnement à un magazine. La petite fille feint ignorer cette attraction, mais intérieurement il faut bien avouer qu'elle jubile. Manque de chance, elle s'amourache généralement du seul gars qui ne lui a rien demandé, et qui vient d'envoyer une lettre d'amour à une autre fille. Damnède, se dit notre femme en puissance.

Au collège, ses formes se créent, ses seins grossissent et ses fesses s'arrondissent (parfois l'inverse). Par l'orientation du regard des garçons avec qui elle parle, elle comprend vite que leur intérêt se porte sur sa poitrine. Consciente de l'attrait exercé sur eux, mais aussi emmerdée qu'ils n'aiment que ça chez elle, elle se décidera enfin à sortir avec un garçon , pour que ses copines la jalousent, pour pouvoir parler par la suite de son ex, et plus simplement parce qu'elle aussi commence à ressentir de l'attrait pour les mecs (quoiqu'elle ne sache pas trop ce qu'il y a d'attirant chez eux).

Par la suite, au collège comme au lycée, elle enchaînera les relations et les échecs, commençant à se demander si elle trouvera un jour son prince charmant. (Qu'est-ce que le prince charmant ? Le grand fantasme que l'on enracine dans l'esprit des filles dès leur plus jeune âge pour leur faire croire que la vie sera belle et qu'un homme parfait les aimera pour toujours, alors qu'on sait très bien qu'elle en chieront comme tout le monde – si ce n'est plus – et qu'elle se feront sans cesse jeter par un tas de connards.) Le drame de la fille classique est qu'elle apprécie généralement les garçons timides et réservés, mais que ceux-ci, parce qu'ils sont timides et réservés, ne lui demandent jamais rien. En conséquence de quoi elle opte, souvent par défaut et en sachant qu'elle sera déçue, pour le moins naze de ses prétendants.

Au début de ses études, la femme ne se fait plus d'illusion : elle comprend que le Prince Charmant c'est de la pure connerie, que les mecs sont tous des Gueux Affligeants, et jure mais un peu tard qu'on ne la prendra plus comme ça un soir pour la jeter le lendemain matin comme elle-même jette ses serviettes usagées. C'est alors qu'elle pourra faire connaissance, un peu fortuitement, de celui qui ramènera le bonheur dans sa vie détruite par la multiplicité des déceptions.

Sa vraie vie de femme à peu près épanouie débutera alors, pour se conclure vers l'âge de 45 ans, quand son corps, ayant perdu son érotisme, ne suffira plus à celui qui le désirait tant une vingtaine d'années auparavant.

Elle pourra tenter ce qu'elle veut pour retrouver sa beauté d'antan ; elle pourra même espérer que sa beauté du moment, encore admirable, suffise à celui qu'elle aime ; rien n'y fera. Elle se lancera alors dans des régimes en espérant que le matin au réveil ses pantalons soient trop larges pour elle (alors qu'il suffirait d'acheter des pantalons de la taille supérieure pour que ce soit le cas ; pas besoin de maigrir), elle se mettra de l'anti-rides sur le visage et des saloperies sur le cul – parfois même l'inverse – pour éviter d'avoir une peau d'orange, et mangera des machins à 0% de matières grasses pour 100 % de contraintes et d'auto-soumission à une société qui tolère tout sauf une chose, la vieillesse, et qui a pour seule référence une autre chose, la jeunesse, et qui parle de jeunes et de moins jeunes et non pas de vieux et de moins vieux, et qui fait de la vieillesse la tare ultime de l'humanoïde moderne en disant que ça n'est pas grave d'être vieux, et qu'il faut respecter les personnes âgées parce que sous-entendu elles sont infoutues de se démerder par elles-mêmes tant elles sont piteuses dans leur décrépitude et dans le ridicule de leurs pensées et de leurs actions. Les vieux meurent, et pourtant il n'y en a jamais en moins, c'est l'un des paradoxes de la nature ; c'est aussi la logique d'un système qui fait qu'une femme est vieille à 45 ans et que sa retraite sexuelle durera 45 autres années.

Les hommes profiteront alors de 20 années supplémentaires de plaisir, jusqu'à ce que leur sexe refuse obstinément de fonctionner.

lundi, 24 mars 2008

Les guillemets

Plus que toute autre ponctuation, j'abhorre les guillemets.

Est-il un signe plus hypocrite, plus menteur, plus veule et plus lâche que les guillemets ?

La vue de ces petites accroches, hors du cadre d'une citation ou d'un dialogue, me plonge dans un énervement incontrôlable.

Les guillemets sont aux écriveurs ce que le viagra est aux débandeurs : un aveu d'impuissance.

Je ne supporte pas cette habitude qu'ont certains journaleux de bas étage de foutre des guillemets en tous sens sans raison particulière, juste parce qu'un mot les choque et qu'ils veulent signifier qu'ils n'y adhèrent pas, ou parce qu'ils ne connaissent pas l'équivalent français d'un anglicisme et qu'ils savent que des lecteurs chauvinistes à la con vont leur tomber dessus s'ils n'encadrent pas le terme trash avec des guillemets. Et si la langue française est infoutue de faire comprendre ce que le mot trash évoque, qu'y peut-on ?

Les guillemets sont la muselière que l'on pose sur les mots pour éviter qu'ils mordent.

Les guillemets sont l'aveu direct de la lâcheté de celui qui les emploie, et l'aveu indirect de la puissance que les mots peuvent avoir.

Les guillemets sont la formule magique qui met leur auteur hors de toute critique possible ; ils lui évitent d'avoir à se justifier ; ils lui évitent de prendre ses responsabilités.

Je ne veux pas avoir à foutre les mains dans la merde ? Alors je l'écrirai ''merde'', et personne ne me demandera de la remuer.

Entre un Arabe et un ''Arabe'', il n'y a qu'une paire de guillemets qui signifie qu'on n'ose pas toucher au second, parce qu'il est dangereux.

Entre les jeunes et les ''vieux'', il y a une paire de guillemets qui crée le plus grand gouffre intergénérationnel possible.

Mettre un mot entre guillemets, c'est mettre ce qu'il désigne en quarantaine.

Les guillemets sont le cafard de la langue ; il la décousent, la déconstruisent, l'enlaidissent, l'affadissent, et lui font perdre son sens profond. Existe-t-il au monde un texte plus moche, plus dépersonnalisé, et plus vide qu'un texte gavé de guillemets ?

Ces pincettes de petit chimiste de la langue sont l'aveu de notre infériorité face au vocabulaire. Celui qui utilise des guillemets concède qu'il est dépendant des mots, qu'il ne peut rien faire contre eux, et qu'il ne maîtrise pas son discours.

Plus insupportable que tout est l'utilisation des guillemets à l'oral, avec ces gens qui se sentent obligés de dessiner ladite ponctuation en plaçant leurs doigts crochus devant leur torse, comme pour se protéger du terme qu'ils emploient. Genre « je dis ce mot-là, mais je ne l'aime pas. » Bande de cons, pour que votre discours soit puissant, vous devez avant tout aimer les termes que vous employez, les sélectionner pour leur beauté, les agencer et les chérir parce que ce sont eux qui constituent à ce moment votre unique arme.

Pire que cette race, il y a celle de ceux qui dessinent des parenthèses en précisant « je dis ça entre guillemets ».

Les tréfonds de la connerie sont atteints par ceux qui inversent tout, et disent «entre parenthèses » pour désigner un terme qu'ils voulaient mettre entre guillemets, et qui généralement sont les mêmes à préciser « euh, entre guillemets » pour faire une parenthèse. Tout en dessinant de leurs mains la mauvaise ponctuation, évidemment.

Les utilisateurs de guillemets sont les négationnistes du langage ; ils dénient l'existence de ce dont ils parlent.

Entre une chambre à gaz et une ''chambre à gaz'', il n'y a qu'une paire de guillemets qui fait comprendre que l'on doute de l'existence de la seconde.

Les guillemets sont l'étoile jaune que l'on plaque sur les mots pour qu'ils ne sortent pas de leur ghetto.

Ils sont la plus obséquieuse des ponctuations ; ils sont le racisme appliqué au domaine du langage.

Ils sont la censure contre laquelle nous devons tous lutter pour que la langue reste une arme de destruction, d'humour et d'émotion massifs.

C'est pourquoi je vous demanderai de niquer tous les guillemets, y compris ceux que certains eussent voulu que j'apposasse autour de niquer.

Merci.

dimanche, 23 mars 2008

Nos amis les jeunes : l'étudiant

Partie III : L'étudiant

Une fois le bac en poche, le jeune a plusieurs possibilités, mais dans la majorité des cas il poursuit des études, parce que sinon, paraît-il, sa vie ne sera pas enviable pour un sou.

Il existe un bon paquet de races d'étudiants, toutes différentes voire opposées.

L'étudiant en lettres constitue le cliché même de l'étudiant dans toute sa splendeur. Il réfute les idées reçues selon lesquelles il serait toujours le premier à se mettre en grève pour un oui ou pour un non, mais il est toujours le premier à se mettre en grève pour un oui ou pour un non. Il suffit qu'un gouvernement, de gauche ou de droite, propose une petite réforme innocente, pour que l'étudiant de lettres se mette en branle et vienne défendre des acquis sociaux, la stabilité de son avenir, les droits du travail, ou même de l'homme – bref tout un tas de conneries. L'étudiant de lettres possède un seul et unique fantasme : il veut refaire mai 68. Peu importe qu'on soit en mars 2006 ; l'essentiel c'est d'avoir sa petite révolution perso, une petite action subversive pour dire qu'on ne se laisse faire par personne. C'est au nom de la démocratie qu'il prétend se mettre en grève ; c'est aussi au nom de la démocratie qu'il s'estime légitimé dans l'action de bloquer sa fac même si les autres n'en ont pas nécessairement envie. Afin toutefois d'éviter un véritable conflit ouvert au sein de leur propre université, ce qui serait quand même bien couillon, les étudiants s'entassent dans des assemblées générales où, par le biais d'un vote à main levée démocratique oxymorique, on décide si oui ou non le blocage est nécessaire. Au cours de ces assemblées générales, on apprend que le gouvernement fait dans son froc, que la démocratie est surpuissante et que rien ne l'arrêtera, que la liberté merde à la fin fait chier quoi, que les vingt élèves de troisième année en lettres classiques aimeraient bien aller en cours, que l'on va voter à main levée pour savoir si l'on votera par la suite à bulletin secret, que les anciens lettreux soixante-huitards ont aussi un avis sur la question, et qu le mouvement est formidable, et qu'en plus c'est bien parce que comme ça on peut faire la connaissance d'étudiants des autres facs, voire rencontrer une meuf super dans une manif.

Dans une fac de lettres, la masse des cheveux de tous les étudiants réunis est plus importante que celle de leurs cours. (Alors qu'en fac de droit, la masse des cheveux de tous les étudiants réunis est égale à celle de Mein Kampf – et croyez bien que je ne fais aucun lien entre les étudiants de droit et celui d'extrême droite auteur de ce somptueux plaidoyer pour l'analphabétisme.) Car les étudiants de lettres ont un autre combat : la liberté d'expression capillaire. Il faut qu'il y ait des cheveux partout, dans tous les sens : un corps sain sous une touffe saine.

L'étudiant en lettres aime son campus ; il adore y boire des bières (sans oublier de laisser traîner les packs et bouteilles vides) avec ses potes pendant qu'un autre fait du diabolo devant l'amphi et qu'un dernier roule un pétard. A ce propos, l'étudiant en lettres adule les pétards. Plus que tout, il se réjouit toujours d'avoir une soirée beuverie prévue chaque week-end, pendant laquelle il pourra se péter la gueule en écoutant du métal et/ou Matmatah en fumant d'énormes joints avec ses amis. Notez que c'est le cas d'autre étudiants, en sciences par exemple, dont certains sont même enclins à se faire une gloire personnelle d'avoir avalé une bouteille de Vodka en une soirée "sans être bourré !". Ce qui n'est vraiment pas de chance, dans la mesure où l'on considère que l'on boit justement pour être bourré.

Le lettreux fume essentiellement des cigarettes roulées, parce qu'elles ont l'air plus de gauche que les cigarettes manufacturées, ces dernières affichant carrément une certaine tendance capitalistique (mais je vous renvoie à l'article sur la vie des cigarettes publié naguère sur cette même page). Pourtant l'étudiant de lettres n'est pas plus pauvre qu'un autre ; il veut simplement en donner l'impression.

L'idéologie de l'étudiant en droit est toute autre. Ce dernier est plus riche que les autres ; il veut d'ailleurs en donner l'impression. L'étudiant en droit ne se sent concerné par aucun combat social ; il boycotte les assemblées générales ou y va pour huer un intervenant parce qu'il a l'air un peu bougnoule sur les bords (mais pas tellement au centre, notez). S'il est en prépa Sciences-Po, l'étudiant de droit a toutes les chances de se prendre d'ores et déjà pour un grand journaliste du niveau de Jean Pierre Pernault ou carrément pour le prochain Premier Ministre. Celui qui prépare une entrée pour n'importe quelle grande école a de toute manière l'impression qu'il est la lumière du monde, et que c'est à lui de guider les insignifiants qui étudient au même endroit que lui, et que tout est gagné d'avance dans sa vie, et qu'au pire tout est perdu d'avance dans celle des autres.

Pourtant, l'étudiant de Sciences-Po n'est pas dans la même logique que celui qui cherche à le rejoindre après une classe préparatoire. L'étudiant de Sciences-Po adore le vélo ; alors il fait la vélorution. Il adore l'Allemagne, alors il y va. Il adore qu'on le félicite sur sa réussite, alors il va se faire mousser. L'étudiant de Sciences-Po est simple, sociable, conscient de son intelligence, inconscient parfois de sa légère pédanterie.

Parmi les autres races, citons l'étudiant de médecine, qui, pris dans une logique de sourde concurrence avec ses camarades, n'a pas d'autre choix que celui de bosser 60 heures par semaine. Il peut toutefois s'avérer être un grand déconneur ; on voit régulièrement des poulpes voler dans les amphis des facs de médecine. Quant à l'étudiant en informatique, il est simplement un geek qui passe quinze heures par jour devant un écran d'ordinateur. En conséquence de quoi, entre deux travaux pratiques, il va donner son avis sur des sites de jeux vidéo, et cherche les derniers jeux en flash à la mode. Il ne rechigne toutefois jamais, le week-end, à des soirées arrosées et enfumées entre potes, même si l'absence de PC dans un rayon de 10 mètres peut poser problème au bon déroulement de la collation.

L'étudiant lettreux ou droiteux bénéficie donc, contrairement aux autres, d'un emploi du temps de branleur. Ils peut subséquemment aller boire des tonnes de coups en ville l'après-midi avec ses amis, fumer comme un taré, et parler de sujets insignifiants. Mais surtout, surtout, il a le loisir d'enfin exaucer son vœu : sortir avec une fille qu'il aime vraiment et qui l'aime vraiment ; et considérer qu'il s'agit de sa première relation importante. C'est à ce moment qu'il comprend véritablement l'intérêt et l'importance de l'amour ; c'est à ce moment qu'il comprend pourquoi il vit.

L'étudiant peut aussi avoir une âme d'artiste, avec laquelle il compte séduire : composer de la musique, tenter de réaliser des courts-métrages, ou bien écrire des imbécillités sur un blog en s'imaginant, au vu des nombreux commentaires enthousiastes, qu'il publiera un jour un magnifique bouquin et qu'il sera considéré comme le nouveau Desproges. Parfois même, il est poète, et n'hésite pas à dire que "Tes yeux ont percé mon cœur/ Ton amour a fait partir ma froideur / A toi je dédie cette complainte / Ma vie sans toi n'est qu'une longue plainte". Du coup, il expose parfois des conneries du genre « Ouais, tu comprends, pour moi écrire c'est un besoin vital, sans ça je mourrais ». L'étudiant, mais surtout l'étudiante en fait, se sent bien souvent investi d'un devoir vis-à-vis de la société ; il pense qu'il doit aider ses concitoyens à ouvrir les yeux sur la misère du monde qui nous entoure. Il pense que la tolérance c'est bien, et qu'il a un message à faire passer. C'est aussi pour ça qu'il manifeste dès que l'occasion se présente. L'étudiant manifeste généralement de manière plutôt calme et organisée, même s'il ne sait pas toujours vraiment pourquoi il le fait ; manque de bol il est parfois importuné par des lycéens dont le seul désir est de tagger des « CRS=SS » partout ou, sur les arrêts de bus, des « Contrôleurs = collabos ». En clair, on se demande si pour le lycéen, le retour des nazis n'est pas un désir qui, s'il se réalisait, lui permettrait de se la jouer résistant. Depuis maintenant quelques années, les manifestations ont d'ailleurs leurs punching-ball : les CRS. Ces braves gens qui sont certainement, pour certains, d'accord avec les manifestants n'occupent dans ces démonstrations qu'une place de "sbires à la solde du tyrannique gouvernement qui veut baîlloner la jeunesse". Certes, leur accoutrement à la Robocop n'incite pas à soulever leur masque de plastique pour y découvrir, parfois, le doux visage d'un homme de 25 ans qui serait près, si son devoir n'était pas de les surveiller, à rejoindre ses camarades générationnels dans leur combat pour les droits de l'homme qu'ils sont, et contre les droits des monstres que sont les patrons d'entreprises.

Les années estudiantines sont les plus belles de la vie du jeune. C'est le temps de l'épanouissement, de la perte du dégoût de son corps, de la découverte d'une sexualité pleine et vraiment jubilatoire, des rencontres amoureuses laissant espérer des lendemains heureux (même si bon..), et de la prise de goût en l'existence. C'est le temps où les valeurs suprêmes sont la liberté, les droits de l'homme, l'égalité, la fraternité, le bonheur pour tous et toutes ces valeurs désuètes déjà oubliées par les adultes, qui ont parfaitement compris que la vie n'a pas de saveur si l'on n'est pas le seul à être heureux.

Le drame de l'étudiant, c'est qu'il garde un esprit contestataire mais qu'il ne peut pas se plaindre de grand-chose.

Et le drame du jeune, c'est que parce qu'il est jeune, on estime qu'il ne peut se plaindre de rien.

samedi, 22 mars 2008

Nos amis les jeunes : le lycéen

Partie II : le lycéen

Durant toute sa scolarité, le collégien n'attend qu'une chose : le lycée. Plus de liberté, plus de maturité, plus de respect ; tout est censé le réjouir dans cette dernière ligne droite avant le bac.

En seconde, le lycéen n'est qu'un troisième même pas évolué. Qui plus est, il vient de perdre son statut de Roi du Collège pour se faire attribuer celui de Petite Bite du Lycée. Pour cette raison, le lycéen de seconde est un cas atypique. Engoncé dans ses certitudes de troisième, il tient à les réaffirmer ; bien vite cependant il se rend compte qu'il n'ira pas très loin ; il prend alors conscience qu'il va lui falloir évoluer rapidement. C'est donc là qu'il commence, petit à petit, à chercher des habits qui ne le différencient pas seulement des vieux, mais aussi des autres jeunes. Parallèlement, sa mentalité reste tout de même fixée sur une attitude aveuglément rebelle et sur laquelle la société n'aura jamais, le lycéen en est certain, le moindre pouvoir.

S'il n'a pas de chance, le lycéen garde son appareil dentaire jusqu'à la fin de la seconde ; c'est une douloureuse prolongation du drame de la condition collégienne. S'il est vraiment maudit, il aura un appareil jusqu'en terminale. Il gardera aussi son acné, mais ça gêne moins.

Dans sa quête de trucs à raconter pour dire qu'on est maintenant un grand, le lycéen aime à évoquer sa découverte de la cigarette en cinquième, et celle du pétard en troisième. A partir de la seconde et jusque le début des études, la consommation de haschich constitue pour le jeune la plus flagrante preuve de sa maturité, de sa capacité à déconner, de son indépendance vis-à-vis de cette société de merde qui nous exploite, bref de sa surpuissance. Inégalable est le sentiment de fierté que l'on connaît quand on confie à des personnes pas forcément très intimes, au cours d'une conversation, qu'on a fait une soirée avec des potes et des pétards, et plein d'alcool - encore que l'étudiant s'avère bien plus porté sur sa consommation d'alcool que le lycéen.

Dans sa première année de lycée, notre sujet d'observation n'est pas tout à fait sorti de ses habitudes collégiennes. C'est donc en seconde qu'il regarde le plus de films érotiques ou pornographiques. La pratique a toutefois quelque peu changé : auparavant il le faisait pour s'en vanter auprès de ses potes ; aujourd'hui il le fait pour sustenter sa verge. Le lycéen aime beaucoup msn. D'une part parce que le lycée ne lui laisse absolument pas le temps de fréquenter des personnes pouvant exister hors de l'établissement scolaire et du cadre familial ; d'autre part parce qu'msn, contrairement au téléphone, lui permet de parler à loisir de cul avec ses potes sans que ses parents puissent le soupçonner de quoi que ce soit.

Vers la première, le lycéen décide de faire du passé table rase, et de se mettre sérieusement en quête d'une copine. Ayant compris, à force, que ce n'est pas en insultant les filles sur leur poitrine qu'il obtiendrait d'elles de la douceur, il préfère vouer sa confiance à des techniques de drague réputées plus efficaces. Avant tout, il a ouï dire que les femmes appréciaient l'humour. Son premier objectif sera donc d'arracher des rires à la femelle qu'il convoite. S'il y parvient, il se dira qu'il a une ouverture, qu'elle l'aime certainement, et rêvera d'elle toutes les nuits. Son second objectif est d'en jeter. S'il possède enfin le scooter qu'il avait tant désiré au collège, le lycéen pense que c'est gagné. Il lui faut tout de même agrémenter son rôle de baroudeur-Piaggio de choix vestimentaires judicieux ; il comprend enfin que le survêt et l'apparence sportive ne séduisent personne. C'est donc le casque à la main, des Sparkos aux pieds et la blague à la bouche que le lycéen aborde, avec l'aide de ses lunettes de soleil, la femme de ses rêves. Avec de la chance, il arrivera à sortir avec elle ; d'autant plus que pas mal de lycéennes n'attendent qu'une occasion de rire pour donner des espoirs aux mecs. Hélas, le lycéen, comme le collégien qu'il fut, reste guidé par sa bite ; son objectif à terme est donc de connaître avec sa conquête l'extase d'une relation sexuelle, et ce dès la première semaine. Pour la garder, il sait néanmoins qu'il suffira de lui envoyer tous les soirs un petit sms du type : ''Je t'M. Bizz @+ loool''. Car le lycéen a rarement conscience de la laideur que revêt le langage sms, et de la crétinité qu'il laisse transparaître, parois à tort, auprès du récepteur. Encore que le lycéen n'ait finalement pas besoin de se préoccuper de ce problème ; il s'avère que la lycéenne est encore pire que lui dans ce genre-là.

A ce propos, évoquons rapidement cette dernière, qui se résume par les magasins qu'elle fréquente. Pour la lycéenne, il est primordial de posséder, dès la seconde, un sac à main et des chaussures à talon. Même si ces deux éléments constituent un handicap total pour se déplacer au sein de l'établissement. Il est également très important pour elle de n'être habillée comme aucune autre, d'être à la pointe de la mode, et de fustiger les éventuelles copiteuses qui pourraient avoir l'idée de plagier son look. La lycéenne fashion, si elle s'avère en plus être jolie - c'est rarement le cas-, est bien souvent une vraie connasse, trop consciente de l'avantage qu'elle possède sur ses camarades pas encore touchées par le virus Dior pour leur faire ignorer son succès auprès des mecs. Constamment dans l'idée d'apparaître sous les traits d'une femme allumeuse mais distante et pour laquelle il faudra se battre, la lycéenne fashion oublie juste d'être elle-même. Elle a donc deux alternatives : soit sa froideur tend à repousser les garçons, et c'est un échec total ; soit elle en séduit des paquets et commence à avoir l'habitude de n'être qu'un coup tiré le soir pour être lâché le matin à la vue de son visage démaquillé, auquel cas c'est également un échec total. Dure est l'existence de la lycéenne qui veut en faire un calvaire.

Le problème du lycéen amoureux d'une fille qui ne l'est pas de lui est qu'il ne peut plus décemment se branler. Premièrement, parce qu'il est presque impossible de le faire en pensant à la femme qu'on aime. Deuxièmement, parce qu'il aurait l'impression de la tromper avant même d'être avec elle s'il s'excitait le pénis par la vision d'autres femmes. Troisièmement, parce qu'il prend peu à peu conscience du côté humiliant de la chose ; il se rend compte que le problème de ce plaisir solitaire est justement la solitude ; décidément, non, sa bite ne doit pas être faite pour ça ; elle doit avoir une autre utilité. Se masturber, c'est s'abaisser à l'assouvissement des plus primaires désirs ; c'est se rendre esclave de sa queue ; le lycéen ne peut pas supporter cette idée.

Pour cette raison et d'autres encore, le lycéen célibataire a toutes les chances d'être dépressif. Comme si cet arrêt soudain du plaisir de la branlette et cette solitude amoureuse ne suffisaient pas, on emmerde ce jeune malheureux du début de la seconde à la fin de la terminale avec ce qui constitue le but de tous les efforts qu'il est censé avoir fourni depuis la primaire ; ce vers quoi convergent toutes ses souffrances scolaires : le baccalauréat. Car il ne fait aucun doute que sa vie sera piteuse s'il ne possède pas le fameux diplôme, et ses professeurs ont un talent fou pour le lui faire comprendre. La terminale symbolise donc l'idée d'une véritable pressurisation à la limite du chantage ("si t'as pas ton bac, etc" ).

Pire encore, que le lycéen bosse ou pas, il sait qu'il passe environ neuf heures par jour à étudier ou à y faire croire. En clair, le lycée, c'est sa vie. Il lui est impossible d'espérer avoir la moindre existence extrascolaire.

Le drame du lycéen, c'est qu'il n'est qu'un lycéen, et qu'on ne saurait tolérer qu'il soit autre chose que ça.

vendredi, 21 mars 2008

Nos amis les jeunes : Le collégien

Partie I : Le collégien

Dans son lieu d'études, le collégien connaît différents statut, à travers l'évolution de sa scolarité. En sixième, il n'est qu'un CM2 évolué soumis aux brimades des troisièmes, lesquels ne se calment que si le collège est mélangé avec le lycée, et que les lycéens, souvent plus matures, les recadrent. Les troisièmes étant les doyens du collège, il s'imaginent qu'ils ont tout pouvoir sur le reste de l'établissement.

Le collégien n'a pas des masses de préoccupations ; ce qu'il aime le plus au monde, c'est sa bite. En découvrant l'épanouissement de cette dernière, c'est tout un univers qu'il voit s'ouvrir devant lui ; une quantité indénombrable de possibilités. Evidemment, cette extension du domaine de la queue est traumatisante au départ ; elle provoque nécessairement une forme de malaise, que le collégien trouve toutefois le moyen de surmonter par une extraordinaire pratique individuelle : la masturbation. Tout est bon pour se branler ; ce petit plaisir de l'existence constitue une fin en soi. Cette découverte hédoniste est bien sûr consubstantielle de l'attirance ressentie soudainement pour les filles, ou plutôt pour leurs seins encore en formation. En conséquence de quoi, pour un collégien, une meuf ne vaut rien si elle ne fait pas bander. Ainsi, si l'une d'entre elles connaît quelques problèmes dans sa croissance mammaire, elle peut avoir l'assurance de subir les railleries des bites sur pattes qui constituent sa camaraderie masculine de classe. Les mystères de la féminité naissante étant ce qu'ils sont, la grande question qui taraude tout collégien dès qu'il voit une fille est : ''a-t-elle ses règles ?''.

Le collégien, comme n'importe quel homme de n'importe quel âge, n'a aucun courage s'il est seul ; il est même d'une étonnante lâcheté. Mettez-le en revanche en compagnie d'une bande de potes, et notre cobaye se sentira plus dévergondé et fort que jamais. Dès lors, il peut se permettre de critiquer ses camarades sur leurs goûts vestimentaires ou musicaux (tout ce qui est ''pour vieux'', donc âgé de plus de deux ans, est à bannir). Le collégien aime un genre de musique à choisir parmi ces deux-là : le rap ou le métal. Le rap parce qu'il expose avec justesse et violence les problèmes des jeunes de banlieue ; le métal parce qu'il explose avec justesse et violence les oreilles des jeunes riches. Un collégien n'aimant aucun de ces deux genres n'est évidemment pas de notre planète ; il pourra même faire l'objet d'une coalition de la part de deux collégiens aimant l'un le rap, et l'autre le métal. La défense des goûts musicaux du collégien se base généralement sur une analyse particulièrement fine des qualités de ce qu'il aime : pour le métal par exemple, c'est parce que ça déchire et parce que c'est ultra-violent (alors qu'il ne sait même pas ce que disent les textes ; peut-être que Slipknot chante des conneries du genre « Viens, laisse-moi t'offrir ces fleurs, elles sentent tellement bon » ).

Avec ses potes, nous l'avons dit mais le répétons, le collégien ose tout. Plus particulièrement, il ose enfin aborder les filles, ces porteuses de nichons (et de touffes) qui exercent sur lui une attraction tellement mystérieuse qu'il ne sait comment s'y prendre avec elles. Seul, il est bien évidemment incapable de tenter quoi que ce soit. Avec deux potes, il est désinhibé ; ainsi il se sent légitimé dans la critique facile et lâche de la petite taille des seins de ses camarades. Pour rentrer en contact physique, il se bat avec elles ; ça lui permet de tâter leur poitrine en faisant comme si c'était pas fait exprès. Il n'a évidemment aucun scrupule à les insulter ; il s'imagine que ça le rend désirable et beau.

Au collège, lieu où il perd la moitié de son temps, certes contre son gré, le collégien peut se montrer rebelle ; il ne faut surtout pas qu'il ait l'air de s'intéresser à ce que les professeurs prétendent lui inculquer. Il se tiendra bien sûr à carreau pendant les cours, mais n'hésitera pas, dans un accès de courage, à insulter à voix basse cette connasse de prof de bio dès la sortie de la salle.

D'une manière générale, le collégien a un besoin irrépressible de se sentir rebelle, individualisé. C'est pourquoi il va affirmer haut et fort ses goûts vestimentaires contre les critiques de ses parents. Il ne faut toutefois pas abuser, et lesdits goûts vestimentaires doivent évidemment être conformes à ceux de tout le collège, sinon c'est l'exclusion assurée. Placez quatre collégiens côte à côte, de dos, et tentez de les différencier. C'est impossible. Le collégien revendique de toute manière une indépendance totale dans le choix de ses vêtements ; subséquemment tous arborent des t-shirts trop larges menant un combat contre des trucs nuls (la pollution, le racisme, la police, etc), des pantalons baggy, et des chaussures ès.

D'un point de vue spirituel, le collégien a deux points de vue, au choix : soit il a été élevé par des parents pas trop cons ou athées, et ne s'est donc pas encore vraiment posé la question de l'existence de Dieu, par conséquent si on lui demande il dira qu'il est athée parce qu'il trouve les religions nulles, ou qu'il croit en Dieu mais c'est tout ; soit il a été élevé dans un milieux religieux extrémiste et s'avèrera totalement aveuglé par les conceptions dangereuses de ses géniteurs – cas désespérant puisqu'on peut dès lors dire que le collégien est foutu, finalement.

Evidemment, le collégien est avant tout un humain – on a tendance à l'oublier et à le prendre pour un animal, mais c'est pourtant le cas, et connaît une vie extrascolaire qu'il estime extraordinaire. Au delà des habituelles activités sportives, qu'il pratique souvent parce qu'il paraît, selon sa mère, que c'est bon pour sa santé, le collégien se prend souvent assez vite de passion pour les jeux vidéo, loisir dans lequel il trouvera généralement tout ce qui lui faut. Au départ, son intérêt pour ce loisir ô combien noble et sous-estimé par les adultes aveuglés par leurs œillères s'avère bien innocent. Il choisit généralement sa console selon les choix de ses copains, qui eux-mêmes l'ont choisies pour jouer à des jeux de sport ; en conséquence de quoi il opte bien souvent pour une PlayStation 2, choix qu'il continuera de justifier, parfois, en expliquant que la PS2 c'est pour les adultes, alors que Nintendo c'est pour les gamins ; il oublie du même coup qu'il a quatorze ans. En misant tout sur les jeux de bagnoles, le collégien a quelquefois le malheur de louper les œuvres d'arts que la console de Sony recèle, mais qui ne l'attirent jamais au premier abord. Quant à celui qui a opté pour une GC, il passe souvent pour un con, puisqu'il joue à des jeux de gosses.

Par la suite, le collégien découvre Internet ; il commence donc par gentiment flooder en langage sms sur divers forums où il apprend bien vite les règles régissant la communauté. Puis, avide de connaissances vidéoludiques, il fréquente des sites de jeux vidéo, dont les plus accessibles : jeuxvideo.com et jeuxfrance.com. Sur ce dernier, on constate qu'il devient un moulin à paroles, capable de produire quatre articles dans la journée sur son blog, et de défendre un constructeur ou une console pendant des heures sur une insignifiante news. Il fréquente le chat du site, qu'il quitte généralement tôt dans la soirée en semaine, parce qu'il ne faut pas se coucher trop tard ; du coup, ledit chat se vide de sa population à partir de 22 heures.

Il arrive qu'une fille se pointe sur JF. En fait, dès lors qu'un membre semblant être de sexe féminin arrive dans le chat, il peut être sûr d'être assailli de toutes parts par des tarés lui demandant son âge, si ses seins sont gros, si elle veut bien sortir avec eux, si elle les trouve beaux. Les blagues vaseuses et portés sur le sexe commencent à fuser ; les allusions grivoises avec, et tout ça provoque un joyeux bordel. Dès lors, une fille se sentant en mal d'amour sait ce qu'elle a à faire pour trouver quatre contacts msn en une soirée et se faire draguer de tous les côtés.

Le collégien est relativement apolitique, en ce sens qu'il n'a pas vraiment de conviction. Tout ce qu'il sait c'est que l'Etat c'est de la merde, et que vive l'anarchie. Il ignore juste qu'un système anarchique repose sur un concept de contrats individuels, qui engagent chacun de ses membres vis-à-vis des autres, et qui exige donc de tous un civisme et un respect que la république n'exige pas.

Parfois, le collégien n'est rien de tout ce que nous venons de décrire ; il se sent alors très mal à l'aise, se demande s'il ne vient pas d'une autre planète (d'autant plus que les autres lui posent cette question), et traverse ces quatre années dans la plus grande douleur. Il parvient néanmoins généralement à sa trouver des amis dans son genre ; parfois même, s'il a de l'humour, il peut séduire sa classe en la faisant marrer.

On évoquera rapidement la collégienne, qui voudrais généralement être adulte, sûrement pour se faire draguer par des types un peu moins débiles. Elle peut toutefois être volontairement provocante, et aller vers les garçons leur dire qu'ils sont décidément trop cons, puis se plaindre que ces derniers se soient révoltés. Pour qu'une collégienne ose ça, il faut qu'elle ait conscience d'avoir un certain pouvoir de séduction sur les mecs. Si elle a le malheur d'être complexée, elle sera vouée aux pires brimades.

N'oublions pas, pour finir, le drame du collégien : l'appareil dentaire. Bien souvent obligé d'en arborer un pendant une bonne partie de sa présence au collège, il trouve ça cool au début, parce que ça lui donne l'air d'un grand, mais regrette vite le nombre de saloperies se coinçant irrémédiablement dans ce bidule ferrailleux, parce que ça lui donne l'air d'un gland. Il se rend vite compte, en outre, que l'appareil dentaire est le pire tue-l'amour qui soit, et que tant qu'il en portera un, il risque d'être privé du plaisir des embrassades langoureuses. Sa chance dans ce malheur est que presque tous ses camarades, mâles ou femelles, portent aussi un appareil dentaire ; c'est une sorte de loi générale, un peu comme l'acné.

Tel est le monde impitoyable, et parfois pitoyable, des collégiens.

Vivement le lycée, putain.

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